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Pour écouter    2019 2018  2017    2016      Sur demande les archives (2015 2014 2013  2012  2011  2010  2009  2008 2007  2006)

 

 
 
 
 
 
 
 
Confinement n° 24
 
 

19/11/2020

 

Henri Heurtebise

 

Christian Saint-Paul

 

Rabikovitch

 

 

Gaston Puel 

 

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Confinement n° 23
 
 

12/11/2020

 

Monique-Lise COHEN 

 

 

 

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Nous apprenons le décès de 

Monique-Lise COHEN, 

 

philosophe, poétesse, essayiste, romancière, 

auteure d'ouvrages historiques, théologienne, 

animatrice d’émissions radiophoniques sur la littérature,

 Chevalier des Arts et Lettres.

 

C'était avant tout notre amie, 

familière de l'émission "les poètes".

C'est une grande dame des Lettres

 qui nous quitte après une vie bien accomplie

 mais qui était toujours pleine de projets.

 

Nous partageons la douleur de sa famille, 

de tous ses proches et de tous ceux

 qui ont eu le bonheur de travailler avec elle.

Vous pouvez écouter sa dernière émission 

à la rubrique "Pour écouter les émissions" du 06 / 02 / 2020

 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
Confinement n° 22
 
 

05/11/2020

 

 

 

Pierre MAUBE

 

 

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Confinement n° 21
 

Jean-Claude ETTORI

Le collier de verre

éd. Sabine

Marie-Josée CHRISTIEN

Constante de l'arbre

éd. Sauvages

Raymond FARINA

Notes pour un fantôme 

suivi de

Hétéroclites

N&B éd.

Francis PORNON

Mystères de Toulouse

de Rose et de Noir

TDO éd.

et 

Capitaine SLAM

alias Thierry TOULZE

 

29/10/2020

 

 

 

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album CD :

Les amis l'amour la poésie

de Guy ALLIX

Terre des cœurs

poèmes choisis de

Hamid LARBI

Francis PORNON

"Mystères de Toulouse"

éd. TDO

et

Gérard BOCHOLIER

"J'appelle depuis l'enfance"

éd. La Coopérative 

 
 
 
 
Confinement n° 20
 
 
 
 

22/10/2020

 

 

 

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Francis PORNON 

"Mystères de Toulouse"

TDO éd.

Revue "Nouveaux Délits" n° 67

et

Capitaine SLAM

alias

Thierry TOULZE

 
 
 
Confinement n° 19
 
 

15/10/2020

 

 

 

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Fernando PESSOA

Poèmes de Alberto Caeiro

éditions de La Différence

"Poèmes jamais assemblés" 

éditions Unes

 
 
 
Confinement n° 18
 
 

09/10/2020

 

 

 

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                       Ceux qui ne sont rien portent en eux tous les rêves du monde


 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
Confinement n° 17
 

Emission consacrée à René Guy CADOU 

pour le centenaire de sa naissance.

Signalement du livre de 

Jean Lavoué :

"René Guy Cadou - La fraternité au cœur"

 éd. L'enfance des arbres, 20 €.

Lecture d'extraits.

Diffusion  de 7 extraits du 

CD René Guy Cadou de Michel Arbatz 

 

 

 

30/07/2020

 

 

 

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Emission consacrée à René Guy CADOU 

pour le centenaire de sa naissance.

Signalement du livre de 

Jean Lavoué :

"René Guy Cadou - La fraternité au cœur"

 éd. L'enfance des arbres, 20 €.

Lecture d'extraits.

Diffusion  de 7 extraits du 

CD René Guy Cadou de Michel Arbatz :

 

René Guy CADOU un miracle d'humilité

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
Confinement n° 16
 

Emission consacrée à Charles BUKOWSKI

pour le centenaire de sa naissance

Lecture d'extraits de 

"Tempête pour les morts et les vivants" 

éd. Au diable Vaubert, 20 €

Lecture d'extraits du livre de

 Cédric Meletta :

"Les Bukoliques" éd. du Rocher, 18,90 €

 

 

 

23/07/2020

 

 

 

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Charles Bukowski notre académisme

 

 
 
 
 
 
 
 
 
Confinement n° 15
Germain
 
DROOGENBROODT
José Angel Valente
 
Jacques Ancet

 

 

 

16/07/2020

 

 

 

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Voir sur ce site l’éditorial correspondant à cette émission : Deux poètes de la Lumière : Germain Droogenbroodt et Jacques Ancet éclairés par l’œuvre de José Angel Valente.

L’émission est consacrée à : Germain DROOGENBROODT qui vit à Altea en Espagne pour son recueil : « Amanece el cantor » « Aube du chanteur » Hommage à José Angel Valente, édition bilingue espagnol-français, traduit par Jacques Ancet, Encres Vives n° 483, 6,10 € le recueil, 34 € l’abonnement à la revue ; chèque à adresser à Michel Cosem, 2, Allée des Allobroges, 31770 Colomiers).

Germain Droogenbroodt est né en Flandre-Occidentale (Belgique). Il est poète, traducteur et éditeur des éditions POINT (POésie INTernationale), fondées en 1984 en Belgique, mais il vit depuis 1987 à Altea, pittoresque ville méditerranéenne en Espagne, où il organise en été Las Noches Poético-Musicales de Ithaca. Ses recueils de poésie, considérés comme philosophiques, sont inspirés par ses études et de nombreux voyages en Extrême-Orient. Ils sont publiés dans 28 pays. Pour ses titres les plus marquant figurent La Voie (TAO) et Dans le courant du temps, Méditations aux Himalaya, chez Raffaelli Editore en Italie, 2017 et chez Editorial Verbum en Espagne en 2018. Il a reçu plusieurs prix internationaux, entre autres le Premio Speciale Don Luigi di Liegro délivré au Capitole à Rome en 2017.

L’émission se réfère aussi à José Angel Valente, en particulier pour son livre « Trois leçons de ténèbres » Poésie / Gallimard

Né à Orense le 25 avril 1929, José Angel Valente a passé son enfance en Galice avant de monter à Madrid où il fit ses études de Philologie Romane. Il fut membre du département d'Etudes Hispaniques de l'Université d'Oxford et en 1958 il se fixa à Genève où il travailla comme fonctionnaire des Nations Unies jusqu'en 1975. Par la suite il partagea sa vie entre Genève, Paris et sa maison d'Almeria.

Son œuvre poétique a été réunie presque en totalité dans Punto cero (" Point zéro ") (1953-1979) et Material memoria (1979-1992) traduite pour sa plus grande part en français par Jacques Ancet aux éditions Unes, Corti et Gallimard. Dans Chansons d'au-delà, il a réuni sa poésie en langue galicienne. De son œuvre plus proprement narrative, il faut citer La fin de l'âge d'argent (1973).

Dans son abondante œuvre d'essayiste, attentive aussi bien à la tradition hispanique et européenne qu'aux apports les plus significatifs de l'art et de la pensée contemporaine, il faut citer La pierre et le centre (1982) et Variations sur l'oiseau et le filet (1991), où se manifeste le plus clairement son intérêt pour les traditions mystiques aussi bien occidentales que moyennes et extrêmes orientales

Enfin il est rendu hommage au poète traducteur Jacques Ancet avec une lecture d’extraits de son livre « Quelque chose comme un cri tweets », illustré de dessins de Danielle Desnoues éditions érès 20 €

Poète et traducteur français né le 14 juillet 1942 à Lyon, Jacques Ancet a suivi des études secondaires et supérieures dans cette même ville. Il fut lecteur de français à l'Université de Séville, puis agrégé d'espagnol. Il a enseigné plus de trente ans dans les classes préparatoires aux grandes écoles avant de se consacrer à son travail d'écrivain et de traducteur près d'Annecy, où il réside. Il a obtenu le prix Guillaume-Apollinaire (2009), le prix de poésie Charles Vidrac de la Société des gens de lettres (2006), le prix Hérédia de l'Académie française (2006), la Bourse de traduction du Prix européen de littérature (2006) et le prix Rhône-Alpes du Livre (1994).

Voir à Encres Vives :Spécial Jacques Ancet (Encres Vives n° 226) ; Aube du chanteur : hommage à José Angel Valente, de Germain Droogenbroodt - trad. Jacques Ancet (Encres Vives n° 483, 11/2018).

 

 
 
Confinement n° 14:
Revue Traversées
 
Alain Tronchot
 
Frederic Mistral
 
Cédric Maletta 
 
Charles Bukowski
Christophe
 
SCHAEFFER
 
Ivan de
 
 MONBRISON

9/07/2020

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Voir l’éditorial : Nous ne sommes humains qu’en surface

Dans cette émission Christian Saint-Paul signale les livres ci-dessous :

Revue Traversées n° 95

la cicatrice nue d’Ivan de Monbrison éd. Traversées, 15 €

Où va ce train qui meurt au loin d’Alain Tronchot Préface Jean-Pierre Siméon, éd. Traversées,15 €

Les Bukoliques de Cédric Meletta, éd. du Rocher,18,90 €

Les Olivades de Frédéric Mistral, éd. Caractères,18 €

La chaudronnerie et autres histoires de Jean-Michel Bongiraud, éd. Prem’edit, 16 €

et :

Quantique de l’ombilic de Christoffe Schaeffer éd. L’Improbable,14 €

Résumé de l'éditeur : Richard Ober

En cultivant les grains de sable qui enrouent la langue et font dérailler les chaînes de la pensée diurne, Christophe Schaeffer laisse percer de curieuses associations d'intermondes.

Œil, langue, ventre, bouche, pieds, mains, le corps se disloque et dérive atomisé dans un océan de signifiants qui travaillent tout seuls.

Avec humour ou inspiré par un sens tragique de l'existence, le monde se met à tourner à l'envers, un grand charivari se déploie en cortège délirant qui égare le lecteur et le laisse désorienté face à l'ouvert des impossibles. (4e de couverture)

Car dans un vrai poème les mots portent leurs choses. »

(René Daumal, « La guerre sainte »)

 

 

 

 
Confinement n° 13:
Thierry METZ
 

 

02/07/2020

 

Ecouter

Thierry METZ

 

chanté par 

 

Philippe BERTHAUT
 

 

 

 

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Voir éditorial : « Être de là » du 17/08/2010

Thierry Metz

Le Grainetier suivi de

Avec Kostas Axelos et les Problèmes de l’enjeu

Pierre Mainard éditeur 95 p, 14 €

« Le Grainetier fut publié, de façon confidentielle, par épisodes dans les numéros 12 à 18 (hiver 79-hiver 82) de la revue Résurrection de Jean Cussat-Blanc. Le texte se présente sans étiquette, ni roman, ni conte, ni poème. Il s’agit d’un récit symbolique qui s’affirme lui-même comme un récit d’ “initiation”. Il rappelle les classiques récits initiatiques des traditions alchimiques et maçonniques ; en particulier le texte majeur de La Bible des Rose-Croix : Les Noces chimiques de Christian Rose-Croix, en 1459. Comme dans toute initiation, le narrateur subit une série d’épreuves dont la plus importante est le passage par la mort qui lui permettra de re-naître. Ici, il est mis au tombeau, moitié dans un socle blanc, moitié dans le gisant noir creux. Au terme du parcours initiatique, le narrateur sera devenu à son tour grainetier, c’est-à-dire poète, celui qui fait germer les mots et les poèmes dans l’esprit des lecteurs. La quête présente dans Le Grainetier alimentera toute son œuvre. »

Extrait de la préface d’Isabelle Lévesque

***

Thierry Metz (1956-1997) est né à Paris. Prix Froissard pour Dolmen (Cahiers Froissard) et prix Voronca pour Sur la table inventée (Jacques Brémond) en 1989, il vécut dans le Lot-et-Garonne à Saint-Romain-le-Noble, fut manœuvre, maçon puis ouvrier agricole. Jean Cussat-Blanc, premier à le publier dans sa revue Résurrection, favorisa son entrée chez Gallimard qui publia en 1990 Le Journal d’un manœuvre et Lettres à la bien-aimée (1995), qui atteindront un cercle de lecteurs ne demandant qu’à s’élargir. Paraîtront ensuite Terre et L’Homme qui penche et, enfin en 2017, à nos éditions, Poésies 1978-1997. Avec Le Grainetier, Pierre Mainard poursuit son projet de donner à lire un fonds d’écrits devenus introuvables, pour la plupart extraits de la revue confidentielle Résurrection.

Dans l’œuvre de Thierry Metz, souligne Isabelle Lévesque, « Tout ce qui s’écrit s’entend, le blanc autour du poème – le silence. (…) La syntaxe simple, la volonté de n’être jamais dans l’excès portent une poésie où tout se réduit dans la lumière. »

« À voix comme à mains nues, Thierry Metz » par Pierre Dhainaut, dossier préparé par Lionel Mazari, Revue Phœnix, n° 32, été 2019

« Thierry Metz : l’homme qui se redresse » par Jérôme Garcin, L’OBS, oct. 2017

****

Thierry Metz

POÉSIES 1978-1997

Pierre Mainard éditeur , 180 p, 18 €

La présente édition rassemble les poèmes de Thierry Metz (1956-1997) jamais parus en livre et, pour la majorité, extraits de la revue Résurrection qu’animait Jean Cussat-Blanc. Celui-ci fut le premier à reconnaître le poète, au point d’alerter Jean Grosjean alors lecteur chez Gallimard – maison où seront publiés Le Journal d’un manœuvre (1990) et Lettres à la bien-aimée (1995).

Les poèmes présentés courent sur deux décennies durant lesquelles l’écriture façonne une œuvre à travers laquelle une voix observe, « attend quelque chose qui ne viendra pas… », et fait résonner un chant intensément intime.

Le village était loin derrière nous. Nous étions au centre d’un visage en pleurs, gercé de ravines et de flaques. La bruine nous pouffait à la face sa jeunesse malicieuse, fraîche comme un mufle sauvage. Et nos pas se marquaient, l’espace d’un baiser, sur la boue du chemin où floquaient de grosses larmes. C’était piquant et bon, l’haleine fermentée du sous-bois m’envahissait comme une brassée de lavande. La lumière naissait à chaque instant des greffons de la pluie, là éparpillant ses grains, ici crevant comme un piment trop mûr. Même les couleurs désobéissaient, mouillant et tachant leurs robe sur l’humus détrempé. Le froid riait, prolongeant mon corps de sa joie.

Le grainetier marchait à côté de moi sans parler. Sa main serrait un bâton qu’il s’était coupé à la sortie du village, dans un bois où spectres, innocents et coupables, venaient danser la nuit et même boire car il sentait la bière et le cidre. Les odeurs faisaient des nids.

Je ne m’attendais pas à cette terre, gardienne de cette saison dépouillée et hâve. Et je croisais des accouplements, je découvrais là, en cet instant, à hauteur de mon corps, une respiration forte et poivrée, un halètement d’eau sur des chevelures hirsutes. Je m’y baignais, roulant de plaisir comme un ourson. Je m’aspergeais de ce sel nomade, autre mystère de l’essaim, qui se rassemblait en des points silencieux et secrets. Et des branches s’écartaient en moi telle une adolescence ; château de sable où bêlent les enfances. Comme venu d’un rivage dans l’épaisseur de l’âme, mon corps émergeait du nautile en cercle de foi. Je pénétrais cette marée de matières vives et là, sans un mot, sans un geste, mais épelant l’ouvrage naissant que ma main ordonnait au signe, je coupais la fleur de résurgence, le nid où la mante dévorait son mâle : l’inconnaissance.

Extraits de « Le Grainetier ».

Pour compléter ce résumé voir : 
 
et lire l'essai anthologique de 
Cédric Le Penven :
 Thierry Metz
éditions des Vanneaux, 300 p, 18 €

 

 
 

 

Confinement n° 12:
Pierre Ech-Ardour
Paolo VALESIO

 

25/07/2020

 

 

 

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A quoi sert la quiétude ?

Pierre Ech-Ardour a reçu sous le regard approbateur de Clémence Isaure dans la salle éponyme de l’Hôtel d’Assézat, qui abrite les sociétés savantes de Toulouse, dont l’Académie des jeux floraux, le Grand Prix de Poésie 2018 des Gourmets des Lettres, pour son livre de poèmes « Lagune - Archipel de Thau » paru en édition bilingue occitan - français aux éditions de l’Institut d’Etudes Occitanes (I.E.O.)

Nous avions découvert alors, un poète des lieux d’une originalité unique, résidant à Sète et voulant couler les mots du poème dans la chaleur du paysage méditerranéen et de la langue traditionnelle de ce flamboyant Languedoc qui l’avait si bien accueilli.

Avec « L’Arbre des Lettres » paru aux éditions Levant, Pierre Ech-Ardour louait l’enchantement des lettres hébraïques qui comme l’écrivait son éditeur Michel Eckhard Elial « comme les racines de l’arbre, ouvrent un chemin vers le ciel ».

Ce ciel fait de mots, Pierre Ech-Ardour le retrouve dans sa dernière publication « Au bras du Ciel ».

