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Anne marie BERNAD

Claude BARRERE

Christian SAINT-PAUL

 

 

 

 

 

Anne marie BERNAD

Claude BARRERE

 

 

 

20/06/2019

 

 


 



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Christian Saint-Paul signale la parution de quatre ouvrages qui feront l’objet de futures émissions mais qu’il convient dès à présent de noter :

1 ) Thierry METZ « Le Grainetier suivi de Avec Kostas Axelos et les Problèmes de l’enjeu » préface d’Isabelle Lévesque Pierre Mainard éditeur, 95 pages, 14 €.

Thierry Metz (1956-1997) est né à Paris. Prix Froissard pour Dolmen (Cahiers Froissard) et prix Voronca pour Sur la table inventée(Jacques Brémond) en 1989, il vécut dans le Lot-et-Garonne à Saint-Romain-le-Noble, fut manœuvre, maçon puis ouvrier agricole. Jean Cussat-Blanc, premier à le publier dans sa revue Résurrection, favorisa son entrée chez Gallimard qui publia en 1990 Le Journal d’un manœuvre et Lettres à la bien-aimée (1995), qui atteindront un cercle de lecteurs ne demandant qu’à s’élargir. Paraîtront ensuite Terre et L’Homme qui penche et, enfin en 2017, à nos éditions, Poésies 1978-1997. Avec Le Grainetier, Pierre Mainard poursuit son projet de donner à lire un fonds d’écrits devenus introuvables, pour la plupart extraits de la revue confidentielle Résurrection.
Dans l’œuvre de Thierry Metz, souligne Isabelle Lévesque, « Tout ce qui s’écrit s’entend, le blanc autour du poème – le silence. (…) La syntaxe simple, la volonté de n’être jamais dans l’excès portent une poésie où tout se réduit dans la lumière. »

« Thierry Metz : l’homme qui se redresse » par Jérôme Garcin, L’OBS, oct. 2017

2 ) « DIX, LES TROPHÉES »

de Hibon Christian

Prose poétique suivi de AVANT TOUTE CHOSE, Pierre Mainard éditeur Éditions Courantes 48 pages,10 €

« Je vous présente quelques relevés d’empreintes de fées, de ma forêt personnelle, en plein cœur… André Hardellet disait à propos des fées : “Elles guettent le promeneur qui leur plaît (…) et leurs fantaisies ignorent nos limites.” Ces limites, j’ai voulu les transgresser par la poésie, seul terreau propice à la plantation de mots, capables, peut-être, de les attirer. Et parfois elles ont surgi, à travers ce braconnage du merveilleux : mes rituels d’approche sont devenus de plus en plus lisibles, le bal s’ouvrait, j’étais souvent un pâle cavalier, mais la piste était là. La découverte réelle, j’entends par là, une lucidité imaginaire de ce monde sauvagement majestueux, m’a conforté pour écrire cette courte biographie de leurs ébats, et de leur secret enthousiasme quant à nous rencontrer, si elles le désirent, seulement. »

Christian Hibon

***

3 ) Voyages Anarchises de J.M. Bongiraud avec un texte liminaire 
de Jean-Claude Tardif  
éd. A L’INDEX hors série 12 €

Jean-Michel Bongiraud est né en 1955, et vit dans le Jura. Il a publié une quinzaine d’ouvrages chez différents éditeurs, des poèmes ou des articles dans différentes revues : VersoDéchargeComme ça et autrementRemue-MéningesComme en poésie, Traces, La Nouvelle Tour de Feu, Action poétique, Traction-Brabant, Le cri d’Os, Poésie-Première, Rimbaud Revue, Diérèse, Comme un terrier sous l’igloo… mais aussi dans Le Monde Libertaire ou le mensuel Alternatives Libertaires.

Revuiste, il a animé Parterre verbal de 1992 à 2001, puis de Juin 2008 à décembre 2012, le bimestriel Pages Insulaires. En 2013, il a fait paraître le journal Fermentations, publication ouverte à l’actualité et à la réflexion.

la lutte est un espoir qui se transmet d’un peuple à l’autre

quand l’utopie rencontre la poésie la vie reprend ses droits

Nous avons avancé innocents puis reculé

mais Victor B. qui est cet homme

dont La voix chante en lui 

et qui a laissé de si vilaines traces

à même son visage à même son nom

en nous que voyons-nous quel parfum suinte de nos pores

l'eau troublée court sous la peau et se dilue dans la terre

nos veines s'hydratent au mauvais goulot

mais l’anarchie est la vie élargie pour tous

les vents poussent plus fort les mers craquent

et nous allons manifeste après manifeste

dire encore et toujours notre impuissance à changer

quand respirer devient une gageure autant que vivre

***

4 ) Simone Alié-Daram « Le présent d’après » avec des dessins de Jean-Claude Barrère,

63 pages, 12 € à commander (2 € pour frais de port) à :

daramalie@gmail.com


 

Simone Alié-Daram, médecin, s'est illustrée dans les avancées de l'immunohématologie. Membre d'académies scientifiques, elle est aussi Maître es-jeux de l'Académie des Jeux Floraux de Toulouse. Son humanité à fleur de peau s'est exprimée dans la parole poétique par la publication de recueils : ÉcrituresÉmoti'icones, Effluves, Des Ephélides plein les pochesEllipsoïdesParadis ébouriffés et Passions effleurées. Des poèmes comme d'incessants soliloques sur ce qui captive son regard et son âme.


 

Que cherche l’oiseau albinos

Sur fond vert ?