Mais qu’est-ce que l’amour des mots ? interrogeait en 1994 Marc Cholodenko qui répondait : « L’amour des mots est la croyance qu’ils sont issus du silence, leur origine éternelle éternellement agissante : leur issue, chaque fois, est leur naissance. »

C’est cet état de naissance des mots qui mobilise toujours Pierre Ech-Ardour : « là tout près de la houle des cieux, [...] s’épand le silence des anges ».

« Au bras du Ciel », éditions de l’Aigrette (Marseille), 2020, 16 €

de Pierre Ech-Ardour

Né en 1955, Pierre Ech-Ardour réside à Sète. En son rapport intime aux lettres, sa poésie, « tours de mots » où interfèrent extrinsèques lumières et clartés profondes, incarne la parole d’une utopie propice à l’approche des sources du monde. En 2016 paraît un recueil au titre sommatif « réparations » (peintures de Nissrine Seffar). Blessure et renaissance, chute et enciellement, dès le premier moment, l’un est ailleurs et la filiation des mots comme celles des fils n’est vraiment nulle part. Le calame crée de tout surgissement un étrangement. Dans sa course, l’écriture façonne pour le poète le meilleur chemin possible, c’est-à-dire une instable traversée, car le monde court sur un fil, la lumière brûle le plus souvent d’une mèche de vent et d’inaccessible infini.

En mars 2018, est publié aux Éditions Levant deux abécédaires, « L’Arbre des Lettres en Chemin » et « L’Arbre des Lettres d’Exode » réunis en regard sous le titre « L’Arbre des Lettres » (calligraphies de Saïd Sayagh), où l’Homme est l’Arbre.

Comme les racines de l’arbre, les lettres hébraïques ouvrent un chemin vers le ciel. Pour Michel Eckhard Elial, elles y puisent, non pas la tentation du tout qui peut être l’ambition du langage, mais une source de lumière et un éclairement du monde et de ses mystères.

Paraît en juillet 2018, édité par l’Institut d’Estudis Occitans del Lengadoc,

« Lagune – archipel de Thau », traduit en occitan par Joan-Frederic Brun, orné d’encres acryliques et de chine composées spécialement par Alain Campos.

Le poète ouvre un chemin à la vie, lumière du monde à venir. Comme le souligne Georges Drano dans l’avant-propos du recueil, « Loin des profondeurs obscures et des flots malmenés, la surface de l’eau accueille une étrange présence ajoutée au mystère de la lagune et de la langue, elle garde ses secrets ».

Le 6 octobre 2018 Les Gourmets de Lettres, sous l’égide de l’Académie des Jours Floraux, lui décernent à Toulouse, le Premier Prix de Poésie 2018 pour son recueil « Lagune – archipel de Thau ».

En mars 2019, il lit à l’Espace Georges Brassens de Sète dans le cadre du Printemps des Poètes.

En avril 2019, il participe à une soirée organisée par le Café Citoyen de Sète dont le thème est la poésie de l'auteur avec la participation de tous les artistes, éditeurs, traducteurs, ayant participé aux projets d'éditions du poète, avec interprétation de poèmes mis en musique et interprétés par Jacques Ibanès.

Pierre Ech-Ardour est membre de la SGDL et de ADA.

Bibliographie non exhaustive :

Au bras du ciel, éd. de l'Aigrette, 2020 (recueil de poèmes).Lagune - archipel de Thau, traduction en occitan de Joan-Frederic Brun, éd. Institut d'Estudis Occitans de Lengadoc, 2018 (poésie). Premier Prix de Poésie 2018 à Toulouse.L'Arbre des Lettres, éd. Levant, 2018 (abécédaires).Réparations, éd. Flam, 2016 (poésie).

 

Au bras du ciel, éditions de l’Aigrette (Marseille), 2020

Peinture de couverture : Solitaire d’Anne Slacik.

Extraits de la Postface d’Annie Pibarot :

Au bras du ciel est un recueil de poèmes numérotés de 1 à 70, titrés avec des nombres exprimés en hébreu, persan, grec, latin, arabe d’orient et d’occident.

70, valeur numérique de la lettre hébraïque Ayin, signifiant « Œil et Source ».

Soixante-dix poèmes, tels le nombre des nations, les langues de Babylone, les sages de la traduction, les compagnons du prophète, les années d’exil, les révélées faces, suscitent et accompagnent, avec allégeance, par de dédaléennes voies, l’élévation d’une flamme.

Au bras du Ciel est le quatrième recueil que publie Pierre Ech-Ardour ; il fait suite à Réparations, L’Arbre des Lettres et Lagune1. Si ces quatre livres ont en commun un certain nombre de thèmes et se fondent sur le même mode de présence poétique au monde, ils se présentent sous des formes très différentes, ayant permis à leur auteur d’explorer plusieurs dispositifs ou formes d’écriture poétique. Afin de mettre en évidence la continuité des thèmes et leur approfondissement au fil des publications, il est possible de décrire quatre ancrages, sous-jacents aux différents recueils : ancrage dans le sensible et dans les lieux, dans la matérialité de la langue, dans la mémoire culturelle, dans l’idée de renaissance.

La note d’auteur se conclut en ces termes : Depuis la profondeur du Ciel, témoigne à son bras, mon amour de Vie.

49 – ٤٩ – XLIX – μθʹ – ۴۹ – מט

Fort peu lisible l’opaque dévoilement de la survivance quand sourdent misère et dénuement de dépouillées hordes dégradées. Naufragée du désert et de nuits intimes, émerge filiforme lumineuse blanche une dissolue verticalité. Imprécise comme l’ombre porteuse d’âges, fragmentée à l’instar d’entropies à la marge, empreinte à l’exemple du corps disparu, s’esquive consumée à l’aune de l’instant défigurée l’enfance. Indélébile cri en la résonance d’une nuit, incisif péril en l’inaudible silence, exil de beauté par l’aiguillon du pire, inoubliables s’entremêlent affres et ravages. Dans l’œil de l’imprésence, où décrie le refuge le renvoi, empêtrées en les rouages du vent de non-retour, migre astreinte dés ensemencée la graine, fuit proscrite l’égarée blessure, frémit inanimée bâillonnée ta parole.

********

Poète des lieux, Paolo Valesio qui se partage entre New York et la région de Bologne, l’est aussi.

Ce natif de l’Italie ne se sent chez lui que « le long de certains blocs de Manhattan ». Il interroge le paysage à sa façon à lui, celle d’un éternel poète chercheur et comme l’affirment les deux présentateurs universitaires de cet ouvrage, la poésie se doit d’être libre des amarres de la recherche.

Les poèmes de Paolo Valesio, accessibles désormais en français grâce au dévouement d’un éditeur passionné, Daniel Cohen qui dirige Orizons, confirment l’assertion élémentaire de Marc Cholodenko : « La poésie est la vie. La vie est la poésie ».

Et la ville de Spolète qui accueille chaque année un festival de théâtre, est une succession de spectacles de la vie.

Paolo Valesio aime à la fois le tourbillon des scènes théâtrales et la quiétude d’un paysage, la légèreté d’une hirondelle.

Paolo Valesio

« Le minuit de Spolète - La mezzanotte di Spoleto », éditions Orizons, 17 €

Paolo Valesio est un auteur fécond - poésie, prose et critique littéraire. Sa poésie est marquée par son expérience de critique et de professeur universitaire, connaisseur inspiré de d'Annunzio, de Marinetti, à quoi il faut ajouter les questions de rhétorique et sur le théâtre lui ont inspiré. Ce recueil est une mise en scène ; il a comme décor un voyage à Spoleto, « ville de théâtres » et un scénario basé sur un « discours amoureux » avorté qui évolue, souvent, en monologue ou en tirade du protagoniste.

Paolo Valesio est professeur émérite de littérature italienne (Université Columbia, New York) et poète. Il dirige le Centro Studi Sara Valesio (Bologne, Italie) et a publié plusieurs recueils poétiques parmi lesquels Il volto quasi umano (Lombar Key, 2009), Il servo rosso/The Red Servant (tr. de G. Sidoli, Puntoacapo Editrice, 2016) et Esploratrici solitarie (Raffaelli, 2019).

La traduction française est de :

Martina Della Casa, maître de conférences à l’Université de Haute-Alsace et membre de l’Institut de recherche en langues et littératures européennes (ILLE 4363), et Michel Delville, professeur de Littérature comparée à l’Université de Liège, où il dirige le Centre interdisciplinaire de Poétique appliquée. Il est aussi poète, musicien et traducteur.

Ô Spolète, Spolète : elle lui rappelle

qu’il traverse sa vie enivré,

dans le brouillard ;

qu’il ne s’est peut-être pas encore éveillé

de muettes existences passées.

Né en Italie selon l’état civil -

et fidèle à cette racine -

il a conscience toutefois d’être

René à New York.

Il se sent chez lui uniquement

lorsqu’il marche poussiéreux et seul

le long de certains blocs de Manhattan

ou quand il s’arrête, dissimulé

dans la foule de certains halls :

Gare Grand Central,

Musée Métropolitain,

Centre Lincoln...

Mais il se peut qu’auparavant il soit né à Spolète

dans une petite

maison immémoriale

derrière les murs gris-ocres

dans les ruelles au-dessus et à côté

de la crypte de Saint Isaac.

Spolète, ville de théâtres :

entre les coulisses il erre. Il lève le voile.

****

Avec stupéfaction

 

Le martinet, plus tardif dans son envolée

et plus robuste,

s’embusque dans les buissons du verger.

Les hirondelles, qui sont plus légères -

d’une légèreté

dont on ne sait si c’est du désespoir ou de la joie -

volettent entre-temps à mi-ciel.

Devant

la façade de San Nicolo,

dans l’ombre lumineuse

(le soleil est encore haut

au-dessus de la vallée),

défilent les ramiers

leurs évolutions

argentées dans des volées

qui divisent et déclinent.

A quoi donc sert le mouvement,

à quoi sert la quiétude ?

****

 
 

 

 

 
Confinement n° 11:
 
Michel Roquebert
Marc Fontana
Eduard Mörike
Paolo Valesio
Georg Trakl
René Guy CADOU
 

 

 18/06/2020

 

 

 

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La poésie demeure une marche en avant

Depuis 1982, année du décès de René Nelli, l’Occitanie n’avait pas connu de deuil aussi emblématique de sa culture et de son histoire, avec la disparition de celui qui y avait consacré sa vie : Michel Roquebert.

« Les citadelles du vertige » et les trois tomes de « L’Epopée cathare » enrichissent la bibliothèque de tous les occitans et de tous les amateurs d’histoire en France et bien au-delà, le catharisme continuant à mobiliser les passions.

Michel Roquebert, grand éditorialiste à La Dépêche du Midi, a ensuite longtemps vécu à Montségur dans ce lieu mythique qu’il a fouillé, créant un musée, avant de se retirer pour écrire dans la sérénité des bords de la Méditerranée.

Son dernier livre « Figures du catharisme » éd. Perrin, 480 pages, 25 €, avec une préface du professeur Philippe Martel de l’université de Montpellier, rassemble toutes les publications, chroniques , non incluses dans les livres déjà publiés de Michel Roquebert et offre, dans un cheminement balisé de dix sept chapitres, une vue éclairante sur les fascinants mystères historiques et religieux de ce phénomène aujourd’hui nommé catharisme qui secoua les puissants de la Chrétienté et proliféra du Languedoc à la Lombardie.

Or, ce livre d’histoire, aussi érudit soit-il, de par le talent unique de Michel Roquebert, se dévore comme un roman à suspense.

Je ne crois pas que ce soit seulement mon chauvinisme exacerbé d’occitan qui m’a fait lire ce livre en marquant peu de pauses, arrivant en quelques jours à la page finale, étourdi par tant de vies restituées dans leur humanité.

Car Michel Roquebert écrit l’histoire tel un romancier.

La réalité historique qu’il nous révèle est plus surprenante et plus habitée d’émotions qu’un roman.

Comme Jean Duvernoy avec lequel il a collaboré, Michel Roquebert a illuminé le prestige de l’Académie des jeux floraux de Toulouse, la plus ancienne d’Europe, dont il fut Mainteneur.

Michel Roquebert : une œuvre intemporelle qui nous guide dans l’histoire.

**********

2020 est l’année du centième anniversaire de la naissance de

René Guy Cadou (1920 - 0951).

L’émission du « Confinement n° 11 » lui est essentiellement consacrée.

Je sais que Cadou a influencé beaucoup de poètes qui lui ont succédé. Michel Baglin ou Jean-Luc Pouliquen par exemple.

C’est une grande injustice qu’il ait échappé aux « grands éditeurs parisiens ». Il est vrai qu’il avait écrit : « Je connais vos journaux et vos grands éditeurs / Ça ne vaut pas une nichée de larmes dans le cœur ».

Sans l’action merveilleuse d’obstination d’Hélène Cadou, et aussi sans celle de ses amis Rousselot, Bouhier, Bérimont, et plus tard Seghers qui publia enfin avec une large diffusion « Hélène ou le règne végétal », Cadou aurait pu connaître le destin littéraire anecdotique de beaucoup de poètes de l’Ecole de Rochefort.

Cadou a été un météore.

Une étoile filante dont les traces incendient la conscience de la poésie française.

C’est la poésie qui lui a fait rencontrer Hélène, poète elle aussi.

Elle a pu reconstituer l’école de Louisfert à l’identique du jour de la mort de René Guy Cadou. Elle en était fière et nous, heureux de cette fierté si légitime.

Nous avons été nombreux à admirer Hélène, d’une noble beauté, toujours accueillante, chaleureuse, heureuse de savoir que l’œuvre de René Guy était reconnue.

Invité chez elle à Louisfert, elle m’accueillit en me disant toute joyeuse : « Le Président m’a dit que René était son poète préféré ! » Le Président était François Mitterrand.

C’était un bon choix et d’un poète plus complexe qu’il n’y paraît.

Dans les années quatre vingt, donnant une conférence sur Cadou à l’Université de Beer-Sheva en Israël, je fus saisi par l’intérêt immédiat que ses poèmes suscitaient. Il en fut de même auprès des détenus de la Maison d’Arrêt de Montauban où je me rendais régulièrement les années quatre vingt dix pour faire entrer la poésie dans une prison comme l’éclair dans la nuit.

Cadou avait commenté la phrase de Saint-Pol-Roux : « La table de travail est comme un large crucifix sur lequel le poète s’expose pour s’éterniser » par ces mots : « ce qui prouve suffisamment que cette passion ne se satisfait point d’elle-même, mais demeure avant tout une marche en avant ».

Alors pour aller de l’avant, lisons Cadou !

René Guy Cadou « Poésie la vie entière - Œuvres poétiques complètes » Seghers, 22,70 €.

[Cette émission en préambule signale la publication de « Traversée du parc Ritan » de Marc Fontana, préface de Pierre Dhainaut, éd. Pont 9, 15 € ; de « Peregrina et autres poèmes » éd. Orizons, 26 € ; de « Sébastien en rêve et autres poèmes » éd. Orizons, 25 €, publications dont nous reparlerons prochainement.]

La part de Dieu

Fais vite

Ton ombre te précède et tu hésites

Derrière toi on marche sur tes jeux brisés

On referme la porte

Et les heures sont comptées

Mais la vie la plus courte

Est souvent la meilleure

Tu diras au Seigneur

J’apporte mes mains vides

Le peu de sang liquide

Qui frôle encore mon cœur

Ces regards sans fierté

Ce manque de chaleur

La croix que vous m’offrez

N’est pas à ma hauteur.

 
 

 

 

 
confinement n° 10
 
Revue

"Des pays habitables" n°1

 

 

Saint-Pol Roux
Franck Villain

 

 11/06/2020

 

 

 

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Le talent est un titre de responsabilité

« A Federico Garcia Lorca et à Robert Brasillach, unis en mon estime et en mon repentir » telle était la dédicace d’un de ses derniers poèmes de Jacques Marquis rallié au sommaire de la revue « Crécelles » que nous « fabriquions » dans une belle amitié en 1965, au Pop Club Poésie que nous venions de créer, réunis dans notre siège de la rue Achille Viadieu : une cellule de nonne prêtée charitablement par le couvent voisin alors du lycée Berthelot de Toulouse.

Après une dernière pirouette, Jacques Marquis, féru de Baudelaire, nous tirait sa révérence, nous plongeant dans notre première perplexité devant le pathétique d’un artiste condamné à organiser sa propre tragédie volontaire.

Jacques Marquis, fils de la présidente du Midi Chante nous avait ouvert les salons de l’Hôtel Tivollier (avant qu’il ne devienne une annexe de la Préfecture) où nous allions le jeudi déclamer nos poèmes auprès de ces vieilles dames qui nous régalaient de boudoirs arrosés d’un petit vin blanc.

Mais il nous avait surtout ouvert les fenêtres de notre jugement du monde.

Nous pouvions éprouver de la compassion pour Robert Brasillach comme pour Federico Garcia Lorca, tous deux fusillés.

Le Général De Gaulle avait refusé de gracier Brasillach.

Il s’en était expliqué : « S’ils n’avaient pas servi directement et passionnément l’ennemi, je commuais leur peine, par principe. Dans un cas contraire, - le seul - [Brasillach], je ne me sentis pas le droit de gracier. Car dans les lettres, comme en tout, le talent est un titre de responsabilité ».

 

L’action littéraire peut être aussi offensive que celle du canon.