Une vue sur de longues jambes

Dans une plaque de soleil

Qui le soir

Sculpte le feston des nuages blancs

Robe de mariée de la nuit.

***

Fleuve troué de pluie

Corps charnu

Ponctué d’un sein verdoyant

Primovision d’enfance

Refuge.

***

Le somptueux violet du cou du paon

Sa crête idiote et son cri ridicule

ça compense

Invraisemblance majuscule

Une coccinelle s’est perdue

Dans les yeux épanouis sur la queue.

***

J’aime voir les maisons flamber le soir

Je suis à Venise dans ma rue.

***


 

Christian Saint-Paul reçoit ses invités : le poète plasticien toulousain Claude BARRERE venu accompagner Anne-Marie BERNAD,

 poète pour parler de sa dernière publication « L’Ancre des mots » éd. L’Harmattan, collection Poètes des cinq continents, 170 pages, 17,50 €.


 

Prix Voronca 1973, Anne Marie BERNAD vient de publier son 8eme Recueil de poésie « L’Ancre des mots » aux Editions l’Harmattan dans la série « Poètes des cinq continents » ( Vous pourrez vous le procurer et le faire dédicacer à la fin de la soirée)

C’est une somme de poèmes écrits depuis 2012 .

Dans sa postface , l’écrivain Gilles Lades Prix ARTAUD invite le lecteur à « se laisser entraîner par ces mémoires intérieures, fruits de la patience, de l’autre vie, de l’invisible et d’une dévotion à l’absolu »

Anne Marie BERNAD est née à Decazeville, mariée , mère de deux enfants . Elle connaît bien la vallée du Lot et son environnement, ayant passée sa jeunesse à Linvinhac-le-Haut où elle écrivit ses premiers poèmes, ainsi qu’à Montarnal où elle résida plusieurs années pendant les vacances avec son époux et actuellement dans leur maison de campagne à Belleroque à quelques tournants d’ici sur la route de Sénergues et Conques

Pendant plus de 10 ans Anne Marie à œuvré pour les Journées Poésie de Rodez , connue nationalement , avec Jean Digot et le conseil d’Administration .

Elle est membre de la société des Lettres de l’Aveyron et porte sa poésie et celle des autres dans de nombreuses lectures avec accompagnement musical , ainsi qu’avec une rubrique trimestrielle sur les poètes des cinq départements qui bordent le Lot, dans les Cahiers de la Belle Vallée du Lot .

De ce livre voici comment elle le présente :

Le poids du poème,

«  l’Ancre des mots », mesure la profondeur d’un espace mouvant et lourd, où les mots remontent à la surface, empreints de mystère, force agitée par les vagues, traduction de la vie.

Jusqu’où vont les mots?

On les cherche dans des profondeurs insoupçonnées, dans des abîmes, où l’on s’arrête de respirer car l’air se raréfie.

Comment lever cette « ancre », si ce n’est travailler humblement dans ces dédales enfouies, jusqu’à tirer hors d’eau, cet enchevêtrement, à la lumière.

Tout remue au tréfonds de l’âme ; alors ,il faut donner, regarder plus haut, passer sa vie au tamis pour trouver la pépite qui réveille et à laquelle on croit. 

Le poème, aux reflets corail, propose une parcelle d’âme détachée du grand bleu, discerne les grains de sable, cherche la plage, pour installer au soleil, notre condition humaine et le poids de la vie.

L’acte posé régénère, se réchauffe, parfumé d’une opacité provisoire, s’en réfère à l’esprit, détient l’origine et parle, avec une voix d’ambre.

C’est un éclat sauvage devant le dénuement de celui qui s’efface et procure au lecteur l’apesanteur du risque.

Anne Marie BERNAD

 
 

 

 

 

 

 

Jean

SALLES-LOUSTAU

 

13/06/2019

 

 


 



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Jean Luc

 POULIQUEN

 

 

 

06/06/2019

 

 


 



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(Voir éditorial de juin 2019 : La lucidité pour faire le bien.)

En préambule, Christian Saint-Paul signale la parution de deux publications :

1 ) BARTOLOMÉ BENNASSAR

Pérégrinations ibériques Esquisse d'ego-histoire

15 € Essais de la Casa de Velázquez no 11

Bartolomé Bennassar est un voyageur. Le temps et l'espace sont ses horizons : la profondeur historique de l'histoire espagnole, les grandes terres de l'Amérique latine. Comme tout pérégrinant, il écrit ses voyages, mais avec une plume double : celle de l'écriture romanesque - l'un de ses romans a connu une adaptation au cinéma - et celle de l'historien. Il nous livre dans ce petit ouvrage la quintessence d'un itinéraire humain et intellectuel : de la découverte de la discipline qui sera la sienne, l'histoire, à sa carrière, scandée au rythme de la publication d'une œuvre historiographique importante, de spécialiste attentif des évolutions du monde hispanique, sans oublier la passion de l'enseignement qui inlassablement l'emmène avec ses étudiants sur les routes des Andes.