Curieusement, c’est un général qui l’affirme.

 

Saint-Pol Roux fut lui aussi un poète victime de guerre. Il périt du chagrin causé par le viol de sa fille Divine, par la soldatesque allemande.

 

Je suis allé me recueillir sur les ruines du Manoir de Coecillian (autrefois appelé Manoir du Boultous) devant la mer d’Iroise à Camaret en Bretagne.

 

Le poète surréaliste toulousain Jean-Pierre Lassalle déplorait que l’on ait laissé peu de place au fond à Saint-Pol Roux, et nous avait gratifié d’une heure d’émission sur ce poète de la Belle Epoque (toujours accessible sur lespoetes.site).

 

Les éditeurs ont boudé Saint-Pol Roux le Magnifique que l’on peut lire tout de même chez Rougerie. Alors quand une nouvelle revue le remet à l’honneur, c’est un événement dont il faut parler.

 

C’est Joël Cornuault qui dirige la revue « Des pays habitables » diffusée par les éditions Mainard qui met au sommaire du numéro 1 un article de fond de Laurent Albarracin : « Saint-Pol Roux fils prodigue de l’avenir », complété par un texte de Saint-Pol Roux : « Madame la vie ».

 

Cette belle revue qui se présente comme un livre agréable, a pour devise « Naïveté Utopie Exubérance » un beau programme bien rempli par les auteurs de ce premier numéro disponible en librairie (13 €).

 

En effet, le sommaire réunit Shakespeare à Malcolm de Chazal, à Margaret Fuller ou Alexander Von Humboldt et d’autres aussi prestigieux.

 

La prochaine parution reprendra « Correspondance d’Arthur Rimbaud » du poète qui fut élève du lycée Pierre de Fermat de Toulouse : Roger Gilbert-Lecomte.

 

Extrait de l’article de Laurent Albarracin :

 

La poésie de Saint-Pol Roux est en quête d’une, de la véritable poésie, celle-ci étant véritable justement parce qu’elle n’en restera pas à une simple manifestation littéraire, qu’elle est appelée à s’arracher du papier comme d’une sorte de gangue, et que la Beauté et la Vérité devront se rejoindre et se conjoindre pour réaliser le miracle d’une chose unique, selon un souhait de type hermétique. Il faut que la poésie échappe à la littérature pour dépasser ses propres antinomies limitatives. D’où le recours permanent à l’analogie, à l’image et à la métaphore auxquels le poète demande d’accomplir cette fusion de la puissance abstraite et du pouvoir concret, du mot et de l’idée, cette sorte d’hybridation idéoplastique, selon son terme, du matériel et du spirituel, créant une réalité « d’essence transcendantale et d’ordre biologique » tout à la fois : « Le Mystère et le Réel communicants, flore et faune imprévues surgiront des échanges de pollens électroniques, et des humanités inespérées vagiront au baiser magique des osmoses ».

Ce que la Répoétique et ses divers prolongements ne cessent de réclamer, de programmer et d’autoproclamer magnifiquement, ça n’est rien de moins que la fin des antinomies, l’abolition des oppositions catégorielles, la destitution de tous les empêchements.

*********

 

La même émission répertoriée sur le site lespoetes.site à « Confinement n° 10 », donne à écouter de larges extraits de « Saisi par la neige » de Franck Villain, éd. érès collection Po&Psy, 12 €.

 

Né en 1968, enseignant à l’Université de Tokyo, Franck Villain regagne la France après la tragédie de Fukushima. « Saisi par la neige » marque son retour à la parole poétique après la sidération du désastre nucléaire.

 

Extraits :

Habiteras-tu davantage la croûte de notre sol ?

 

Seras-tu plus présent, plus nourri, plus ouvert par

l’autour qui nous traverse ?

 

Seras-tu porteur de ces langues aux épaisses semelles, ou passager de cette voix aux pieds nus ?

 

Seras-tu de cette patience qu’active la Nature quand elle

nous frappe du détour de sa surprise ?

 

Tant de chemins, tant de chemins à préserver des routes.

 

(activités journalières II)

******

Être-là. Encore. Ensemble. Sans trop sentir les mots dans la chambre froide. Se dire qu’un lien va surgir comme un bond d’enfant, ou des mots qui en diront plus. Et on attend. On est proche pourtant, du moins dehors et corps partagent le même là.

(immobile)

******

Casser.

Trancher.

Comprendre.

 

Ne plus attendre :

Temps de revenir de filer

de remplir de connu à placer

de l’appris à combler de plein les

mots sur le monde à quadriller de sens

pour voir bien voir enfin le monde par le regard

qui tire son coup de feu

(injonction)

*****************

[la même émission signale la parution de « Un oubli de neige » de Francesco Scarabicchi, éd ; Po&Psy, 12 € et de « Saadi ivre d’amour » de Abbas Kiarostami, éd. Po&Psy, 12 €]

 
 

 

 

 
confinement n° 9
 
Les éditions  érès

 Po&Psy 

 
Le 500 ème numéro

 d'Encres vives

 

Michel Cosem

 Falsen

Simone ALIE-DARAM

 

 04/06/2020

 

 

 

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L’amour n’est pas consolation, il est lumière.

Joël Cornuault s’épanche, avec la pertinence du poète, sur le lyrisme amoureux dans la dernière partie de son livre de poèmes « Tes prairies tant et plus » (éd. Pierre Mainard, 16 €).

Qu’en est-il du lyrisme dans la création poétique aujourd’hui ?

Le raccourci des poèmes, leur fréquente trivialité font-ils disparaître le lyrisme ?

 

« Le poète lyrique est à la fois celui qui « est ici » et celui qui « voit ailleurs » définissait Yves Vadé.

 

La trivialité, recherchée par nos poètes actuels, pour regarder « d’ailleurs » dans la langue du poème, tue-t-elle le lyrisme, comme le dénonçait Baudelaire lors du Salon de 1859 : « Je trouve inutile et fastidieux de représenter ce qui est, parce que ce qui est ne me satisfait pas. La nature est laide, et je préfère les monstres de ma fantaisie à la trivialité positive ».

 

De la même manière que le peintre ne peut se limiter à reproduire la nature et sa trivialité, le poète n’a pas pour vocation d’informer, de communiquer, de convaincre, mais de restituer par le travail de la langue et par ce seul travail, sa réalité subjective pour qu’elle devienne universelle.

 

Paul Valéry avait bien compris que « L’homme exalté ou ému croit que son verbe est un vers, et tout ce qu’il place par le ton, la chaleur et le désir dans la parole s’y trouve et se communique. Mais c’est l’erreur commune en fait de poésie. Les mauvais vers sont faits de bonnes intentions. Il y a plus de bons vers faits froidement qu’il n’en est de chaudement faits ; et plus de mauvais faits chaudement ».

 

En 1960, Toulouse devint un des phares de la poésie contemporaine.

Rien de plus normal que rivalisant avec Paris, la Charente, la région de Nantes et Marseille où se dessinait la poésie du lendemain, la ville des troubadours participe au tournoi.

Le poète qui deviendra peu de temps après également romancier, ami de René Nelli et de Jean Joubert, créa depuis l’Université de Toulouse, la revue Encres Vives.

 

Les premiers numéros balayaient le champ expérimental de la poésie d’alors qui cherchait à se frayer un chemin parmi toutes les trouvailles du langage.

Alors que Paris allait déboucher sur le mouvement Tel-Quel , une poésie de laboratoire faite le plus souvent par des universitaires, la sensibilité « provinciale » prit une direction en rupture avec cette mise à mort du lyrisme et privilégia, selon les mots de Robert Sabatier dans le tome 3 de « La Poésie du XXème siècle, Métamorphose et modernité » (Albin Michel éd.) : « ce qui lui est propre : l’imagination créatrice fondée sur le réel ».

 

Il fallut cet aboutissement qui exigea une dizaine d’années, pour que les livres de poèmes retrouvent des lecteurs perdus. A bien des égards, la plupart des revues de poésie et une majorité de poètes s’inscrivent, consciemment ou non, dans cette création de « l’imagination créatrice fondée sur le réel ».

 

Il serait injuste, en ces temps où l’éphémère est roi, où le spectaculaire faisant « le buzz » divertit seul le chaland, d’oublier le rôle majeur joué par Michel Cosem et Encres Vives dans la poésie de la deuxième moitié du XXème siècle à nos jours.

Et cela se poursuit !

 

En effet, Encres Vives fête son ... 500ème numéro ! Soixante ans de publications ininterrompues ! Et rares sont les poètes authentiques qui n’ont jamais été publiés à Encres Vives.

 

Pour ce numéro historique Michel Cosem rompt avec sa pratique éditoriale de donner à lire un poète par numéro. Le n° 500 rassemble un poème de chacun des membres du comité de rédaction et est dédié à la mémoire de Jean-Max Tixier et de Jacques Lovichi qui furent membres de ce comité.

Le numéro 6,10 €, abonnement 34 €, à commander à Michel Cosem, 2, allée des Allobroges, 31770 Colomiers (voir aussi le site encresvives).

*****************

Auparavant le n° 499, avait été consacré à des haïkus de Michel Cosem « Le partage du monde » sur des graphismes envoûtants de l’artiste André Falsen qui illustre par ailleurs la plupart des couvertures de la collection « Encres Blanches » d’Encres Vives.

 

Les graines se cherchent et

s’éparpillent

Rêves et paroles mesurées

Comme la pierre du seuil un peu

secrète

********************

Le numéro 501 d’Encres Vives est constitué par le dernier recueil de poèmes de Simone ALIE-DARAM : « Murmures »

6,10 €, abonnement 34 €, à commander à Michel Cosem, 2, allée des Allobroges, 31770 Colomiers.

 

Voici ce que l’on peut lire sur la quatrième de couverture :

Simone Alié-Daram, médecin, s’est illustrée dans les avancées de l’immunohématologie. Membre de l’Académie des Sciences Inscriptions et Belles Lettres, elle est aussi Maître ès-jeux de l’Académie des Jeux Floraux.

Son humanité en constant éveil, exacerbée par un métier qui veut arracher la vie à la mort, la conduit à s’interroger sur sa propre expérience des deuils, du passé, du temps qui file et qui pourtant n’existe pas.

C’est en poète qu’elle poursuit cette recherche et c’est par le poème qu’elle en dresse le constat.

La scientifique, pour les tourments de l’âme, cède la place à l’artiste, la vérité ne s’éprouvant que par les sens : « Je ne sais pas penser / Je ne sais que sentir ».

Dans cette intuition vitale, elle avance au rythme de ses recueils : Ecritures, Emoti’icones, Effluves, Des Ephélides plein les poches, Ellipsoïdes, Paradis ébouriffés, Passions effleurées, Dialogue d’outre nuages, Désinvolte Eros, Le Présent d’après (copymedia éd.) et à Encres Vives : Syllabes.

« Je deviendrai souffle » prophétisait-elle légitimement dans ce dernier recueil. Ce souffle, celui de la poésie se fait murmurant, léger.

Car le bonheur, ce n’est pas le cri, mais le murmure : « Le bonheur c’est peu de choses » et ce qui a été vécu fut si beau qu’elle doute qu’il y ait « ...au paradis / Autant d’oiseaux autant d’étoiles ».

Ces murmures, les poèmes, dans une langue limpide, sont « ces moments d’éternité » qui éblouissaient Sylvia Plath.

************

Ce dernier né de l’œuvre de Simone Alié-Daram est empreint d’une vision tragique de son propre destin, par une lucidité qui ne tourne jamais le dos à l’imaginaire fondé sur le réel. La facilité de ton qui donne une fluidité plaisante à la lecture, est le fruit d’une part d’une longue maîtrise de la langue et d’autre part de l’intégration de la réalité, retranscrite non comme une scène extérieure mais comme la vie qu’elle a vécue.

 

Simone Allié-Daram dans ce fort recueil illustre sans le vouloir les mots d’une autre Simone, Simone Weil : « L’amour n’est pas une consolation, il est lumière ».

 

[à noter que cette émission signale en préambule trois livres de la collection PO&PSY des éditions toulousaines érès : Francesco Scarabicchi « Un oubli de neige » 12 € ; Franck Villain « Saisi par l’hiver » 12 € ; Saadi Abbas Kiarostami « Saadi ivre d’amour » 12 € qui seront repris dans les émissions ultérieures]

 

Extraits de « Murmures » :

 

L'essentiel est en accord avec la mer

Il sonne toujours iode et vert

On va le chercher des années

Cet ultime assassiné

Aux sons captifs

Que l'on découvre

Au début du sommeil

 

***

 

Les ampoules du grand lustre

Dessinent des flammèches de lumière

Moult orchidées se disputent

Les carreaux de la fenêtre

Les fantômes se reposent

Attendant la nuit prochaine

Pour effrayer les rêves

Des enfants

De miroir en miroir

Les notes de musique

Virevoltent en douceur

Spectres

Où sont passés les criminels

Les malfrats

Dont vous fîtes votre compagnie

Au temps des magnolias antiques

 

***

Il ne me suffit pas

Que mon seul projet soit de vivre

Je parle à mon corps une langue inconnue

Ma tête est vide

Et te cherche partout

Je ne peux plus descendre

De ma tour esseulée

Je vois tous les matins

Sur le faîte du toit

Le trio des corneilles

Mais je ne peux

Aller entendre en bas

Sur les fleurs entrouvertes

Le murmure des ailes des papillons.

***

Un jour d'hiver

Le soleil est comme un cadeau

Les goélands reflètent la lumière

Sur leurs ailes en faisceaux

L'horizon bleu masque le monde

Les idées éclatent en nervures

Dessinant sur le ciel

Des hiéroglyphes heureux

***

 

Le bonheur c'est peu de choses

Un banc un fleuve un ciel

Et entre eux deux la rotondité d'une voûte

Adorée

***

Poème d'insomniaque

J'ai rendez vous avec les étoiles

Le ciel tout noir

Et le soleil tout bleu

Le silence des temps

Envahit les rideaux

Pèse sur mes yeux clos

Et les rêves s'envolent

Rejoignant Calliope et Erato

Mes amours sont là haut

Le temps n'existe pas

Dis tu

Pourtant il passe lentement

 
 

 

 

 
confinement n° 8
 

 

 28/05/2020

 

Pedro Heras
Marie-Josée
 
CHRISTIEN

 

 

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J’écris pour éclaircir, pour éclairer

Rectificatif 

 au contenu oral de l'émission :

les éditions Tretium sont toujours actives 

et continuent de diffuser les livres de poésie

 de Marie-Josée Christien.

 

Par quel phénomène soudain, un ami ou une figure disparus s’invitent sans crier gare dans le paysage d’une journée ou pire d’une nuit ?

Plus nous vieillissons, plus les fantômes nous cernent. Et il est de notre pouvoir exorbitant de rallumer la flamme vive de leur mémoire qui fait d’eux des êtres immortels bien qu’ayant péris.

Plus de cinq décennies de fréquentation de poètes ont abouti à l’accumulation de trop de flammes vives qui me brûlent comme un incendie inextinguible.

Dans ma dernière émission, je citais Pierre Autin Grenier : « Celui qui, en toutes circonstances, sait se taire, plus que tout autre mérite d’être écouté » et « Être libre, c’est ne pas avoir peur ».

Je me revois dans les années quatre-vingts, assis à côté d’Henri Heurtebise écouter la voix nonchalante de Pierre, ce poète philosophe, ivre d’humour froid pour ne pas dire noir. « Les Radis bleus » ont paru en édition de poche et il faut l’offrir à nos jeunes gens.

La mort d’un poète jeune qui n’a pu donner toute la puissance de son œuvre est un scandale. A la douleur de la perte, s’ajoute le tiraillement de la révolte.

Pour que cette voix ne soit pas étouffée par le silence de l’oubli, il nous revient de la faire écouter.

Ainsi de Pedro Heras, jeune espoir de la poésie espagnole que la maladie a fauché en pleine jeunesse mais dans la maturité de son art. C’était un régal de réaliser une émission avec lui. Il en sortait toujours heureux et nous communiquait ce bonheur.

Claude Bretin, Pedro Heras, Michel Eckhard-Elial et moi, après un bon repas de coquillages, nous avons flâné une journée de plein soleil au bord de l’étang de Bouzigues. Il habitait cette région près de Montpellier.

Il avait fait sienne la profession de foi de Spinoza : « Je m’efforce de vivre non dans la tristesse et les gémissements, mais d’une âme égale dans la joie et la gaîté ». Devise qu’il mit en exergue d’une de ses publications des éditions hegipe, ses propres éditions dont ce surdoué était aussi l’imprimeur, dans la collection « minuscules » : « Une toile contre la mer » extrait de « Chroniques du jour qui vient ».

Car après avoir publié « Poemas del argonauta » (ed. hegipe, collection poésie, 20 €) en espagnol exclusivement, puis une brillante traduction de « El rayo que no cesa » de Miguel Hernandez et un essai sur la lumière « La lanterne d’écurie » en français, toujours aux éditions hegipe, Pedro Heras voyageait et rapportait d’Allemagne, du Portugal, des Pays Bas ses « Chroniques du jour qui vient ».

Il avait été séduit d’admiration pour la ville d’Amsterdam et en avait rapporté une chronique : « Une toile contre la mer ».

J’ai retrouvé dans ce texte lu in extenso dans l’émission Confinement n° 8, l’émotion que j’eus moi-même à résider dans cette ville dans un hôtel séculaire tout en hauteur, un mois d’été 1975.

Ecoutons-le :

Or Amsterdam - toile sur et contre la mer - est bel et bien œuvre de rongeur, d’excavateur, de rat, de musaraigne, ces chef-opérateurs des bas fonds : tourbe et sable embrassés mollement - amoureusement - où l’on va du mieux que l’on peut à chaque fois planter des cure-dents gargantuesques qui font le rétréci, le côté garde-à-vous, mais déjà la variété des façades, leur déhanchement aussi, une réalité de guingois, où, épaule contre épaule, le faux-plat finit par émouvoir.

Musaraigne, araignée - direz-vous - même combat. Mais ce sont là fausses parentés chez des peuples surtout ayant vécu trop longtemps à l’étroit pour, à l’appel du large (bénéfice), ne pas courir le monde. Airs de famille donc qui n’en sont pas ou alors en apparence : par ce côté-ci, rat des villes aquatiques, mais pour là-bas, aussitôt hôte des airs et bourlingueurs d’épices.

Musardons encore un peu.

 

Cette mer du Nord qu’on repousse comme un barrage bleu contre la terre. Cette inversion des signes. Le cône des pignons à moulures en bas se décomposant en infimes vaguelettes. La mer au-dessus des toits qui vient s’user contre l’impassibilité des digues. Cette inversion de toutes les valeurs élémentaires qui fait penser que ce serait Nietzche la seule lecture possible en ces lieux : lui qui n’envisageait tout que depuis la hauteur.

*******

J’avais déjà évoqué dans mes signalements de publications les numéros de la collection Parcours de la revue Spered Gouez, en particulier celui consacré à Jacqueline Saint-Jean : « Jacqueline Saint-Jean, entre sable et neige », et dernièrement celui constituant anthologie, portrait(s) et approches de « Marie-Josée Christien, passagère du réel et du temps » 13 € à commander à Spered Gouez, Ti ar Vro, 6 Place des Droits de l’Homme, 29270 Carhaix-Plouguer.

 

C’est avec une terrible émotion qu’on y lit les 4 pages que lui consacre Michel Baglin qui reprend l’affirmation de Marie-Josée Christien : « La poésie n’a pas pour but d’expliquer le monde mais de le vivre intensément » et y ajoutant « et de le faire vivre intensément ».

 

Nous avons consacré une émission au dernier livre de Marie-Josée Christien « Affolement du sang » (Al Manar éd. 19 €) toujours accessible sur notre site.

 

Ce numéro de Spered Gouez est un éclairage - qui laisse peu de place à l’ombre - de l’œuvre de cette poétesse, par les nombreux témoignages de ses contemporains. C’est aussi une anthologie et il autorise ainsi une vraie connaissance de cette femme poète, mais également éditrice et femme d’action culturelle et humaine.

 

Je vous invite à écouter cette voix qui appartient déjà à l’histoire de la poésie française.

 

Cercle du Ménec (Carnac)

 

Le cercle des pierres

prend la mesure de la nuit

qui couvre la terre

dans une hésitation de la lumière

 

miroir courbe

où l’avenir se cherche

dans l’origine.

 

Courbe d’errance

des ères

recommençantes

où nos regards

rebondissent

de fragment en fragment.

 

Cerclés de ciel

les intervalles de silence

brefs

remontent vers le flot du soleil

 

Ils se dilatent seulement

à force de connivence.

*************

Le carnet des métamorphoses (1992 - 1994)

 

Je porte la graine

dans mes racines

Je soumets ma substance

à l’ordre

qu’elle instaure

 

Ces instants de fusion

suscitent la métamorphose.

*******

L’inconnu

qu’il me faudra déchiffrer

arrondit en moi

le silence

de sa sphère

 

Cette aube à l’affût

accueille une autre lumière

où conduit

toute naissance.

***********

Généalogie de la matière (2006 - en cours d’écriture)

 

A force de fixer

les étoiles

les yeux ouverts

sur le temps

 

je reconnais le fluide obscur

dans le hiatus du jour

le cosmos

me traverse

 

dans les fibres de la lumière.

 

Le décor

se forge

sous le règne du chaos

 

dans une bataille

d’ondes et de vibrations

un souffle d’énergie

soumet à sa logique

des rudiments d’univers

 

La fin

engendre le commencement.

 

La lumière fossile

frissonne

dilate

efface tout repère

la vie se déplie.

 

Poussières dans la nuit

les étoiles fuient

vers des horizons inapaisables

 

à hauteur de constellations

le temps de l’humain

et le temps de l’univers

se rencontrent.

 

Le tremblement de la lumière

se mesure

en millième de seconde

la nuit éternelle

en millions d’années

 

aux limites

de l’inépuisable cosmos

 

les chemins perdent

leurs repères.

 

 

La matière s’amoncelle

s’agglomère

dans la fournaise des vents

 

Elle se souvient

de l’énergie

arrachée

à la forge des étoiles.

************

 

Eclats d’obscur et de lumière (2014 - 2020)

 

La langue n’est pas le sujet du poème. Elle est seulement le matériau qui le sublime.

 

La poésie n’est pas un supplément d’âme. Elle est l’âme elle-même.

 

Ne pas confondre vivre en poésie et vivre de la poésie.

 

La poésie est un état de veille.

 

Le poème est ce qui résiste da plus humain de nous.

 

Un vrai poète se reconnaît à sa capacité de sortir de lui-même et de dépasser l’horizon de sa propre parole, à son généreux désir de partage.

 

Les poètes belges me semblent d’une fantaisie pure, absolue. Celle des poètes bretons est plus mélancolique, plus grave.

 

J’écris pour éclaircir, pour éclairer.

 

Si les poètes lisaient, ils écriraient moins.

**************

Ce temps-là

En mémoire de Xavier Grall

 

En ce temps-là

j’étais vivante

j’avais un visage

 

j’étais de ce monde

j’étais le feu

 

je me consumais déjà.

************

 
 

 

 

 
confinement n° 7
 

 

 21/05/2020

  Pierre

DHAINAUT

 

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Transferts de souffles

En 1995 la Bibliothèque Municipale de Toulouse, dite du Patrimoine, organisa une grande exposition « Toulouse - Bologne » pour mettre en valeur et en définitive révéler au public la vraie richesse culturelle contemporaine des deux villes liées par un jumelage. Il s’en suivit la parution d’un remarquable catalogue.

Alem Surre-Garcia présenta la création littéraire occitane et je fus chargé de la création poétique en langue française.

Yves Heurté (1926 - 2006) descendu de ses chères Pyrénées, un des premiers visiteurs, contempla sa photographie et ses poèmes affichés sur les murs, me prit par les épaules et m’exhibant au regard du public s’écria : « Voilà un poète honnête ! » Je compris que je n’avais oublié personne.

Heureux temps où les bibliothécaires passionnés fomentaient de belles expositions et de beaux catalogues sur les créateurs du lieu. A quelques exceptions près, aujourd’hui, ces créateurs ne sont plus connus des professionnels de la lecture publique. La culture s’est uniformisée, reconnue par Paris elle redescend en province. Seule la poésie, peut-être, du fait de son infinie fragmentation, résiste à cette aspiration verticale.

En 1984, la Bibliothèque Municipale de Lille, du 22 mars au 20 avril, organisa une exposition « des mots rendus à leur lumière » autour des poèmes de Pierre Dhainaut avec les peintures, dessins, gravures de Marc Pessin et Mariette.

Le catalogue de l’exposition, artisanal mais dans une mise en page élégante est, lui aussi, remarquable. On y découvre l’écriture manuscrite de Pierre Dhainaut et il s’explique sur sa fabrication (puisque la poésie est l’art de faire) du poème :

« ils n’ont point d’objet - ils évoquent un pays, une région, mais ils ne décrivent rien - ou que cet objet ne lui appartient pas, ni les mots ni lui-même :

Quand nous le réalisons, poursuit-il, c’en est fini de la malédiction ».

 

Pierre Dhainaut s’interrogeait déjà : « Ce qui m’intéresse, ce n’est pas le produit [le poème], mais l’acte, et cependant comment éviter que cet acte ne devienne un produit ? »

 

Mais aussi, déplorant que l’écriture « trop vite exclut : telle est sa fatalité. Elle fige, elle enferme » pouvait affirmer : « Il n’y a d’évidence, en vérité que dans la relation. L’autre et le silence, et le monde, existent-ils sans moi, sans le langage et sans le poème, indépendants, transcendants ? Sans eux nous n’existons pas davantage. Ecrire, ouvrir. Découvrir

Et il précise :  Qu’est-ce que l’autre ? Le corps aimé. Je l’approche, il me résiste... il est quand je suis. Double apparition, réciproque aimantation. Qu’est-ce que le silence et le monde ? Le corps aimé du langage et du poème. Ils ne sont pas le champ clos de l’être et du temps, mais l’espace où le sens s’invente, essaime ».

 

J’ai toujours aimé lire Pierre Dhainaut. Et l’homme me touche aussi par son amitié avec Jean Malrieu, l’homme du Nord allant à la rencontre de l’homme du Sud, de ce poète occitan de langue française comme il aimait se définir et provoquer malicieusement, par amitié aussi, Félix Castan.

 

Pierre Dhainaut, poète généreux.

 

On le retrouve dans les revues (l’excellentissime Diérèse par exemple) et il éclaire de ses préfaces avec un œil magistral, les livres de poèmes de nos contemporains qui illustrent l’émission « les poètes » telles Isabelle Levesque ou Emmanuelle Sordet.

 

En 2019, les éditions « L’Herbe qui tremble » publient une anthologie des poèmes de Pierre Dhainaut de 1960 à 1979 :

« Transferts de souffles suivi de Perpétuelle La Bienvenue, avec une lecture d’Isabelle Lévesque Pourtant c’est un poème », 265 pages, 18 €.

 

Pierre Dhainaut a sous-titré Transferts de souffles « premières approches ».

Il les a fait suivre de poèmes inédits écrits 38 ans plus tard :

 

La mémoire a l’odeur des caves

des forêts froides, muettes, mais tout à coup

l’étau se relâche, la vue se révèle

à ce point patiente, téméraire,

qu’elle ira au-devant de ce qui passe pour obscur,

le franchira.

 

En guise de postface, Isabelle Lévesque, poète elle-même, dont nous suivons le parcours significatif de publication en publication et qui nous a familiarisés avec l’intimité de poètes fragiles à l’œuvre puissante comme Nicolas Diéterlé et Thierry Metz, fait une belle lecture du livre de Pierre Dhainaut dans un petit essai « Pourtant c’est un poème » qui nous ouvre les portes de la construction du poète lui-même et de ses poèmes.

 

Les treize pages de cet éclairage sont un résumé impressionnant de la posture de Dhainaut, de ses ancrages et de ses expériences. Je conseillerai de commencer la lecture de « Transferts de souffles » par ce texte pédagogique et qui confirme que personne, mieux qu’un autre poète, ne peut parler d’un poète.

 

Car Isabelle Lévesque a su décrypter dans l’écriture de Pierre Dhainaut, son inspiration ésotérique, son recours au chiffre 7, les influences alchimistes, occultistes de la « Table d’émeraude », le poème naissant d’un cheminement initiatique pour s’offrir comme un viatique.

 

CENTRE

oui

l’air silence évanoui parole au sommet

du silence au sommet de la parole

épanouie présent

présence

icilence et demaintenant

parole au-dehors dedans l’être

l’étreinte

 

 

(le flux, laisser

le langage inventer, il est trop tôt)

*******

SOCLE ERRANT

 

l’enfant qui jouait dans les dunes

a laissé le sable intact

 

son clair visage

 

 

trop souvent je confonds cible et signe

 

aujourd’hui la houle envoûte

en secret

************

Le retour et le chant

 

[...]

Cette voix, j’ai du mal à la reconnaître,

aurais-je changé ? que nous dit-elle

qui ne soit de tout temps si loin,

si proche ?

 

Aucun poème

assurément ne la retient, sinon le vent

qui parcourt l’arbre.

Il nous enlève à la mémoire, et je n’ai rien

à écrire au terme, au commencement,

que la terre ou la lumière,

avons-nous le choix ?

 

L’amour s’ouvre à l’amour,

que pourrais-je ajouter ?

Le poème est le don du souffle à la mort

comme à l’être.

La voix s’épuise-t-elle ? Avec le vent je reste.

Avec toi.

**********

Perpétuelle, la bienvenue

 

Un dieu qui t’éveille, un dieu qui embrase

les vitres, un dieu de flaque en flaque

où se reflètent les nuages, un dieu

pour l’horizon devenu terre ferme,

que tutoient les poèmes, dont ils touchent l’épaule

et qu’ils devancent...

 

 
 

 

 

 
confinement n° 6
 
 
Joël Cornuault
Murièle MODELY

 

 

 

 

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Voir éditorial du 26 / 05 / 2020 Feu de tout bois - Radicelles

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Tes prairies tant et plus de Joël Cornuault -

Pierre Mainard éditeur, 2018, 16 €

Poésie amoureuse, lyrisme, troubadour, passion, amour, érotisme, sensuel, corps

À propos

Tes prairies tant et plus reprend les quatre « Petits Poèmes » amoureux parus entre 2004 et 2010 ; quatre inédits et un essai De la lyrique amoureuse les ont rejoints ici avec des dessins de Jean-Marc Scanreigh. Joël Cornuault poursuit la tradition des troubadours, écrivait Claude Chambard, pour lequel « ces poèmes d'amour sensuels, par touches discrètes, secrètes, effleurent à peine l'objet même du désir. Et ainsi, d'allusion en allusion, d'effleurement en baisers, de caresse en mordillement, modèlent sous nos yeux un corps tendre et lourd d'abandon. »

Murièle Modély

Bibliothécaire de profession, elle commence à explorer l’écriture poétique sur son blog (www.l-oeil-bande.blogspot.fr.) avant de participer à des revues telles que Nouveaux Délits, Les tas de mots, Poème sale, Microbe, ou encore Traction Brabant.

2014 "Je te vois"

2014 "Rester debout au milieu du trottoir"

2012 "Penser maillée"

2019, " Radicelles " aux éditions Tarmac

201, Feu de tout bois Délit buissonnier n°1.

 

RADICELLES avec des photographies de Vincent Motard-Avargues éditions du Tarmac, 18 euros

« Dans Radicelles, le ton est donné dès les premiers vers. L’enfance n’est qu’un rêve éculé de paradis sans mémoire. La naissance accouche d’une « chose » qui va déjà de travers « sur un matelas sale ».

Murièle Modély poursuit avec Radicelles l’état des lieux du corps et de la langue qui marque sa poésie depuis son recueil Penser maillée. Le corps animal de l’humain et le corps végétal de l’arbre. Le corps au ventre volcanique de l’île « fantasmée » sous le « ciel de là-bas ».

Mais c’est ici que vit l’auteure, un ici impossible à féconder. Dans une langue, entre créole et français, qui « s’emmêle comme une suie sur la crête des vagues ». Des racines, des radicelles, des greffons et des coques de fruit sec s’enchevêtrent sous la peau « où desquame la mémoire », sous l’écorce en lambeaux. La « chose » parle en hoquetant. La joie elle-même est une morsure qui avorte l’histoire.

Le « mythe initial » du martyre de l’île asservie est alors introuvable dans la bouche décomposée : un œuf y a pourri, des larves en tombent.

Une fois encore, Murièle Modély pétrifie le lecteur par la violence de ses évocations. Des images de l’univers viscéral de Louise Bourgeois pourraient lui traverser l’esprit et achever sa suffocation sous le rouge tremblant des flamboyants.

En contre écho comme un manifeste froid, les photographies de Vincent Motard Avargues s’immergent au cœur de la matière. Dans un va-et-vient du net au flou, elles suggèrent l’empêchement à désigner le visible. Seules trames et fibres, naturelles ou artificielles, témoignent de traces que l’œil traduit sur l’établi du récit.

Mais pour dire quoi du vivant qui se délite inexorablement ? Comment interpréter les tissus dépigmentés, les poussières granuleuses, les rouilles autour des fractures, les salissures au grain de paille ou les incrustations de feuilles sèches dans la terre incandescente ?

Le lecteur se fera son chemin dans ce jeu de miroirs qui trouble l’ici et l’ailleurs et c’est ainsi que ce recueil saura longtemps le retenir. »

Préface de Dominique Boudou

****

"Feu de tout bois" Délit buissonnier (10 € à commander à Nouveaux Délits , Létou , 46330 Saint-Cirq Lapopie.

Une actualité brûlante comme l’asphalte en juillet : Murièle Modély vient de faire paraître Feu de tout bois aux éditions de la revue Nouveaux Délits. Il y a une mère, des enfants, la vie et les mots. A lire !

 

 

 

 

 
confinement n° 5
 
Nouveaux Délits

 

Jan Wagner

 

Christian Dufourquet

 

et

 

Emmanuelle
 
 SORDET

 

 

 

 

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Si jamais

Une économie mondiale fondée sur le profit du capital conduit à ce délire de l’illimité qui la caractérise. Abolition de toutes frontières. Subordination totale des consommateurs, investissement total des salariés appelés à perdre peu à peu leur assurance sociale remplacée par leur « liberté » d’auto-entrepreneurs.