« Bartolomé Bennassar, en publiant son égo-histoire, ne restitue pas seulement son parcours universitaire d’enseignant et de chercheur. Il produit un véritable témoignage, sur ce que faire de l’histoire signifie, intégré dans son temps, dans sa vie. Là se trouve l’originalité de l’ouvrage, qui concentre toutes les qualités de l’auteur : le choix de l’humilité, le regard acéré sur lui-même, sur son cheminement et sur son œuvre. Plus qu’un énième essai d’égo-histoire, les lecteurs et lectrices trouveront dans cet ouvrage le récit d’une vie pleine, et une interrogation constante sur la place que doit occuper la vie professionnelle dans la vie familiale et amicale. »
écrit
Nicolas Guyard dans : journals.openedition.org/lectures

***

2 ) Depuis toujours le chant de Gérard Bocholier (Arfuyen, 13 €)

Riche de plus de trente livres de poésie et de nombreux essais, l’œuvre de Gérard Bocholier apparaît comme l’une des plus significatives d’aujourd’hui. Marquée par l’influence de Pierre Reverdy, Anne Perrier et Philippe Jaccottet, elle est pleinement singulière par une écriture très musicale et limpide, aux profondes et sobres résonances spirituelles.

Ce livre est le troisième de Gérard Bocholier aux Éditions Arfuyen après La Venue (2006) et Belles saisons obscures (2012).

Étrange titre que celui-là : ce chant qui depuis toujours se fait entendre, de qui est-il ? Qui chante, qui parle, qui se tait ? Le tutoiement du poème liminaire le laisse pressentir : « Depuis toujours ton silence / Ton souffle pourtant ne cesse / De courir parmi les prêles […] // Depuis toujours le poème / Que ton vent écrit efface / Qu’ici veilleur je recueille »

Gérard Bocholier aime considérer le poète comme un « veilleur ». C’est déjà sous le titre de Veille qu’il a publié en 2000 un recueil et c’est sous comme des « Chroniques du veilleur » qu’il publie ses notes de lecture. Le mot réapparaît dans le présent recueil : « Nous sommes de cette âme / Qui veillait sous la pierre / Et qui a tressailli / À la voix bien aimée ».

Si le poète veille, c’est qu’il est entouré par la nuit, enfermé dans la pierre : et c’est parce qu’il sait que sa patience ne sera pas en vain. Il sait qu’une voix se fera entendre, qu’une parole s’élèvera. Cette voix qu’évoque ici un autre poème : « La voix plus profonde / Cachée dans un souffle / Sa courte visite / Inscrite à jamais ».

Cachée toujours, en effet, cette voix : fidèle mais discrète. Secrète, même (et c’est le titre d’un recueil de 1995 : Secrète voix). Mais le poète sait la reconnaître : « Ta voix cherche en chaque épreuve / À toucher ma nuit d’un souffle / À glisser comme aux fissures / Un rayon de ta lumière. »

Et, fuyant les clartés aveuglantes, son écriture sait mieux qu’aucune autre accueillir cette douce lumière.

***

L’émission se poursuit par un entretien avec :

Jean-Luc Pouliquen qui est né en 1954 à Toulon.

Sa première enfance a été méditerranéenne tout comme son adolescence passée non loin de Marseille. Arrivé à l’âge adulte, après un séjour de quelques mois en Afrique il a souhaité revenir vivre dans le pays de sa jeunesse où s’enracinent son écriture et sa vision du monde. C’est en terre méditerranéenne que s’est développé l’essentiel de sa poésie et que se sont produits les événements les plus déterminants de son itinéraire de poète. Parmi eux, il faut citer sa rencontre avec Jean Bouhier, le fondateur de l’Ecole de Rochefort. L’Ecole de Rochefort est un mouvement poétique fondé en 1942 où se sont retrouvés des poètes qui ont opposé au Surréalisme leur Sur romantisme. Elle a compté dans ses rangs René Guy Cadou, Jean Rousselot ou encore Jean Follain. Il faut citer encore sa rencontre avec Daniel Biga, de Nice, dont l’expression au début des années soixante a profondément renouvelé une poésie qui ne pouvait plus s’en tenir à l’humanisme de l’après-guerre. Ajoutons sa fréquentation assidue de quelques poètes de langue d’oc, cette langue que l’on parlait autrefois dans tout le sud de la France, avant que le français ne soit imposé sur tout le territoire national. L’obstination de quelques poètes contemporains à l’utiliser comme le véhicule de leur création lui a permis de rentrer dans des imaginaires que le français ne pouvait porter, en particulier pour tout ce qui concerne notre attachement à une terre et une civilisation qui en découle. Ouvert à toutes les cultures du monde, il s’est intéressé à Gaston Bachelard, l’ami des poètes, dont la poétique sur les quatre éléments l’a amené sur les chemins d’Empédocle, de Jack Kerouac ou d’Edouard Glissant…

Dans son ouvrage : « Conversation transatlantique autour de l’art et de la poésie », diffusion Amazon, il dialogue avec Beth Gersh-Nešiƈ , critique d’art spécialiste d’André Salmon, lui-même grand défenseur de la peinture moderne, qui termina ses jours, quelque peu oublié à Sanary.

Au fil des pages de ce merveilleux livre, il évoque la place de la poésie dans la vie culturelle de nos contemporains, dresse le bilan et ébauche quelques pistes pour un renouveau.

La question des raisons d’être de la poésie et de son avenir est une question récurrente, au moins depuis Platon, mais qui est devenue de plus en plus insistante depuis la seconde moitié du siècle dernier. La poésie a-t-elle encore un avenir, ou n’est-elle plus pour nous qu’une « chose du passé », tout juste bonne à être un objet d’étude universitaire ? Certes, elle semble aujourd’hui proliférer, comme il se doit à une époque où la multitude s’approprie de plus en plus toutes sortes de pratiques artistiques, bien au-delà du simple hobby. Mais sa valeur symbolique s’est à ce point érodée qu’on a pu évoquer, non sans raison, sa « péremption ». Ce livre sous forme de dialogues, rebondit sur l’ensemble des questionnements. Il se lit dans un sentiment délicieux de délectation.