Nous avons fini par oublier que notre système économique n’est qu’une organisation historiquement déterminée. De la même manière, nous avons oublié que notre planète, dont on ne cesse de nous rappeler qu’il faut agir pour son bien, ne se porterait que mieux si l’homme venait à disparaître.

Mais la domination de Sapiens a repris presque toute sa vigueur au moment où je rédige ces quelques lignes. Nous reprenons jalousement possession de l’espace que le Covid-19 avait concédé à l’agence animale.

Quelles voix élèveront nos poètes ? Leur visibilité sociale est si faible que la question prête à rire.

Pourtant, nous savons que le langage est une arme qui affirme notre présence au monde. Le capitalisme est parvenu à faire de tout un marché. C’est sa définition. La pandémie est un marché comme un autre. Comme la santé, comme les soins hospitaliers. Et pourtant ...

La poésie ne peut être placée toute entière dans un exclusif rapport marchand. C’est ce qui en fait sa faiblesse apparente et sa force réelle. Elle apparaît comme un refuge face à la dépossession universelle.

« De nos jours,

Réfléchir,

C’est refléter

Ce qui est proposé.»

et

« Je voulais être

Je me suis fait avoir.»

écrit avec humour un poète Viennois Olivier Boyron publié avec bonheur par Cathy Garcia dans son dernier n° (66) de la revue de poésie vive « Nouveaux Délits » (le n° 7 € + 2 € de frais de port, abonnement 32 € à adresser à « Nouveaux Délits » Létou - 46330 Saint Cirq-Lapopie).

 

Dans l’éditorial de ce riche numéro illustré par Jean-Paul Gavard-Perret, Cathy Garcia voit dans le virus le miroir de l’humanité :

« Ce covid-19 est à la fois une terrible épreuve et une formidable opportunité pour que l’humanité se regarde ensemble dans un seul et même miroir. Chacun d’entre nous saura combien coûte l’indifférence, l’avidité et l’égoïsme des pouvoirs qui sont censés nous représenter, mais aussi des uns et des autres aussi bien sur le plan individuel ou collectif, car ce qui choque une bonne partie d’entre nous, au travers du comportement actuel de certain-e-s, n’est-ce pas au fond notre façon de vivre habituelle vis à vis du reste du monde, du vivant en général et des plus fragiles d’entre nous ? »

 

Les poèmes de ce numéro 66 se classent dans le palmarès d’excellence de cette revue qui rassemble les voix fortes de la poésie d’aujourd’hui. Je ne manquerai pas d’y revenir dans les prochaines semaines d’autant plus que certains poèmes comme celui de Nicolas Kutowitch sont de vrais et longs poèmes radiophoniques.

 

C’est Valérie Rouzeau qui dans « Ephéméride » révèle son amitié pour le poète allemand Jan Wagner. Les éditions Actes Sud avec l’aide à la traduction du Goethe Institut ont publié en octobre 2019, de ce poète renommé lauréat du prix Büchner « Les variations de la citerne » (16 €) poèmes traduits et présentés par Julien-Lapeyre de Cabanes et Alexandre Pateau. Ces poèmes qui célèbrent la nature et se livrent à la manière de Ponge à une série de variations sur des objets du quotidien, sont avant tout « une réflexion sur la littérature, une mise en abyme du poète spectateur exigeant et relecteur inventif de cette immense bibliothèque qu’est le monde, [...] le cosmos est un miroir de l’intelligence poétique » selon les mots des traducteurs.

 

deux villes

 

deux villes, ennemies de toujours, chacune sur son sommet.

le litige - oublié - ; et pourtant, quelque part entre leurs murs

une graine frémissante, avide de prendre racine.

 

de si haut, les corps massifs des vaches : infimes points blancs ;

le vent, qui ronge le granit des églises. les vaches de si haut

 

sont douces et fragiles comme des sabliers, s’écoulent, se répandent

en leurs ombres, en un noir qui ne cesse de s’étendre,

et finit par saisir les sommets.

 

deux villes, chacune pour soi, étincelantes et glacées comme des lacs de montagne, la nuit, un sommeil d’herbe plumée, un halètement au ras du sol.

****

La poésie et rien d’autre, ce n’est pas un univers éthéré, mais à l’inverse, la plus fine approche du réel. Jugez plutôt avec ce poème de Christian Dufourquet paru dans « Je La Nuit » en 1989 chez Guy Chambelland.

 

Tu vas mourir dans pas longtemps

dans la douceur peut-être

et le calme

de cette saison d’automne que tu aimais

ou bien dans le froid

 

Toi qui m’as bercé

dans la chaleur

et la lumière de ce corps

qui se plisse et part

en morceaux comme un sac

que tu ne peux même plus laver

toi-même ni habiller

 

D’ailleurs tu ne sais plus que pleurer

et te salir

inconsciente des couches qu’on te fait

maintenant porter

ô ma mère

 

Toi que je voudrais savoir aujourd’hui morte

intouchable sous la terre

****

Cette saisie du réel Emmanuelle SORDET nous y plonge jusqu’à l’âme avec son premier livre de poèmes « Si jamais » préfacé par Pierre Dhainaut aux éditions Pont 9, 15 € et qui a remporté en 2019 le prix Simone de Carfort (Fondation de France) de la découverte poétique.

 

Cette poétesse née en 1971 qui vit à Paris a pris du temps et du recul pour réunir ses poèmes dans ce livre en ayant grand soin, comme elle l’écrit d’emblée, de laisser « la fenêtre ouverte sur un biais d’été ».

L’ouverture, la communion du regard avec les personnes rencontrées dans le monde, la révolte, la compassion, l’infinie tendresse pour la vie, pour les siens, pour l’autre, forgent la chaîne de cette succession de poèmes qui s’achèvent presque en aphorismes.

 

La lecture de « Si jamais » comble pour un temps notre insatiable besoin de consolation par ce miroir tendu à notre humanité.

« Jamais elle ne s’isole » insiste avec l’acuité du poète accompli Pierre Dhainaut.

Encore une femme poète qui nous ouvre la voie de l’espérance et illustre à la perfection l’assertion de Miguel de Unamuno : « la pensée ressent, le sentiment pense ».

 

Alep

 

Les pieds qui ont mené là

Enduits de mémoire et fissurés de poussière

ne font plus qu’un avec la sandale éculée et précieuse.

 

Franchir de seuil comme on s’absorbe dans l’ombre.

 

Je suis entrée dans ta cuisine, tu m’as tendu

Le manche d’un couteau et une tomate.

Tu n’avais rien à me donner que

la fraîcheur de ta cour, tes roses doucement choyées,

la lune qui ne t’appartient pas et le geste invitant à

m’asseoir.

Des rires se sont cachés derrière l’embrasure.

Nous nous sommes assises.

 

Je ne veux pas savoir, Mariam, que tu es aujourd’hui pulvérisée.

Quaujourd’hui la vallée d’abricotiers,

la roche grise où flâner, la brise qui enrobe le cœur,

et le tapis pour le thé

gisent déchiquetés sans légende à promettre.

Le grillon, grand prince, attendait la fin de nos voix et ton

oncle, la main posée sur l’air récitait du Shakespeare.

La chèvre de la maison approuvait l’assemblée, se

retenant de tinter.

 

Es-tu morte en fuyant par la terrasse où

tu m’avais conduite, me tenant par la main

pour me montrer la nuit comme à une fiancée ?

En mourant, as-tu appelé ton frère ?

 

A Alep, la nuit était chaude et les balcons

de bois penchaient comme des paupières.

La belle, à peine patinée d’avoir tamisé les siècles, drainé

les caravanes, fait rouler le commerce, forcé l’industrie

des hommes et fardé les yeux des femmes, frissonnait

tout juste au point de rosée.

Dans le soleil encor vert entre quatre murets bien droits,

les savons dessinaient un pavé brut, senteur sans état

d’âme, parquet idéal pour ouvriers épiques.

 

Je ne veux pas savoir, Abou, que la dernière charrette qui

a passé ce porche a roulé sur ton pied au moment où ton

souffle devançait l’explosion.

Est-ce toi qui retombe incessant en fines gouttes rouges

sur les murs que les hommes ont bâtis pour que les

hommes les bombardent ?

 

En mourant, as-tu cherché ta sœur ?

 

Assise sur le sentier de votre absence, à peine éveillée

de vous avoir croisés, j’égrène les raisons de la route à

poursuivre sans vous.

Vigile des poussières, je ne peux rien.

****

 

Les enfants morts

 

Les enfants morts restent assis au bord des lits

La nuit.

 

Ils lisent

Leurs pieds pendent dans le vide

Ils cherchent la chaussette qui manquait.

 

Les enfants morts laissent leurs cahiers ouverts à la bonne page.

 

Ils ne se coiffent pas.

 

Ils récitent la liste des alignés

Dans le silence vivant

Personne ne les entend.

 

Les enfants morts ne font pas de bruit.

 

Les enfants morts racontent des histoires aux bébés

emmaillotés de gravats.

Ils ratissent les arrière-cours.

Leurs pieds pendent dans le vide.

 

Les enfants morts donnent leurs yeux au mur

Et n’hésitent plus

Sur la photographie.

Ils sont dans les arbres au-dessus des soldats.

Ils cherchent leurs lunettes.

 

Les enfants morts visitent les prisons.

 

Les enfants morts ornent les dispensaires

Ils restent assis au bord des lits.

 

Les enfants morts dallent la Méditerranée

Ni mère

Ni suaire.

****

 
 

 

 

 
 
Confinement n° 4

 

Janine MODLINGER

 

 

 

 

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L’amour sait à notre place

Mon vieil ami Michel P. a été surpris par notre rétention administrative dans sa maison familiale en Normandie qu’il avait l’habitude d’aller entretenir seul. Le voici donc confiné dans sa maison d’enfance, solitaire, sans télévision ni ordinateur. Demeurent la conscience, la pensée, la lecture. Mais que sommes-nous sans le langage parlé ? Que sommes-nous sans la parole ? La parole est l’objet de la poésie, même quand elle appelle au silence.Lorand Gaspar, à l’instar des grands poètes, nous a légué sa longue réflexion d’homme des déserts, du chirurgien et de poète dans un livre : « Approche de la parole » (Gallimard éd.) :

« Parole. D’où tient-elle ce vide qu’il faut de toute nécessité combler ? [...] Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. [...] aucune réponse n’est attendue ; plutôt, toutes révèlent leur silence. [...] De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais. »

Dans un roman aujourd’hui oublié, « Le Transport de A.H » (A.K étant les initiales de Adolf Hitler), George Steiner faisait reposer la fascination du dictateur sur la seule puissance de la parole. Puissance prophétique, à l’instar de la parole biblique. « Dans la parole, écrit-il, s’inscrivent notre esclavage, notre soumission évidente à chaque verbe, à la tyrannie du temps conjugué. La parole soumet par force notre expérience, si intime ou extatique soit-elle, à la leçon du passé et aux brumes du présent et du futur. C’est pourquoi notre recours au temps futur est une faible riposte, une fronde relâchée face à l’actualité inéluctable et imprévisible de notre mort. »

Le poème est une parole intemporelle. Mais une parole qui creuse un sillon dans le champ infini du temps « Parler c’est nager, puis finalement se noyer dans l’inhumain et ténébreux fleuve du temps qui ne sera jamais maîtrisé », renchérit George Steiner.

Le poème est une écriture. Une écriture qui célèbre une parole à contre-sens des vents qui emportent la vie immédiate. Le poème est une écriture qui rend sourd le tumulte du temps.En ce sens, le poème est une sacralisation de l’écriture.

« Toute la dignité des hommes est dans la sacralisation des choses », approuve Georges Perros dans « Papiers collés 1 ».

En mars 1967, Pierre Boujut m’adressa le n° 93 de sa revue, « La Tour de Feu ». Page 18, j’y lus cette phrase de Jean de Boschère que j’ai notée :

« Tout ce qui Est, et tout ce qui est divin, ne trouve d’expression qu’en Poésie ; son ascension ne connaît de frontières que la faiblesse des plus forts ».

« Le langage est réparation, je voudrais qu’il soit communion. Est-ce possible ? Oui, par le biais de la poésie », affirmait à son tour Nicolas Dieterlé dans « L’Aile pourpre » (Arfuyen éd.). Et il poursuivait : « On ne peut vivre sans chant, sans parfum impérissables. On ne peut vire sans demeure qui nous comble ».

Cette semaine, j’ai voulu donner à écouter une parole qui rassemble ce besoin inné de sacré (sans le confondre avec le religieux), cette aspiration au divin et à la lumière, sans rejeter ce qu’il y a de charnel dans l’humanité, comme l’avait énoncé Novalis : « La lumière, cette part divine de l’homme, est triste sans la chair, et la chair est triste sans le spirituel. Il faut les deux, embrasser tout, sinon une part de nous reste inaccomplie ».

Nadia Tuéni, poète druze libanaise (1935 -1983), croyait que la lumière ne se donnait qu’à ceux qui s’y étaient préparés : « N’importe où un homme est mort / D’avoir glissé sur la lumière ».

C’est une autre femme poète déjà citée que nous retrouvons pour le plaisir de saisir tout à la fois la force et la joie du langage, la beauté du monde et le partage de la lumière : Janine Modlinger.

J’avais consacré une émission à « Traversée » Poésie (Ad. Solem éd. 90 pages, 17 €) où l’auteure retrouvait, en train vers Florence, le visage de sa mère perdue à sept ans et qui avait transformé sa vie en une longue attente. « Comme s’il y avait quelque chose après l’enfance » ironiserait notre poète toulousain Yves Charnet qui sait, lui, que « c’est avec ça qu’on fait des livres, le désir, le chagrin ; le manque, la perte ».

« Traversée » montre qu’au-delà du désastre, quelque chose d’indestructible demeure.

« J’ai promis de ne pas oublier

Le désastre, mais d’en faire

Le seuil

D’où je m’élance. »

 

« La beauté n’a pas de nom, même si on l’appelle beauté », affirme Janine Modlinger dans son autre livre « Beauté du presque rien » (Ad. Solem éd. 78 pages, 19 €).

« On ne sait rien de la beauté. Il en sera toujours ainsi. Nous devons veiller sur cette ignorance ». « C’est comme la parole lorsqu’elle vous traverse. On ne sait rien. On l’écoute. »

La parole « parle » dans le poème. Dans la prière aussi. Un corps en prière pèse plus lourd que le cèdre, avait dit Ithiel Ben Tov à Salamanque quand les flammes l’avaient atteint.

« Tel l’oiseau qui fulgure, tel le regard de l’aimé, quelque chose de ténu et d’insistant nous annonce la Présence », révèle Janine Modlinger, c’est ainsi que nous découvrons le passage de l’Autre, dans l’écart de la distance que la parole cherche à rattraper.

La parole est tout aussi prégnante dans :

« Pain de lumière suivi de Premiers mots » (Ad. Solem éd. 79 pages, 14 €).

Les mots se présentent comme des « pains de lumière ». Ils nous nourrissent et nous éclairent. Ils remontent vers la parole perdue, vers l’Origine.

 

Viens,

toi lave obscure

toi, gorgée de

pluie neuve

à mon épaule

 

La lumière

s’est inclinée

vers la nuit

et la nuit

ruisselle

comme une aube

 

« Premiers mots » est une suite de pensées, d’aphorismes qui poursuivent la fascination de Janine Modlinger pour la parole, ce langage qui donne un sens à la vie.

« C’est pour cela que l’on vit », me dit mon amie M. rescapée de la Shoah, désignant encore cette part d’invisible qui est notre source ».

 

Plus que jamais, nous avons besoin de lire Janine Modlinger !

« Nous ne savons rien. L’amour sait à notre place. »

Vous pouvez écouter la lecture de ses poèmes en cliquant sur « Confinement n° 4 » de la rubrique « Pour écouter les émissions » du site les poetes.site.

 
 

 

 

 
confinement n° 3
 
Jean-Luc Aribaud

 

Alexandre Hollan

 

William Cliff

 

 

 

 

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Remets ton peuple dans la poitrine du Père

« Comment Jean-Luc Aribaud parvient-il à rendre l’usure du monde et des mots en les réinventant ? » s’interroge Philippe Ségur dans sa préface de « Là où la parole se tient posée » (éditions Abordo, collection Quan Garona, n°6, 82 pages, 14 €), le dernier livre de poèmes du poète et photographe Jean-Luc Aribaud.

 

Des poèmes, « la réalité en ressort ni grandie ni plus faible, mais revivifiée, franche, illuminée par son propre éclat » poursuit le préfacier qui voit dans ce livre une véritable « liturgie poétique », mais aussi « un exil, une nostalgie de l’ineffable ».

 

Il émane effectivement de « Là où la parole se tient posée » une spiritualité de l’étrange, vivifiante. Le poète saisit les mots et les images en photographe traquant « l’invisible du monde » et remontant à l’Origine :

 

Ce n’est pas rien

De ramener tout ce silence à soi,

Comme un qui ramènerait

Un drap sur son visage,

La nuit, quand s’annonce

Aux fenêtres fragiles

L’invisible du monde

Que l’on appelle sans cesse,

A petits coups de prières tendres,

Et qui toujours nous surprend

Comme le visage de l’auguste farceur.

Mais ce n’est pas la mort. Non.

Juste un commencement

Où la parole se tient posée :

Entre le dedans et le dehors,

Une flaque de noir ou de lumière pure.

 

Une langue qui nous surprend, nous entraîne dans un univers insolite qui devient familier et dans lequel, sans effort, nous nous reconnaissons. Du grand art !

*

* *

Les éditions toulousaines érès publient dans la collection PO&Psy a parte, un livre exceptionnel dans sa conception, sa mise en page, ses illustrations et ses textes : « Je suis ce que je vois. Notes et réflexions sur la peinture et le dessin 1975 - 2020 » d’Alexandre Hollan,

385 pages, 32 €.

 

Cet artiste hongrois qui s’est installé à Paris dès 1956 travaille l’été dans le Sud de la France.

Yves Michaud a assuré la préface de cette nouvelle et éblouissante édition des Notes et réflexions sur la peinture et le dessin.

« Alexandre Hollan, précise le préfacier, ne cherche pas à nous expliquer, à nous, ce qu’il fait mais à comprendre lui-même ce qu’il ressent, ce qu’il fait, ce qu’il manque et réussit ».

Alexandre Hollan partage avec Jean-Luc Aribaud cette recherche essentielle de l’invisible : « Je sais que l’invisible est dans le visible. Que cette partie de la vie, je peux la toucher dans la nature. Elle vient à travers le silence, à travers la sensation. Elle peut me toucher réellement. »

En 2005 il note :

« La couleur invisible. Attente silencieuse au fond du feuillage ».

Mais cette quête de l’invisible n’est pas l’aspiration à un monde illimité :

« Pour vivre ma propre vie à l’intérieur d’un lieu vibratoire, je dois connaître ses dimensions, ses limites et savoir jusqu’où je peux aller ».

La conscience des limites est indispensable à la maîtrise de son art :

« Toutes ces limites me montrent que je ne suis pas assez en contact, pas assez libre, pas assez présent, pas assez calme ».

L’expérience artistique est celle de la multiplicité qui aide à sentir les limites d’une forme ». De cette multiplicité se dégage une unité :

« Les détails cherchent l’unité ».

Ces notes peuvent se lire comme de vrais poèmes :

« Fin d’été. J’entoure mes arbres de ma tristesse. Ça les attendrit visiblement. Ils commencent à se balancer, à tourner un peu. Les dessins s’assouplissent ».

 

La mise en scène génialement percutante des abondantes illustrations et ces notes d’une haute valeur poétique et philosophique font de ce livre un régal que l’on aura plaisir à lire et à offrir.

*

* *

Plaisir de lire de nouveaux poèmes de William Cliff !

Les éditions La Table Ronde publient :

« Le Temps suivi de Notre-Dame » Poésie, 124 pages, 15 €.

 

D’emblée, je retrouve l’entraînement familier et musical des vers de ce poète belge né à Gembloux qui a su combiner le vers classique avec la réalité du monde moderne.

La première partie du livre « Le Temps » s’inscrit dans le prolongement d’une œuvre originale débutée dans les années soixante dix. Car les poèmes de William Cliff ne sont rien d’autre que les témoins inépuisables du temps qui nous traverse et jalonne notre vie d’épisodes qui abreuvent notre mémoire.

Ces épisodes, le poète les saisit dans leur force narrative, comme un cinéaste, et par la forme versifiée les métamorphose en poèmes.

 

L’œuvre de William Cliff est autobiographique.

« Autobiographie » est d’ailleurs le titre d’un de ses recueils.

Le poète n’écrit qu’à partir du vécu et du ressenti. Le « moi » est le sujet primordial. Il n’élude rien. Sa vie s’expose dans ce qu’elle recèle de familier, d’ordinaire, de trivial et même de sordide. En montrant la crudité de la vie ordinaire, le poème est un acteur subversif.

La misère humaine, sociale, intellectuelle, sexuelle s’étale dans les poèmes pour affirmer d’une part l’abjection d’un monde indifférent et d’autre part, son antidote : la fraternité.

La solitude est également un noyau central de ses poèmes : « seul, tout seul au milieu du monde hostile, / n’ayant pour tout recours que le poème / dont il estime que le vers mobile / en grandissant le sauvera quand même ».

 

La singularité absolue de William Cliff est de se référer à son passé personnel, de le convoquer en récits et le plus souvent, dans les formes classiques traditionnelles. Dans tous les cas, le ton est souverainement contemporain ; l’alexandrin, le décasyllabe, l’octosyllabe ne confèrent jamais une saveur surannée. Le poète maîtrise son art poétique et le situe dans son époque.

 

Sa quête de l’esthétique dans la forme renforce une volonté éthique de se compter un parmi les autres : « j’existe malgré tout dans le regard du monde ». Et puis les « gens vieux ou jeunes » ne peuvent échapper à cet « autre voyage hélas ! anthropophage / que vous seul comprenez, ô Grand Être Suprême ! »

 

La deuxième partie du livre « Notre-Dame » est un des plus puissants hommages jamais rendus à la cathédrale.

La grandeur métaphysique de l’œuvre de William Cliff explose dans ce long poème en décasyllabe.

Ecrit en 1996, il prend aujourd’hui des allures prophétiques. La majesté séculaire de ce vaisseau spirituel bouleverse celui qui reçut une forte éduction catholique : « je t’encense avec ma faible voix / pleine du poids de sa folle espérance » ;

 

« ô Notre-Dame, ô belle caravelle,

j’aime le soir venir voir tes grands rois

si nobles qui m’épient et me surveillent

pendant que j’erre dans le désarroi.

 

Alors devant eux je baisse la tête

et je réfléchis à ce que nous sommes,

devant leur taille hautaine et honnête,

j’ai honte de ma misère, je donne

du pied contre la terre, ma personne

me semble si futile et misérable.

Ô Notre-Dame, comme dit la fable,

tu as sauvé malgré tous ses péchés

celui qui a rappelé dans son âme

ton souvenir avant de se coucher. »

[...]

 

« Non loin de la rue des Mauvais-Garçons,

à trois pas de la rue du Chat-qui-Pêche,

montent tes murs faits par de vrais maçons

qui te connaissaient bien et qui connaissent

comment lancer vers le ciel cette flèche

qui fend les vents et ne fléchit jamais,

Dame massivement assise mais

avec ta proue tournée vers la lumière,

conduis à contre-courant et remets

ton peuple dans la poitrine du Père. »

 

La grandeur de ce poème s’ajoute à l’évidence à la longue litanie des chefs d’œuvres consacrés à Notre-Dame fort bien recensés d’ailleurs par Pascal Tonazzi dans son livre « La grande histoire de Notre-Dame dans la littérature » Le Passeur éditeur, collection Poche, 346 pages, 8,90 €.

 

 
 

 

 

 
confinement n° 2
 
Valérie ROUZEAU
 
William CLIFF
 
Marcel MIGOZZI
 
et

 

George OPPEN
 

 

 

 

 

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La part du diable

Le lamento des poètes qui déplorent le peu d’espace laissé à la poésie est démenti par le nombre de publications souvent passionnantes, presque toujours intéressantes.

Bien sûr, le tirage est presque toujours limité, parfois à quelques centaines d’exemplaires, voire totalement confidentiel comme les livres d’artiste. Et beaucoup bénéficient de l’aide publique du CNL ou de l’aide des Régions. Mais les livres sont là et constituent ce tissu resserré dans lequel l’Histoire prélèvera ses coupons destinés à la postérité.

Et je n’évoque pas la multitude de revues de poésie où se dessine la création poétique dans sa riche diversité.

Pour ma part, pour ne pas être asphyxié par tout ce qui se publie, j’ai privilégié les livres où je peux suivre un vrai trajet du poète. J’aime l’accompagner sur un bon morceau de route.

Mais qui peut dire de cette récolte, ce qui va s’évaporer comme la part des anges des cuves de Cognac, et ce qui va se bonifier avec le temps pour grossir les rangs de nos classiques ?

Jean-Paul Sartre répondait à cette question : « La fortune d’une œuvre à travers les siècles, c’est la part du diable ».

Chaque semaine c’est cette part du diable que nous exposons à nos auditeurs, mêlant les vivants et les morts dans une même volonté de contribuer à leur reconnaissance.

Pour la deuxième émission du confinement je signale tout d’abord trois poètes (pour lesquels je reviendrai dans les prochaines semaines) qui abondent leur œuvre déjà bien reconnue d’une nouvelle publication, avant de me consacrer à un poète américain qui a marqué la poésie mondiale du XXème siècle.

Valérie Rouzeau fait paraître « Ephéméride » à La Table Ronde, 140 pages, 16,50 €.

Cette femme-poète jusqu’au bout des ongles, qui a si bien traduit Sylvia Plath s’essaie avec bonheur à son tour, à la rédaction d’un journal, mais avec toute l’originalité dont elle est familière. Son « Ephéméride » échappe aux critères du genre ; ni ordre chronologique ni uniformité de ton et de genre : « Les dates défileront dans le désordre de ma mémoire tantôt atrophiée, tantôt hypertrophiée [...]des coq-à-l’âne, des digressions, du saute-mouton et des téléphones qui sonnent au moment où la baignoire n’attend plus que vous pour déborder... ».

Cet « Ephéméride » nous fait pénétrer dans l’intimité de la vie ordinaire comme aurait dit Perros, d’une auteure de poèmes dont l’ironie, l’humour, le sens du jeu dans le maniement de la langue ont consacré un style en lien avec une vision du monde qui l’a située très vite comme l’une des voix de la poésie française d’aujourd’hui, récompensée par le Prix Apollinaire et le Prix Méditerranée.

Cette intimité s’étend, pour notre plus grand profit, à ses propres analyses de ses poèmes, à leur genèse. Nous apprenons ainsi comment est né le titre Vrouz du livre qui lui a valu le Prix Apollinaire : le V de Valérie et le début de son nom.

Nous connaissons ses relations avec les poètes vivants ou morts, son amitié avec le poète allemand Jan Wagner et pour Louis Dubost entre autres. Elle cite « La Sape » cette revue chère à Maurice Bourg mort à 101 ans.

Valérie Rouzeau a « le goût des mots forgés ou détournés ». « Ephéméride » n’y échappe pas : « le temps passe et fait mes rides ». L’humour lui permet de mettre à distance un trop plein d’émotion générateur d’angoisse. Cet « Ephéméride » baigne dans une humanité nouée avec la vie, avec des moments poignants comme cette lecture de Kidi d’Yves Charnet extrait des Proses du fils qui relate dans sa langue hachée, violente d’évocation et d’explosion de poésie noire, le lancer à la Loire par sa mère du cochon d’Inde de son fils : « Ton enfance jetée à la décharge ».

Lecture faite par Valérie Rouzeau dans une salle de classe où un petit garçon éclate en sanglots : sa mère à lui avait jeté son petit chat par la fenêtre du cinquième étage.

 

C’est cela aussi l’activité humaine, une cruauté sans attention.

****

William Cliff, Grand Prix de poésie de la SGDL et Grand Prix de poésie de l’Académie Française, revient en force sur le devant de la scène poétique d’expression française. Celui pour lequel en 1970 la revue Poésie1 titrait : « Enfin un poète compréhensible ! », après avoir publié en 2019 une anthologie très bien composée et postfacée par Gérald Purnelle : « Immortel et périssable », Espace Nord éditeur (Fédération Wallonie-Bruxelles) 240 pages, 10 €, fait paraître « Le Temps suivi de Notre-Dame Poésie » aux éditions La Table Ronde, 125 pages, 15 €.

Ce livre n’est accompagné ni de préface ni de postface.

William Cliff, imperturbablement, poursuit son œuvre et l’on retrouve son univers poétique aussi construit, rigoureux, virtuose (comme le savant professeur qu’il fut un temps) du charme de la rime, de l’assonance et du rythme.

L’éternel jeune homme octogénaire parle de lui dans cette langue d’un Sully Prud’homme du XXIème siècle : « l’alexandrin je le pratique comme on gratte dans son nez pour s’occuper » s’amusait-t-il déjà dans « Ecrasez-le ».

« Le Temps » est le regard de l’artiste sur l’œuvre que constitua sa propre vie, lucide, désinvolte, mais passionnée : les voyages, une indépendance d’esprit prenant à contre-pied l’éducation catholique de son adolescence, la découverte de la poésie qui donne un sens à ses errances, un regard aigu sur ce et ceux qui l’entourent. Rien ne semble s’effacer de la mémoire de William Cliff. Sa vision ironique du monde, coutumière de l’autodérision, nous attendrit par ce qu’elle révèle d’inéluctable familiarité avec nous-mêmes.

Le livre s’achève par un hymne (un chef d’œuvre) à Notre Dame écrit en 1996 et qui, aujourd’hui, résonne avec une prophétie bouleversante : « Dame massivement assise mais / avec ta proue tournée vers la lumière,/ conduis à contre-courant et remets/ ton peuple dans la poitrine du Père ».

****

Si William Cliff est venu à Toulouse dans le ventre de sa mère pendant l’exode de 1940, Marcel Migozzi lui, est né l’année du Front Populaire et des congés payés en 1936.

Et l’on peut dire qu’il est resté fidèle à l’esprit fraternel qu’incarnait alors Léon Blum.Comme Valérie Rouzeau, Marcel Migozzi qui vécut sa jeunesse à Toulon, écrit au jour le jour des « Carnets ».

Il publie « Ecaillures des jours – Carnets 2002-2009 » aux éditions Villa Cisneros, 101 pages, 13 €.

Marcel Migozzi a extrait ce livre de ses « Carnets de notules » sur une période de sept ans. Ce concentré est saisissant.Il partage avec Valérie Rouzeau et William Cliff de « prélever » - c’est le terme qu’il emploie dans la dédicace qu’il m’a adressée – ses écrits dans le quotidien ou la mémoire. Poésie du vécu encore, donc.

Ces digressions sont des poèmes en proses. On les savoure comme des friandises parfois mélancoliques. Certains prennent la forme d’aphorismes : « La poésie a aussi, parfois, le vin triste. »

La langue fait mouche à chaque notule. Dire tant de choses en si peu de mots : « Tu t’es dressé pour aller vérifier la date de ce jour gris et râpeux comme peut l’être un vieux marbre. »

L’amertume invite toujours l’humour : « On t’a cerné, bleui les temps./ Tu n’en as plus que pour quelques douleurs / Mais que ferais-tu d’une douleur de plus ? » 

L’enfance surgit, inépuisable et ineffaçable : « Ce matin, soleil doux. Dans la rue, des feuilles de platane de toutes les couleurs. Beauté piétonne./Envie d’enfance : traîner les pieds ».

La nostalgie partout : « J’ai traversé la guerre sur un nuage à peine grisâtre. Ma mère proche, les bombes pouvaient grésiller sans m’épouvanter. Mon père n’avait jamais peur. Le silence des soirs du couvre-feu était même velouté ».

La lecture de ces « Ecaillures des jours » laisse un goût de sérénité éblouissante avec de fulgurantes vérités :

« Lecture publique de poèmes.Les gens regardent passer puis s’éloigner les mots. Ils attendent le prochain arrêt pour fuir ».

****

Parmi nos poètes d’expression française qui ont éventuellement une chance d’être pris en compte dans la part du diable, figurent d’une part ceux qui sont les descendants de l’après surréalisme qui s’inscrivent dans la continuité des poètes de Rochefort ayant renoué avec le quotidien et la vie ordinaire, souvent lyriques, toujours sous- tendus par un humanisme central, tels Migozzi, Cosem, Pouliguen, Siméon, Monique Saint-Julia, Cécile Coulon et le regretté Michel Baglin entre autres, et d’autre part ceux, explorateurs de la modernité, qui ont trouvé chez les poètes américains de la dernière moitié du XXème siècle, l’inspiration sinon le modèle, jamais avoué, de leur création.Ainsi est née, par exemple, l’ethnopoésie qui vient directement de Jerome Rothenberg ; auparavant la beat génération avait influencé sévèrement nos poètes en mal de road movies.Certainement, l’œuvre du poète américain George Oppen (1908-1984), du moins dans sa dernière séquence des années soixante à sa mort, a joué un rôle dans la création poétique française.On doit à Yves di Manno (poète, traducteur, éditeur) d’avoir rassemblé l’œuvre de Georges Oppen, de l’avoir traduite et pour cela, de l’avoir parfaitement comprise. Lire : « George Oppen – Poésie complète » José Corti éd.

George Oppen appartient à a confrérie des auteurs « objectivistes » sur les traces d’Ezra Pouen et de William Carlos Williams (cher à Valérie Rouzeau). Comme beaucoup d’auteurs américains, il fréquente la France dans les années 30, la région de Toulon (chère à Marcel Migozzi), puis Paris.Il publie à New York son premier recueil en 1934, s’engage en 1942 dans l’armée américaine, est grièvement blessé au cours de la bataille des Ardennes, seul survivant de sa patrouille. Auparavant, il avait milité au Parti communiste américain, cessant d’écrire. Dès le retour de la guerre, il est traqué dans la chasse aux sorcières du maccarthysme et se réfugie au Mexique. Il ne revient aux USA qu’à la fin des années 50 et retrouve la création poétique après 25 ans de silence.