Tant qu’il y aura des écrivains sincères dont la force créatrice se double d’une humilité salutaire comme chez Jean-Luc Pouliquen, l’avenir pourtant semble assuré. En le citant on pourrait presque conclure : « il nous faut abandonner au vent la violence de nos colères, dénouer notre nombril, notre égoïsme, nous emplir du murmure collectif, retrouver ce cordon par ou circulent les cristaux des minerais, la sève des arbres, les sucs de leur fruit… » nous dit Jean-François Principiano.

voir : http://loiseaudefeudugarlaban.blogspot.com/

Les deux chemins

Il y a plusieurs chemins qui mènent à la poésie. Les poètes ne peuvent tous suivre le même

parcours. La poésie, c'est la diversité de la parole et de la manière de la porter. Pourtant il y a

quelque chose qui me chagrine et m'irrite parfois, quelque chose que je ressens depuis quelques

années et qui dessine une ligne de partage dans le petit monde des personnes qui écrivent.

Il y a tout d'abord ceux qui avancent à la façon des poètes qui les ont précédés. Ils appartiennent

à une communauté qui a un mode de fonctionnement que l'on peut qualifier d'organique. Les plus

anciens ont décelé chez eux un talent, une aptitude à rentrer dans la famille ; leurs pairs, des

affinités qui ont conduit à la formation de groupes, à la création de revues pour traduire leur apport

spécifique à la grande aventure du langage. Tout cela est vécu en parallèle d'une activité

professionnelle qui leur amène subsides et indépendance quant à leurs choix de création.

Et puis il y a ceux qui fonctionnent en lien avec un système qui n'a cessé de se développer ces

trente dernières années mais qui aujourd'hui commence à s'écorner sous la pression des restrictions

budgétaires. Ce système repose essentiellement sur de l'argent public venant des différents étages de l'organisation politico-administrative française (mairies, communautés de communes, départements, régions, État). Il se matérialise sous forme d'établissements spécialisés dans la défense de la poésie, de bourses, de subventions, de résidences, de festivals, de label et autres initiatives car il est en perpétuelle évolution.

Entendons-nous bien, ce système peut rendre service à la poésie et des poètes de la première

catégorie peuvent y avoir recours. Ce qui irrite, c'est qu'il donne l'impression d'avoir engendré une

nomenklatura qui se l'est approprié, en tire des revenus et l'a complètement verrouillé. Il en résulte

alors un sentiment d'injustice. Pourquoi tel poète et pas un autre ? D'autant que l'institution garde

son pouvoir de reconnaissance et de légitimation.

Et puis il y a cette évidence que l'argent public étant celui de tous, il ne doit pas soutenir une

faction mais bien la pluralité de la vie poétique du pays, rendant à chacun la part qui lui revient. A

contrario il devient le promoteur d'une esthétique, celle de cette nomenklatura dont l'allégeance

qu'elle a manifestée envers le système est allée jusqu'à influencer son écriture même.

Nous nous situons là dans l'instant présent, dans la juxtaposition des deux attitudes, laissant

penser qu'il y aurait un vainqueur et un vaincu, celui qui est écarté et le privilégié qui a été choisi.

Ce serait bien sûr une illusion de le croire, ce serait nier l'ambivalence de toute chose en ce monde

qui veut que la réalité ait plusieurs visages. Et le dire n'est pas chercher une consolation à bon

compte. C'est le passage du temps sur les œuvres qui nous amène à le penser.

Il y a des fondamentaux de la création littéraire : la nécessité d'authenticité, de liberté,

d'indépendance, le souci de ne pas plaire mais d'affirmer son propre langage, indépendamment de

toute mode et de l'air du temps, ce qui conduit souvent à être en butte avec son époque. Les œuvres

qui auront répondu à ces critères résisteront à l'oubli, il est facile d'imaginer ce qu'il adviendra des

autres...

Alors si le citoyen peut se sentir frustré devant ce qu'il perçoit comme injuste et inéquitable dans

l'utilisation des deniers publics, le poète qui a maintenu le cap, trouve satisfaction à être resté fidèle

à ses convictions profondes. Certes il ne sait rien de ce que deviendront ses écrits mais ils lui auront

fait vivre des moments de grande intensité avec lui-même et ceux qui auront été à ses côtés dans

cette belle aventure. Au fond, n'est-ce pas le plus important ?

Jean-Luc Pouliquen

Auteur de Fortune du poète (avec Jean Bouhier)

et de Paroles de poètes/Poètes sur parole (avec Philippe Tancelin)

Paru dans le n° 22 de la revue Spered Gouez, novembre 2016

FAIRE VIVRE LA POÉSIE Diffusion : Amazon

Comment faire vivre la poésie ? Comment lui assurer une présence dans une société qui n'en fait pas grand cas. À ces questions que tout poète et tout amoureux de la poésie se pose, l'auteur a souhaité, en y associant les contributions de Monique Marta, Michel Bernier, Brigitte Maillard, Roselyne Camelio et Beth Gersh-Nešić, apporter sa propre réponse. Celle-ci voudrait à la fois être inscrite dans le moment présent et le dépasser, afin de rester en accord avec ce qui taraude depuis toujours le cœur du poète.

Diffusion de trois enregistrements :

1 ) hommage à Raymond Bergerot qui vient de mourir, rencontré à Sète ainsi que Jacques Barthès avec qui le poète continue une relation amicale.