Dès lors, il multipliera les publications, sera consacré par le Prix Putitzer et influencera une nouvelle génération de poètes.La dernière phrase connue de George Oppen scandaliserait nos grosses têtes de la Silicon Valley : « Savoir que nous ignorons tant de choses suffit à mon bonheur ».

Il faut lire celui qui, éloigné de tout clinquant, dans un lyrisme sobre, a révolutionné la poésie américaine et partout, la poésie mondiale, qu’il voulait fraternelle : [...]

nous découvrons que les autres sont / Aussi abandonnés que nous et par là même frères ».

Son dernier poème relie la poésie au cosmos et à la lumière :

Poésie du sens des mots

Nouée à l’univers

 

Je crois qu’il n’y a pas de lumière en ce monde

sinon ce monde

Et je crois que la lumière est.

 

 
 

 

 

 
confinement n° 1
Christian
 
SAINT-PAUL
 
Akelarre
 
La Lande du bouc
Les plus heureuses
 
 des pierres

 

 

 

 

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Les heures silencieuses

Confinement 1

 

Claude Bretin, notre technicien de l’émission « les poètes » depuis 1983 et avec lequel je travaille en radio depuis 1981, est confiné à Mazères en Ariège et votre serviteur rue des Libellules à Toulouse.

Alors, Claude a fait venir du matériel par la poste pour fabriquer une chambre de mixage (en photo sur la page d’accueil de notre site) et nous pouvons ainsi réaliser nos émissions par téléphone qui sont ensuite transférées à Radio Occitania pour le passage à l’antenne.

Toutefois, étant le seul interlocuteur possible et la fonction « conférence » n’existant pas dans cette solution, je suis réduit à réaliser les émissions en solitaire.

Pour ce premier essai, j’ai voulu lire à l’antenne deux recueils de mes « poèmes radiophoniques » qu’il me faudra bien un jour rassembler en un seul volume anthologique.

Ce sont deux publications d’Encres Vives l’une parue en 2000 « Akelarre La Lande du bouc » dans la collection Lieu (Pays Basque) et l’autre parue en 2008 « Les plus heureuses des pierres ».

Le second titre est épuisé mais il est possible que les éditions Encres Vives aient encore des exemplaires de « Akelarre... », le recueil, 6,10 € à adresser à Michel Cosem, 2, allée des Allobroges, 31770 Colomiers.

Pouvoirs du poème

qui redonne vie

à celui qui mourait

d’inanition

écrivait Charles Juliet.

 

Jean-Pierre Siméon qui avait publié avec Charles Juliet « La conquête dans l’obscur » aux éditions Jean-Michel Place en 2003, disait lui, l’importance de la voix. « La voix est un témoin véridique de l’être du dedans, une manière de quintessence de la substance interne. La voix trahit - traduit - plus que le sentiment, elle renseigne sur le grain de l’âme, si l’on veut bien nommer ainsi, par commodité, ta texture de l’être intérieur ».

 

Les poèmes radiophoniques sont l’illustration parfaite de la pensée de Jean-Pierre Siméon. Je vous livre donc cette voix, ma voix, quelque peu déformée par le passage du téléphone, mais une voix qui veut occuper vous heures silencieuses de cet étrange confinement, en se référant à l’assertion de Christian Bobin : « Les heures silencieuses sont celles qui chantent le plus clair ».

 

Christian Bobin qui avait écrit dans « Mozart et la pluie » (Lettres Vives 1987, p 46) :

« Un écrivain est grand non par lui-même mais par la grandeur de ce qu’il nomme, et je ne sais pas d’autre grandeur que celle de vie faible, humiliée par le monde »

De toute évidence, la plupart d’entre nous, ressentent (enfin ! pour certains) cette vie faible, humiliée par le monde.

 

*****

Lecture intégrale à l’antenne de :

 

1 - Akelarre La Lande du bouc

(à Nicole et Helios Costa)

 

quelques extraits :

 

CALME BIDASSOA

(À Serge Pey)

 

Calme Bidassoa

l'avion y amerrit par illusion

la piste attend cachée derrière les maisons d'Hondarribia

et la vie cette débâcle d'affamés se cache aussi dans les maisons d'Hondarribia et d'Euskadi

elle encombre de sa réalité

les nuages sans pesanteur

qui ravinent lentement le ciel

disjoignant les souffles qui les dispersent

sur la calme Bidassoa

qui contempla la République espagnole

se déchirer comme un drap

et sa force démantelée

s'ébouler comme s'écroulent les morts.

 

Calme Bidassoa

après tant d'années la pyramide du soleil

a séché les monstres.

Les poètes lacérés prennent corps dans ses courants

et s'épanchent à marée basse

dans la scansion de leur horizon fusillé.

Calme Bidassoa

- "le sang je ne veux pas le voir" -

les noyés répètent les mots prophétiques

avant d'effacer la dernière lame de fond

d'une parole ressassante.

Et la jeunesse prend possession

des rives gorgées de chaleur

de la calme Bidassoa

et de l'éclat des pierres qui retiennent

les eaux mêlées du fleuve

colmatant les brèches

où fuit la vérité.

****

ARRIVÉE à HENDAYE de RABAT

(À Michel Bocquet)

 

Hendaye, c'est là que nous descendîmes du train,

dans l'hiver mille neuf cent soixante dix

à regarder le soleil traverser la baie

dans le jour éborgné.

A Rabat et à Madrid, enfoncées dans nos gorges,

les voix des poètes livrés à la nuit du silence,

échappaient à l'oubli

événement mortel.

 

Dans le va-et-vient de leur vie

nos frères portugais qui nous avaient rejoints,

impassibles dans les gesticulations administratives

partageaient avec nous le premier café du matin

et une vision différente du monde.

Mais nous n'avions pas reconnu les mots définitifs

de l'ordre de ce même monde

et nous allions nous y installer

là où nous pourrions.

*****

 

BILBAO

 

L'évocation du martyr de Saint-Vincent

impressionne la ville laborieuse

et son art gothique affranchi des voisinages

traverse basque les siècles.

Bilbao est lasse des martyrs

les cris de Guernica étirent la violence de son Histoire

les mots durs ont engendré le sang

dont se nourrissent les patries

et celle-ci n'en finit pas de naître

ou de mourir, c'est selon le côté

du bâton dont vous vous placez.

Mais dans le port les hommes échangent

leur sueur de tous les temps et de tous les continents.

Les matelots gagnent leur sommeil

dans les bordels mollasses

et se réveillent dans l'émoi des miasmes de la mer.

Le port valorise les odeurs de ventre de la ville

et la pourriture des luttes intestines.

Bilbao ne s'attarde pas dans le siècle

elle passe son chemin et vit d'ultimatums renouvelés,

dans le rictus d'un présent dévoré

de sangsues idéologiques qui trouent la Justice

et les vieux saints qui veillent ses murs

comme des mères abusives.

Bilbao est dépositaire des nuages de poussière de sa banlieue

qui franchissent le fleuve

pour des propositions de fuite

écrivant un dialogue secret avec l'Art,

dont, altier, le vingtième siècle pare la ville

l'abritant dans le recueillement des musées

retraçant le destin de l'homme

dans son génie de toutes les circonstances.

Alors le peuple basque devient le peuple universel.

Pour la première fois, Gauguin s'expose en Espagne,

et, plus tard, pour que l'incendie sans cendres

dévore l'inconnu, Guggenheim l'abrite

dans de nouveaux miroirs

qui plongent la ville dans l'insomnie.

Car, si le cheval de "Guernica" de Picasso

ouvre son œil dément dans Madrid veuve de sa République,

comme à Barcelone, Pablo est chez lui à Bilbao

dans le renouvellement farouche de son style

né des tables dressées des fêtes françaises.

Mais les peintres comme les poètes ne s'évadent pas.

Au musée Guggenheim l'Allemand Anselm Kiefer

tâtonne dans l'obscurité de la guerre

et de la dévastation de sa patrie cassée en deux visages

qui, tôles noircies malades de leur affrontement

finissent par se fondre et se souder

dans l'embrasement mental de l'attente.

Patience refusée à Paul Celan qui inspira Kiefer

dans ses hantises du consentement

de la mort au sourire d'enfant.

Et avant que ce siècle terrible

ne s'enfonce à son tour dans le puits de l'Histoire

Anselm Kiefer, "seul avec le vent, le temps et le son"

du Sud de la France, se libère

de l'irréparable poids de l'Histoire

pour "les célèbres ordres de la nuit"

où l'homme dort toute son horreur

écrasé par l'ivresse des étoiles

sous la caresse infinie du ciel.

Et Bilbao accueille ce nouvel hôte

dans la retrouvaille de l'aile majestueuse de l'univers.

******

 

2 - Les plus heureuses des pierres

(à Isabelle)

 

quelques extraits :

 

Tu accostes à l’embarcadère des ruines

 

Il germe sur les quais

une délétère séduction

 

Pourquoi voyons-nous les bourreaux

de notre enfance

dans les regards perdus des passants ?

 

Les réverbères vont s’éteindre sans consolation

et la ville sera ravagée par la tulipe rouge

du soleil qui virera à l’incandescence

 

Jamais plus notre amour ne sera malhabile

 

****

Toi dans le jardin

désolée de cette canicule

qui étouffe les feuilles

sous le harnais du soleil

 

Nous arrosons la terre parfois

comme un dernier hallali

 

Mais brûlé le jardin ne meurt pas

 

Sur les crevasses du sol

s’inclinent les belle-de-jour

grappes de chair rose

qui pavoisent

 

Jours torrides de l’été

 

Ne pas céder

entrer dans la pluie qui fera parcourir

l’heure accomplie

à son vieux chant

les chemins de steppe

 

Penchée sur les taillis

tu joues les démurges

soignes les blessures de l’astre ardent

confiante dans le fracas

que préparent les stratosphères

 

Ce qui se dessèche peut aussi se noyer

 

Entre ces deux murailles

brouillant le jeu céleste

tu décides du destin des fleurs

 

Tu te rengorges d’amour

 

****

 

Nous remontons les éboulis des heures

fuyant les gibets des hommes qui s’affrontent

nous tenant à l’écart du sang et de la corde

 

Les visions des larmes tournent à vide

irrésolues dans l’exigence des rêves

 

La nuit douloureuse chuchote

avec la solitude des tombes

 

Leur murmure triste et sublime

ravive une insondable ivresse

que tu devras bientôt éteindre

avant que je ne chancelle et tombe seul

 

Nous ne pouvons vivre de l’instant du poème

même s’il nous crée comme l’on tranche la gorge des moutons

 

Leurs vers rusés estompent la bassesse

de toute existence mortelle

 

Par la parole

je te constitue souveraine du ciel

*****

J’ai vocation à t’aimer

à entrer chez toi sans passer mon chemin

même si tu entrebâilles à peine ta porte

 

Pas d’isoloir à la face de la mort

 

J’étouffe de la sûreté de son office

 

Je viens t’arracher à cette reine qui nous gouverne

à son baiser de maléfice à la va-vite

 

J’ai pour toi une autre prophétie

un autre aperçu du combat

une morsure bien pire

 

****

A Oradour-sur-Glane le choc du sang

dans les hautes molaires des murs de la ville anéantie !

 

Nous avançons voûtés d’effroi

la haute stature de notre fille émerge des tombes

Elle entre chez les morts

dans l’intimité des visages des enfants figés

dans la porcelaine des photographies

 

A Guernica aussi soixante ans après le massacre

l’ambassadeur d’Allemagne s’était excusé

et voulait sortir en refermant sur lui la porte

 

Que de portes à refermer !

 

****

 

La vérité des statues

prenez la comme elle arrive au premier venu

hors des cris sans soubresauts froide et sans miséricorde

 

Elle ne s’accorde pas aux mouvements des vagues

n’ôte jamais son armure de mélancolie

 

Est-ce un si dur aveu

de rire des peines perdues ?

 

Les mots traversent les morts

mieux que les larmes

 

Quelle insolence de s’essuyer la bouche

de toute la mousse des mots éteints

pour qu’ils rendent gorge et jettent à la rue

la parole douloureuse qui te fonde !

 

Tout cela avec l’esprit fantasque d’un air populaire

qui te ressemble pour que les choses

deviennent plus légères

 

Le sauvetage est praticable

nous avons validé nos billets

de simples allers

pour poursuivre la route

avec mon pied droit malade

 

Nous pénétrons dans le chemin

lestés de la valise de nos sensations

chacun ayant l’autre en héritage

 

Du chemin nous sommes

les plus heureuses des pierres

 

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 Gilles LADES

 

Alain LACOUCHIE

 

 

12/03/2020

 

 

 

 

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50 poèmes pour

 la neige

 

 

 

 

20/02/2020

27/02/2020

05/03/2020

 

 

 

 

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Tout aimer sans rien comprendre

Les démocraties occidentales qui se bornent pour l’essentiel à élire leurs représentants et le système néolibéral supposé être la quintessence de l’épanouissement économique propice à l’enrichissement, fonctionnent selon le principe irremplaçable de la confrontation permanente à la concurrence – sélection à tous les étages.

Houellebecq avait bien compris qu’aucun domaine n’échappait à cette lutte.

L’égalité des chances existe si peu que les collectivités locales prennent soin de bien communiquer sur leurs dispositifs de lutte contre les discriminations. Paradoxalement, les mêmes qui organisent cette lutte toujours un peu pipée, appellent à la solidarité.

 

Bien des artistes dans leurs légitimes prophéties ont dénoncé cette incongruité. Ecoutez Vincent La Soudière : « Je n’ai pas assez de violence en moi pour lutter avec ce monde. J’aurais toujours le dessous. Il me faut donc me réfugier hors de ce monde, là ou personne ne réside. »

Et pourtant Vincent La Soudière n’était pas gelé dans son empathie pour ses prochains : « il y a une flamme en moi et personne qui vienne s’y réchauffer. C’est un supplice atroce. »

Ce qu’avait compris Vincent La Soudière c’est que notre monde qui peut paraître indéchiffrable, s’est construit, au contraire, en un système agrégeant les individus les uns aux autres et les différents systèmes s’enchaînant dans un ajustement formant un tout se refermant si bien sur les individus, que celui qui s’égare, même provisoirement, risque de perdre définitivement sa place dans ce tout.

Et Vincent La Soudière, comme Francis Giauque, comme Roger Millot, sont les égarés. Et leurs poèmes sont nos alertes.

Cette lutte meurtrière avec le système rouleau-compresseur de toutes nos actions, les poètes savent la faire vivre avec la plus terrible des armes : les mots. Ecoutez Cédric Le Penven dans « Verger » - Editions Unes, 77 pages, 16 €. :

Il n’est pas question de cœur, ni d’anges, ni de souvenirs. Il est question de gagner un peu d’argent chez un cousin arboriculteur pour continuer d’aller à l’université, et de passer des concours pour éviter le métier de tes grands-parents

tu sais trop combien le sommeil est difficile pour le paysan devenu fonctionnaire de l’Europe, simple rouage désormais d’une machine à emprunts, à intérêts, qui se doit de croître en permanence

tu sais trop combien ton grand-père est mort parce qu’il épandait des produits miracles par hectolitres sans la moindre protection

il s’extasiait devant des fruits énormes et lisses, comme si le sol avait soufflé dans les racines pour les gonfler

cette illusion s’évanouit quand la prostate ou le pancréas se couvent de taches sombres

 

Le poète, nous dit Linda Lê dans « chercheurs d’ombres » (Christian Bourgeois Ed. 2015), ne doit pas être « un stylite éloigné de la vie mais un sorcier dont l’œuvre d’invention toucherait les hommes en leur rendant les yeux, en les désaveuglant. »

« La poésie est ce qui n’exige pas d’être compris et qui exige la révolte de l’oreille » expliquait Louis Aragon.

Cédric Le Penven le confirme dans ce poème qui résume sa façon d’habiter poétiquement le monde :

je ne connais rien aux arbres

rien de ce qui traverse l’esprit de la Bien-aimée lorsqu’elle me regarde

rien de ce qui vous traverse alors que vous parcourez ces quelques lignes

rien de ce qui me traverse

ne reste plus qu’à tout aimer sans rien comprendre

 

Ce nirvana, de tout aimer sans comprendre, n’est pas la posture naturelle de Marc Tison.

Lui, il est dans l’attente, aux aguets du devenir du monde : « J’attends un instant / Immense comme une plaine ondule au printemps, il attend « le bouleversement de l’univers », en publiant « L’affolement des courbes » chez La Chienne Edith, 122 p.