2 ) pour les 80 ans de Jean-Jacques Boitard : Jour de fête à Masillia

3 ) texte tiré du livre A la Goutte d'Or lu par Anne-Claire Bertin

Quelques poèmes de Jean-Luc POULIQUEN :

POURSUIVRE LE CHEMIN

Le chemin continue

il me faut pousser mes pas plus loin

j’emporte avec moi les parfums de la terre

les caresses de l’eau,

les secrets de la forêt

l'appel des cimes

l’air me porte et le cosmos m’entraîne

dans son aventure !

***

VIBRATION

Cette vibration

qui entoure tes actes


C'est dans ton cœur

qu'elle a pris source


L'écho t'en reviendra

aux couleurs de ton âme.

***

SAISIR L'ÊTRE

Saisir l'être

dans son incandescence


Dans cet instant

où il habite déjà le futur

où il a signifié au présent

sa date de péremption


Saisir l'être

dans l'épopée de son destin.

***

CETTE GRÂCE

      à Roselyne

Cette grâce

de savoir

habiller le présent

aux couleurs de l'espérance


 

Cette grâce

de deviner

dans le couchant

les promesses

du lendemain

 

Cette grâce

de découvrir

dans la nuit

les portes de la lumière.

***

DEUX POÈMES POUR LE PRINTEMPS

Le printemps

a convoqué les arbres

pour annoncer son arrivée

 

Ils se sont habillés de lumière

pour repousser la grisaille

 

Le ciel n'est plus le même

éclairé désormais

depuis la terre.


II

Ces flocons de laine

accrochés à leurs branches

les prunus les réservent

au retour du mois de mars.

La rue n'en revient pas

de cette déchirure dans l'hiver

où se devine

le rose des beaux jours.

***

DOUCEUR DU TEMPS

à Ivan Frias

Je ne saurais dire

ce qui produisit ce miracle

sinon cette envie

tapie dans le cœur de chacun

de redonner au jour ses couleurs

de rendre au temps toute sa douceur

 

Des mains bienveillantes

dessinèrent sous les platanes

un cercle d'où jaillit une parole

patinée par la sagesse ancienne

et l'expérience des peuples

 

Elle fut à même

d'éclairer tous les regards

de modeler chaque visage

des traits de la beauté.

***

LES RÊVES DES PEUPLES

Les rêves des peuples

bien souvent se brisent

contre les ambitions de leurs princes

leur soif de grandeur

et même leur folie

 

Existent pourtant des hommes

existent pourtant des femmes

qui savent leur donner vie

 

Ils entrent alors pour longtemps

dans les mémoires et dans les cœurs

et leurs noms s'inscrivent en lettres d'or

sur les registres de l'histoire.

****

LA PORTE DE L'INVISIBLE

Dessiner dans la ville

une promenade

 

La suivre

avec les yeux de la mémoire

la curiosité du présent

le pas aérien du flâneur

 

Et puis chercher

ce qui se dissimule entre les pierres

dans le balancement des arbres

et le tracé des rues

 

En espérant y trouver la porte

qui ouvre sur l'invisible.

***

LA TOUR DU VIEUX CHÂTEAU

Le vent a repoussé l'horizon.

 

Les îles ont découpé leur silhouette

avec les ciseaux du soleil.

 

La mer est une plaque de cuivre.

 

Un pin accompagne ton passage

du mouvement de ses aiguilles.

 

Les oiseaux lui répondent.


Qu'es-tu venu guetter

en haut de la tour du vieux château ?

***

CERISIERS EN FLEURS

i.m. Sookee Chae

Une branche de cerisier en fleurs

c'est ce que tu avais voulu voir

dans cet amandier de nos collines.

Il te rappelait la Corée

l'allée de pétales blancs

qui conduisait jusqu'au temple

où tu avais rendez-vous avec Bouddha.

Jean-Luc Pouliquen
 

 
 

 

 

 

Julien BLAINE

 

 

 

30/05/2019

 

 


 



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Michel BAGLIN

 

 

23/05/2019

 

 


 



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Jean-pierre SIMEON

 

 

16/05/2019


 



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Une nouvelle émission est consacrée à Jean-Pierre Siméon.

Rappel de la biographie d’une des premières voix de la poésie française :

Jean-Pierre Siméon, agrégé de lettres modernes, est l’auteur d’une vingtaine de recueils de poésie, de deux essais, mais également de romans, de livres pour la jeunesse et de pièces de théâtre pour lesquels il a obtenu de nombreux prix. Il a été directeur artistique du Printemps des poètes et poète associé au Théâtre national populaire. Il dirige la collection Poésie aux éditions Gallimard.


 

Christian Saint-Paul s’entretient avec Jean-Pierre Siméon.

« Je ne poursuis qu’un seul but, avertit en préambule le poète, à travers la poésie : contribuer à faire que les choses aillent mieux, qu’il y ait plus d’humanité dans un monde qui se déshumanise à toute vitesse, un monde qui est dans la peur, en proie à la paranoïa de l’agression.

A la lâcheté morale, la poésie a toujours opposé l’exact contraire, c’est une perpétuelle recherche de sens neuf, d’horizons nouveaux. Elle cherche à refonder l’homme dans ce qu’il a de meilleur, le goût de l’aventure, de l’autre, de l’appel d’air.

Aujourd’hui il y a un profond regain de la poésie. Le Prix Apollinaire a été remis à une jeune femme de 27 ans Cécile Coulon et je vois tous les jours que la poésie intéresse les jeunes et je trouve cela très encourageant. Ils entendent dans la poésie ce contre-ordre dont ils ont besoin. C’est une parole ferme, qui peut être de la colère mais qui est toujours fondée sur une volonté de vivre, de défendre ce qu’il y a de meilleur pour nous tous, le désir de vivre pleinement dans l’Absolu comme Rimbaud le rêvait.

La position est une position éthique, rappelle Christian Saint-Paul.

Mais le poème n’est jamais que le reflet de ce que tu appelles une éthique, poursuit Jean-Pierre Siméon, c’est-à-dire une manière d’être au monde, de se situer dans le rapport aux autres. Habiter poétiquement le monde aujourd’hui, comme l’écrivait Hölderlin, c’est exactement le contraire de ce que l’on nous adjoint d’habiter le monde.

On nous soumet à l’obsession de l’avoir, du pouvoir, être toujours plus, plus fort, dominer et paraître.

La poésie, il ne s’agit pas d’avoir mais d’être. D’être mieux, d’être plus intensément vivant. Aujourd’hui on est dans l’obsession du paraître, de l’image de la superficie. La poésie est l’exact contraire de tout cela. La poésie est dans l’échange, elle est dans l’éloge de l’autre comme l’écrivait Andrée Chedid.

En ces temps où tout est fragmentaire, la poésie prend le temps d’aller dans l’épaisseur du réel. Contrairement à l’idée reçue, c’est à travers de la poésie qu’on a la meilleure approche de la réalité, c’est-à-dire la réalité humaine, les visages autour de nous, la rencontre des peuples mais aussi la réalité concrète du paysage, du cosmos.

Depuis toujours les poètes ont ce rapport curieux, intense, passionné pour la totalité du réel. C’est cette réalité qui fait défaut aujourd’hui. La poésie est un contre-ordre à ce que nous enjoignent les slogans, la publicité, la manière dont il faut penser. C’est un cheminement libre dans la réalité et dans le monde.

C’est pour cela que la poésie est d’abord une objection. Elle est subversive parce qu’elle renverse l’ordre établi, les catégories de pensées.

Elle commence comme cela, mais elle peut être récupérée. Mais fondamentalement, elle est subversive puisqu’elle retourne les évidences, les conventions, les consensus. Depuis l’Antiquité les poètes ont toujours gêné. D’ailleurs, lorsque s’instaure un régime totalitaire, les premiers à être jetés en prison sont les poètes ! Car ils sont détenteurs de ce que nul autre ne possède : la liberté irréductible de parole. On ne peut empêcher la parole du poète.

Mauricio Rosencof en Uruguay a survécu à sa détention épouvantable par la poésie. Il mémorisait ses poèmes qu’il a ensuite écrits à sa sortie.

Quand j’ai choisi pour titre de mon essai « La poésie sauvera le monde », c’était une provocation. Cela peut faire rire ou sourire les gens sérieux. Mais c’est qui les gens sérieux aujourd’hui ? Les économistes, les financiers, les politiques ? Mais ce sont eux qui nous amènent dans le mur !

Ce sont les poètes qu’il faut prendre au sérieux !

Ils prennent le monde à bras le corps. Ils s’engagent dans la vie, ils ont un regard plus juste, plus accordé à ce qu’il nous faudrait tous. Non plus être dans une position de prédateur, de dominateur, mais être dans la construction collective. Nous sommes tous embarqués dans le même vaisseau. Je suis optimiste, je ne dis pas galère. Si les poètes tenaient le gouvernail, nous n’irions pas à la catastrophe comme aujourd’hui. L’éthique du poète sauverait le monde puisqu’on ne serait plus dans l’avoir et le paraître. Il faut changer complètement nos critères de jugement et nos perspectives. Essayons le point de vue du poète !

L’homme est libre de son destin. La poésie contribue selon le mot de Roberto Juarroz à l’accélération de la conscience. C’est un effort de conscience. Qui lit les poètes, fait agir sa conscience de façon neuve. Le poème propose toujours une appréhension nouvelle, imprévue de la vie, du monde. C’est cet imprévu qui ouvre la conscience. Cela conduit à une inquiétude heureuse, l’intranquillité de Pessoa.

Parce qu’une conscience vivante est une conscience inquiète, qui ne croit pas en un monde clos, définitif. Chaque poème contribue à l’élargissement de la conscience. Et en plus dans le plaisir, dans l’émotion. Ceci pour tout le monde. On sort de nos habitudes de penser. Plus de conventions, plus de consensus, plus de conformité. J’appelle cela la règle des trois con, et Christian, tu me comprends puisque c’est cela que tu fais dans ta radio « libre » à Radio Occitania !


 

Dans « Politique de la beauté » c’est la justesse touchée, obtenue, atteinte par l’effort de conscience, par l’effort d’humanité en chacun de nous. La beauté est un autre nom de la bonté, de la fraternité, par l’effort d’intelligence, par l’effort de création. La beauté, c’est l’étreinte amoureuse du monde et des jours qui passent.

La poésie doit certes faire entendre la douleur et la violence du monde, mais elle doit faire entendre aussi l’énergie qui nous permet de nous opposer à cela.

La poésie doit donc être incandescence, c’est du feu, nous avons besoin d’ardeur. Dans la poésie il y a ce ferment d’ardeur.

Je voudrais que la poésie soit un point d’appui à la conscience qui se redresse !


 

En mars 2019, je vais publier chez Gallimard « Levez-vous du tombeau ».