 

Il m’arrive d’attendre allongé sur l’herbe

Sur un lit de pénombre

Posé dans la banquette arrière de la voiture

Debout entouré d’une foule que j’éteins

Dans le shaker des hontes quotidiennes

 

Il m’arrive d’attendre

Un instant admirable

Une expiration qui n’en finit pas

De définir l’apaisement

 

Les espaces profonds

Entre les souffles et les inspirations

Des apnées d’évasion

 

Marc Tison demeure l’homme révolté cher à Camus conscient de sa propre responsabilité dans la marche du monde :

 

Il n’y a pas d’autre homme que moi pour nourrir les oiseaux

du jardin causer à mon voisin

Il n’y a pas d’autre homme que moi pour sauver le monde

Il n’y a pas d’autre homme que moi pour combattre l’obscu-

-rantisme trier les déchets ménager faire advenir la paix

Il n’y a pas d’autre homme que moi dans la volition d’être un

homme

 

Dans les années soixante, nous qui espérions en la poésie, qui confiions au poème de construire un monde nouveau, nous avions le regard tourné vers Nantes avec sa kyrielle de poètes autour de Michel-François Lavaur, de la Charente avec Pierre Boujut et Adrian Miatlev et leur Tour de Feu.

A Toulouse, s’imprimait une revue qui explorait alors les innovations dans l’art contemporain du trobar, et qui perdure toujours : Encres Vives de Michel Cosem.

 

Un météore avait bousculé le cours de la création poétique substituant au surréalisme un surromantisme qui louait la nature, les villages et la fraternité humaine : René-Guy Cadou.

 

Cette voix qui avait dévié la modernité en l’humanisant, s’était tue à 31 ans. Les poètes nantais, les poètes charentais qui rayonnaient jusqu’en Provence avec Emmanuel Eydoux (qui me donnait rendez-vous entre deux trains au buffet de la gare Matabiau à Toulouse), étaient les descendants involontaires de cette voix emblématique de ce mouvement fort qui rassembla les poètes : l’Ecole de Rochefort.

 

René-Guy Cadou aurait 100 ans aujourd’hui.

 

Ce centenaire donnera lieu à des émissions radiophoniques et, nous l’espérons, à des publications.

La première dont nous reparlerons est celle de

Jean Lavoué « René-Guy Cadou La fraternité au cœur », préface de Ghislaine Lejard, postface de Gilles Baudry, L’enfance des arbres, éd. 300 pages, 20 €.

 

Voilà longtemps que l’on avait pas si bien écrit sur Cadou dont « son » corps désormais fait partie des saisons ».

Nous retrouverons ce livre remarquable et Cadou cette année au cours de nos émissions. Nous parlerons aussi d’Hélène Cadou qui m’avait ouvert son amitié et les portes de l’école de Louisfert où mourut Cadou.

 

L’émission diffusée pour la première fois le 20 février avait aussi pour vocation d’appeler le public toulousain à participer à une soirée poésie à la Maison de l’Occitanie dans le cadre du festival « 50 poèmes pour la neige ». L’instigateur français de cette heureuse initiative, Patrick Zemlianoy, était notre invité, accompagné du poète toulousain, Claude Barrère.

 

Le poète cité en exergue lors de ce festival européen était, cette année, le poète grec Dinos Christianopoulos dont les deux invités à l’émission lurent les poèmes, ainsi que ceux de Cavafys, de Ritsos, de Seferis et de Lorand Gaspar, récemment disparu.

 

Cette soirée fut un succès qui honore la Maison de l’Occitanie (L’Ostal), qui sut l’accueillir.

 

Après avoir signalé les livres suivants :

 
- Jean Javoué "René Guy Cadou  - La fraternité au cœur" éd. L'enfance des arbres, 300 pages, 20 €
 
- Cédric Le Penven "Verger" éd.Unes , 78 pages, 16 €
 
- Marc Tison "L’affolement des courbes"  éd. La Chienne Edith 
 
l'émission est consacrée à un événement poétique européen qui depuis 5 ans se joue aussi à Toulouse :
 
"50 Poèmes pour la neige" qui aura lieu à l'Ostal Occitània (La Maison de l'Occitanie) le vendredi 28 février 2020 à 20 h 30.
 
Le poète toulousain Claude Barrere et le secrétaire de l'association "Des livres et des idées"

Patrick Zemlianoy sont les invités de Christian Saint-Paul et s'expliquent sur le sens de cette soirée dédiée à la poésie sous le signe de la neige et sous l'égide morale cette année du poète grec 

Dinos Christianopoulos.
 
Lecture de poèmes de Cavafys, Ritsos, Seferis et de Lorand Gaspar récemment disparu.
 
 

 

 

 

Jean-Michel

 TARTAYRE

et

 Cédric

LE PENVEN

 

 

 

 

13/02/2020

 

 

 

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Monique Lise

 COHEN

 

 

06/02/2020

 

 

 

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Eric

BARBIER

 

30/01/2020

 

23/01/2020

 

 

 

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Jean-Luc

POULIQUEN.

 

16/01/2020

 

 

 

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Christian Saint-Paul signale la parution de :

"Géographies fugueuses", d'Éric Barbier

éditions du Contentieux , 111 pages, 10 €

Voici le commentaire de Traction Brabant :

Publié par les Éditions Le Contentieux, "Géographies fugueuses", d'Éric Barbier, est une série d'histoires plus ou moins courtes, dont le début prend pied dans le quotidien et s'achève dans le fantastique, l'inexplicable, du moins.

Les personnages de ces histoires sont des solitaires, qui sont le plus souvent victimes du syndrome de l'invisibilité.

Il s'agit parfois d'écrivains ou d'artistes. Faut-il y voir une image de l'indifférence frappant les créateurs qui ne sont pas reconnus par leur public ? Pas certain.

En tout cas, ces textes se lisent bien et, mine de rien, parlent du monde d'aujourd'hui. 

Par exemple, la dernière histoire du volume constitue un témoignage sur l'écroulement de notre civilisation. Cette situation peu envieuse de ces créateurs solitaires (nous !) n'est-elle pas le reflet d'une situation bien réelle : leur nombre important, dans la société d'aujourd'hui, due à l'élévation du niveau culturel, favorisant leur anonymat ?

Extrait de "Géographies fugueuses", d'Éric Barbier, le premier paragraphe de "Pratiques" (je vous laisse deviner la suite) :

"Ce docteur, médecin généraliste en exercice depuis plusieurs années dans la ville de Salezan, jouissait d'une excellente réputation que certains de ses actes semblait renforcer. La salle d'attente de son cabinet était toujours bondée, ses journées s'allongeaient excessivement, le médecin aurait dû refuser de nouveaux patients mais il ne pouvait s'y résoudre et acceptait tous ceux qui se présentaient. Étaient plébiscités la qualité de son écoute, la sûreté de son diagnostic, sa patience et aussi sa fermeté quand celle-ci s'avérait nécessaire, son dévouement. Il était de plus un homme sympathique qui avait le don de par sa conversation de susciter la confiance des malades."

L'illustration de couverture est de Pascal Ulrich (décédé voici maintenant 10 ans).Lecture d’extraits

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L’émission est ensuite consacrée à l’invité : Jean-Luc POULIQUEN.

Il présente son dernier livre : Dans le miroir des livres

diffusé par Amazon, 144 pages, 8,33 € broché.

Jean-Luc Pouliquen est un poète et un écrivain français né à Toulon dans le Var le 8 décembre 1954:

Ses poèmes, son activité de critique littéraire, l’édition (il a dirigé les Cahiers de Garlaban de 1987 à 1997), les ateliers d’écriture qu’il anime ainsi que les différents événements culturels auxquels il participe (après avoir été membre de 2001 à 2009 du comité du festival des Voix de la Méditerranée de Lodève, il a été membre du comité international de coordination du festival Voix vives, de Méditerranée en Méditerranée de Sète de 2010 à 2014) s’inscrivent pour lui dans une même tentative pour remettre la poésie au cœur de la Cité. Il a gardé en cela les préoccupations sociologiques qu’il avait développées en suivant les enseignements de Michel Crozier et Henri Mendras à l’institut d'études politiques de Paris.

Lombard écrit à propos de ce livre : « l’auteur se reconnaît aussi ici bel et bien lui-même en ses admiratives et sensibles accointances avec nombre de ses pairs en écriture, en poésie : Jacqueline de Romilly pour commencer la liste, puis - cités en partie seulement et dans le désordre - Pascal Pia, Francis Jammes, Apollinaire, ceux de l’École de Rochefort, Pierre Emmanuel, Marie Noël… tandis que bien d’autres créateurs apparaissent encore en proche et même en immédiate escorte - plus qu'en marge - des principaux plus particulièrement choisis, élus par l’auteur.

Ne se reflète-t-on pas dans ceux que nous aimons ? Non, nous en sommes pétris autant qu’à notre tour pétrissons. Aussi, ne serait-ce rien que par le titre de ce dernier récent ouvrage - Dans le miroir des livres -, l’auteur me paraît fort modeste et attentif aux autres, l'étant par nature sans doute, puisque déclarant encore en fin de volume - on ne peut guère à la fois dire mieux et plus discrètement, il me semble : "Ainsi vivent les livres et nous vivons à travers eux."

Le prétexte ayant été le choix et l’achat sur une célèbre braderie d’une douzaine de titres, revues y comprises, à partir de quoi Jean-Luc Pouliquen développe pensées et réflexions, aussi bien raconte, évoque des souvenirs, des rencontres majeures, sans oublier de gratifier de surcroît son lecteur d’une sensibilité bien à lui, coulant de source par le biais d’une écriture limpide et prenante, sur mesure, parce que tout naturellement accordée à chacune de ces riches méditations sur la genèse, le rappel, et les enchaînements féconds de ces amitiés littéraires, artistiques, qui sont autant de maillons, en fait, d’une quête avant tout essentiellement spirituelle.

Par bonheur et tranquille sagesse, chez Pouliquen, culture, poésie et vie intérieure, riment entre elles à merveille ! »

Entretien avec Christian Saint-Paul.

Lecture d’extraits.

Commentaires sur les ouvrages cités dans l’éditorial du 18 / 03 / 2020

 
 

 

 

 

 

 

Marie-Jose

CHRISTIEN.

 

09/01/2020

 

 

 

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Christian Saint-Paul 
 
"Les murènes
 
monotones"
 
poème radiophonique

 

pour Radio Occitania

 

19/12/2019

 

 

 

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Christian Saint-Paul lit un de ses premiers poèmes radiophoniques :

« Les murènes monotones »

 

qui fit l’objet de trois éditions, 1967, 1969 et 1979 dernière édition augmentée.

Ce long poème destiné à être lu à la radio sera inclus dans une future anthologie.

 

Extraits et notes en fin de page :

 

René-Guy CADOU avait le monde entier dans

son jardin :

le monde entier dans un jardin et une femme

avec la mort pour compagne,

et un destin tout droit et familier :

la mort comme le château au bout de l'allée.

 

Je suis riche des voix qui se sont arrêtées

comme une horloge mal remontée ;

riche des échos qui ont le vertige des montagnes

et la force de la foudre.

 

Mille douleurs à vous mes frères :

Giauque - Prével - Crisinel - Neveu - Millot -

Artaud -

et mon double frère Tristan Corbière

je t'embrasse pour dix mille ans

que nous aurons à rire ensemble

Marcelle et mes murènes devenues sirènes

dans la lumière étincelante

de ton sillage qui m'aspire.

 

Tristan Corbière !

la mer à peine plus large que la rivière.

Et ce bruit de galets si particulier

de ton long corps désarticulé.

Tristan Corbière,

qu'on m'apporte tes vertèbres

qui ont plié d'amour sous le sextant.

Et que t'importe la latitude :

la mer est une boucle

de vieux ceinturon de pirate.

Tristan Corbière,

Marcelle à cheval sur une lame,

et ton cœur pour elle

qui bande comme mât

orphelin de voiles

dans les tempêtes.

 

Claude Saguet, l'amitié partagée

comme du pain dans la petite chambre,

la poésie qui niche au dernier étage,

derrière la porte comme une fleur qui s'ouvre

le pas en avant dans les paroles

sur la pierre du Mexique la marine marchande

le bleu de travail

et toujours en sortant je rêve

que je suis ton voisin de quartier.

 

[...]

Pour l'éclusier de la mortqui m'a ouvert quelques frontières pour les baisers anonymespour les cimetières blancs écoutant l'océan à Rabatpour 
l'agneau que l'on égorgeen chantant Dieupour la mule dans sa noria pour le chagrin sans larme la haine sans violence et le sourire sans remordpour ces routes 
qui nous ferment leurs genoux gardant le meilleur d'entre nous pour le sommeil qui grippe la parole de ceux qu'on écoutaitpour l'herbe qui se couche comme un chien 
sous nos dos de misère pour le froid qui se terre sous l'écorcepour les bateaux qui trainent un murmure de larmes et débarquent ces aveugles d'avoir laissé aux autres
leur soleil de chaque jourpour le toro agenouillé avec son regard plus haut que l'arène mais sans toucher au ciel pour tout cela je t'aime c'est-à-dire pour la réalité notre unique évasion.
[ ...]Une vieille Ibizienne à la natte séculaire grimpe éternellement les marches raides de la
citadellele visage plissé par des tourments anciens. Deux mille ans survivent à son malheur muet que les temples emprisonnent avec le sang versé et l'errance des naufragés dans les flots recéleurs. 
Le vent porte l'ombre du "LAMORICIERE" (1)dans les criques désertes en rade du destin,les amours noyées jamais n'ont abordé.
[...]O corps flottant comme le remord dans le Rio de la Platayeux crevés comme un œuf, tortues sans carapace cliquetis de chaînes que l'on dispute aux chiens. 
Dans la pampa au relief d'omoplate des gauchos d'apocalypse éperonnaient la mort, conduite dans le cortège de ses épousailles : scarabées rouges de la conquête tueuse de poux aux poches épouvantables qui enflent kyste
liturgiquedans la fabrication des moules pour sourds-muets plutôt qu'aveugles :Borges en fête !rue Florida Campanys (2) portait le verbe haut fleuri comme sa barbe blanche de Santiago il ramenait l'enfant mort-né de
l'amourles mains inaccessibles des suppliciés mais il ne connaissait pas ce poème de Michel ECKHARD"A Santiago du Chili il y a des femmes enceintes de soleil"A Buenos-Aires le soleil n'engrossait plus les
femmesqui pleuraient dans les journaux leurs fils
guérilleros.O masques obscènes de la peur qui traînait sa contagiondans la ville aussi noire que les canons des mitraillettes,dans le tango qui suivait partout, chien galeux, à l'entracte des cinémas,dans les trains de nuit qui me ramenaient à la
solitudeivre de paroles incertaines de visages défaits comme des draps.

[...]

Où passent les cigognes

disait le vieillard

le ciel est découpé.

Il tombera sur nos têtes

dans le bruit des ailes déployées.

 

Mais les cigognes dominaient Algésiras

et se partageaient les toits de Tanger.

 

De guerre lasse

les larmes douces au cou des femmes

roulaient leurs idées noires.

 

Ces femmes avaient de leur veuvage

des reflets de pétrole

et la voix sourde des longues agonies.

 

La nuit, il fallut résister à la vermine

la paillasse souillée et la lucarne sur les quais,

Algésiras aussi était en partance

fini les voiliers blancs où s'accouplaient les rêves

déchirés

la voile avait quitté le mât de misaine

le port regorgeait de désirs indigents de gorges

tranchées.

 

Si le jour fouillait les poubelles

le pas élastique des éboueurs les ordures dans les

paniers d'osier

cette salve de rires lâchée contre la peur

si le jour grattait l'oreille des miséreux

c'est que leurs ombres étaient parmi eux.

 

Transfuges du désespoir voleurs d'éclaboussures

chameliers du silence liquoreux des prières

ils avançaient dans les tisons du nouveau jour

quelque part il seraient flamboyants

cathédrales en ruines navires en détresse.

 

A la jointure des deux mers apparurent les

dauphins

promesses souples lueurs d'épées sauts de

moutons métalliques

qui leur montraient l'Afrique comme une main

crispée

des châteaux en Espagne aux palais des sultans

les amours rauques des paroles étrangères

se mordaient la queue comme un chien en folie.

 

Au crépuscule les murailles de Rabat étaient

jaunes comme l'urine

la nuit investit tout dans le détachement d'opium

les souvenirs flottaient

symphonies dans les neiges éternelles

des montagnes osseuses.

 

Les bleus prirent le dessus

sur les violets égrillards d'une mémoire exacte

au rendez-vous des voltigeurs.

 

Voyageurs du mal possible, pèlerins de l'enfance

riverains des bas-fond, courtisans de l'inquiétude

ils tuèrent le temps à coups d'images à bout portant

et provoquèrent le déluge (3) sur les oueds en délire.

*****

Notes de l'éditeur(1) en Janvier 1942, le paquebot "LAMORICIERE"qui venait d'ALGERIE via la FRANCE, sombra aux larges des Baléares. 
Il y avait à son bord la femme du poète Max-Pol Fouchet, Jeanne Fouchet(2) professeur de linguistique à l'Université de Paris et neveu du Président de la Députation de Catalogne 
qui, sous le régime de Vichy, fut extradé de France pour être fusillé par les franquistes, Campanys et l'auteur parcoururent ensemble Buenos-Aires en 1976.(3) en Décembre 1969 et Janvier 1970, 
l'auteur fut guidé au Maroc par le poète Michel BOCQUET, originaire des lieux. Il y eut à cette période d'importantes inondations.

 

 
 

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