C’est une injonction à renouer avec le sens vital qui est bien atteint dans nos pays européens.

Dans le monde, il y a des pays bien plus frappés par le malheur que nous, qui ont une énergie vitale bien supérieure. Qui ont plus d’enthousiasme, plus d’amour de la vie. Il faut sortir de notre abattement. Il n’y a pas de révolte, il y a de la hargne !

Souvenons-nous de Primo Levi qui a été capable de reconstruire après Auschwitz. De même Semprun. Il faut trouver un point d’appui et se redresser. C’est mon intuition.

Dans les camps d’extermination, on faisait de la poésie, c’était une belle opposition à l’inhumain, une postulation de l’humain au plus haut contre tout ce qui le dégrade.

La poésie est souvent vindicative, mais c’est au nom de la vie.


 

Kafka disait « Quand on n’est pas capable de donner du courage, on doit se taire. »

Il faut dépasser les moments de dépression collective. Il faut fonder une espérance.

Avec la chute des idéologies, on a considéré l’espérance comme une niaiserie. Mais moi, j’ai toujours pensé qu’elle était liée à l’humain. Donc, on ne peut pas s’en débarrasser. Que pourrait être une vie sans aucune espérance ? Ce n’est pas une vie.

L’homme est fait de ça, de cette espérance, du pas d’après, de la sortie de l’enfermement, de la solitude.

L’espérance n’est pas une construction intellectuelle de l’homme, on la porte en nous, comme on porte aussi son contraire, la désespérance, l’abattement, le découragement.

Nous sommes des êtres complexes et partagés mais en toute lucidité, on peut reprendre appui sur ce qui peut porter l’espérance.

La littérature peut fonder cette espérance. François Cheng le dit si bien !

Cette espérance peut naître en ouvrant simplement sa fenêtre le matin ou en croisant un visage, ou en respirant un air frais. C’est l’expérience concrète, banale, de l’humain qui renaît.

Jean-Claude Pirotte au moment de mourir disait : « La poésie a un parfum de résurrection. »

Il voulait dire que chaque fois qu’il lisait un poème, quelque chose renouait avec la vie, profondément, avec la jeunesse de la vie. »

Jean-Pierre Siméon


 

***

Lecture d’extraits de « Politique de la beauté », de « Lettre à la femme aimée au sujet de la mort », de poèmes inédits « Levez-vous du tombeau » (Il va falloir enfin que la poésie gouverne)


 

 
 

 

Franc BARDOU

 

09/05/2019


 



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Photo de

©Ulrich Lebeuf _ Myop

 

 

 

 

Claude FABER

 

 

02/05/2019


 



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Jean-pierre SIMEON

 

 

25/04/2019


 



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Christian Saint-Paul s’entretient avec Jean-Pierre Siméon à propos de son livre :

Levez-vous du tombeau

Collection Blanche, Gallimard, 2019, 120 pages, 12,50 €


 

Présentation de l’éditeur :

Les poèmes de ce «livre» sont à l'image de son titre : enthousiastes, volontaires, énergiques et entraînants. Croyant la poésie capable de sauver le monde, l'auteur exhorte le lecteur à se soulever dans la joie au-dessus de ses fragilités et de ses craintes, en manifestant sa foi en une poésie qui «réconcilie le rêve et l'action, le rêve et la réalité», comme l'écrivait Aimé Césaire à qui un vibrant hommage est rendu en épilogue. Qu'il passe de la célébration à l'exhortation ou entretienne des «dialogues intérieurs» avec des poètes étrangers et des villes traversées, c'est toujours la même voix qu'on entend, exaltée, militante, contagieuse et joliment maîtrisée.

Voir également l’éditorial de Christian Saint-Paul :

« Levez-vous du tombeau

La poésie est un argument de vie »

***

Extrait de Levez-vous du tombeau :

Tout n’est-ce pas tout en l’homme s’il est vrai

tout est affaire de fragilité

tout de lui s’en vient mourir contre l’instant

toute joie qui tombe lui ferme les paupières

et ah le renaître qu’il imite des fleurs

comme il est difficile...


 

or je plaiderai oui sans honte

pour la fragilité

pour que légers comme un essor d’oiseau

nous concluions un pacte avec la fragilité

celle qui tient à notre peau

celle qui fait que la pensée inclinée sur l’abîme

se retient à ses propres cheveux


 

car la fragilité qui ne s’ignore pas

comme des lèvres vont à des lèvres étrangères

elle seule accueille la beauté

qui n’est - brave éclair -

que ce qui tient haut l’instant dans la perte

fragile la neige des mots

fragiles nos rêves pirates mais tressés de paille

fragile le secret amour

qui efface les villes le ciel et la terre

pour n’être qu’un cœur battant


 

tout ce qui vaut est fragile


 

mais c’est là que s’éprouve jusqu’à l’ivresse

la force d’être vivant

 


 

 
 

 

 

jean-luc POULIQUEN

 

 

 antoine EMAZ

 

 

18/04/2019


 



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Aurélia LASSAQUE

 

04/04/2019

  & 

11/04/2019


 



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Silvaine ARABO

 

28/03/2019

 

 


 



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Michel BAGLIN

 

 

21/03/2019

 

 


 



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Antoine EMAZ

Jacques LOVICHI

Alain LACOUCHIE

Jean-Michel BONGIRAUD

Jacques CANUT

Anne-Marie BERNAD

Silvaine ARABO

 

 

 

 

 

14/03/2019

 

 


 



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EMAZ Antoine  est décédé le 3 mars 2019. Il faisait partie de ces grandes voix de la poésie française. La maladie l’a empêché de réaliser une émission radio. Nous croyions avoir le temps et nous nous trompions. Pour évoquer sa mémoire et avant de réaliser une émission entière sur ce poète dont nous avons du mal à croire en sa disparition physique, pour le reste, c’est-à-dire l’essentiel, il est immortel bien sûr, nous avons choisi  De peu éditions Tarabuste, 18 € et ce poème sur AZF

De peu reprend, en les remaniant parfois, des poèmes extraits de différents ouvrages d'Antoine Emaz parus entre 2001 et 2011 : Vent voix, Je ne, Peur, Dans la touffeur de l'air, K.O., Petite suite froide, Sur la fin, Bleu très bleu, Pluie, Vague, Pas sûr, Rien l'été, Jours, Nada et Pente. Le volume complète l'anthologie Sauf publiée en 2011.

« ce soir on va au cinéma »

le jour à jour résiste au pire

il grignote

 

« mon CES cesse le 28 novembre »

 

présent sans épaisseur

et plein

 

« la vie continue »

 

on se dégage

l’œil passe par Toulouse

AZF

on s’éloigne

 

l’image n’est toujours pas comprise

simplement couverte

par d’autres

 

lent balai d’essuie-glace

 

asthme histoire

20 heures

 

(poème écrit le 24. 09 2001)

 

Lecture d’autres poèmes.

***

 

Nous avons consacré une émission à « Au revoir et merci » de Jacques LOVICHI le 29 /11 /2018 :

https://lespoetes.site/son/2018/2018-11-29%20JACQUES%20LUVICHI.wma .

Encres Vives vient de le rééditer et il constitue le n° 485 de cette revue

(le n° 6,10 €, abonnement 12 n° 34 € à l’ordre de Michel Cosem, 2, allée des Allobroges, 31770 Colomiers).

Lecture d’extraits.

 

Alain LACOUCHIE publie « Une pierre sans personne » textes et encres à Encres Vives et ce volume constitue le n° 486 de la revue.

Joseph Rouffanche (Prix Mallarmé) écrivait à propos de l'écriture d'Alain Lacouchie : "Férocité, désespoir, révolte, souffrance indicible, torturante qui persécutent, violentent cette syntaxe géniale au cœur d'un désastre humain couramment enduré, exacerbé." Avec, en écho, cette affirmation de Jean Joubert (Prix Renaudot et Prix Mallarmé). Il qualifiait ainsi la poésie d'Alain Lacouchie : "Poésie ouverte, poésie vivante, entre tragique et ferveur." Ce recueil est dans cette tonalité.

Lecture d’extraits

***

 

Jean-Michel BONGIRAUD publie « Le Coin du tableau » "Encres Vives" n° 487.

 

 De ce poète, écrivain, essayiste, Jean-Louis BERNARD  écrit :               

"Certainement pas un poète de canapé."

Comme il a raison, Jean-Michel Bongiraud ! Et combien ces mots sont là, debout, percutants et tendres, grinçants et espérants !

Anarchiste humaniste (espèce rare mais si essentielle), impitoyable envers puissants et arrivistes, il nous offre une salutaire piqûre de rappel : la poésie est aussi résistance, dangereuse pour l'ordre établi, redonnant goût à la réflexion, à l'émancipation, au désir. Bouffée d'oxygène dans un monde de plus en plus en proie aux passions tristes.

"Utopie", en grec, signifie "non lieu". Jean-Michel Bongiraud n'est donc d'aucun lieu. Mais ô combien de notre temps.

 

Lecture d’extraits.

***

 

Ces deux volumes feront l’objet d’une émission prochaine. Comme pour le recueil d’Anne-Marie BERNAD « L’ancre des mots » paru aux éditions L’Harmattan, 17,50 €.

Lecture d’extraits.

***

 

Enfin, Jacques Canut persiste et signe avec de nouveaux recueils « Résurgences » collection Pour solde de tous contes couverture illustration de Claudine Goux et « Catissimo »  photographies de Lydie Arnaud.

C’est avec joie que nous retrouvons la verve de ce poète attaché de façon indéfectible à la poésie, aux lieux et aux chats.

Jacques Canut ne fait, au fond, que poursuivre son œuvre lente et sûre d’un poète qui affirme son humanité dans un monde qui en renferme de moins en moins. La lecture des courts poèmes de ce grand monsieur sensible, dont l’impressionnante expérience de la vie n’est jamais présentée comme un atout, nous remplit de fraîcheur, de nostalgie mais d’espérance.

Lecture d’extraits.

***

 

Pour terminer, Christian Saint-Paul signale la parution de « Au fil du labyrinthe suivi de Marines résiliences » de Silvaine ARABO aux éditions Rafael de Surtis, 15 €.

Une émission sur ce livre a été réalisé le 28 mars 2019 (https://lespoetes.site/son/2019/LES_POETES_2019-03-28%20Silvaine%20ARABO.wma )

 

 

 
 

 

 

 

Julien BLAINE

 

 

 

7/03/2019

 

 


 



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Pierre MAUBE

 

 

 

28/02/2019

 

 


 



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Rabih el-Atat 
 
Amir Or
 
Ernst Jandl

 

 

 

21/02/2019

 

 


 



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L’émission est consacrée à trois publications des éditions érès collection Po & Psy dirigée par Daniéle Faugeras et Pascale Janot.

1 ) Rabih el-ATAT Humeurs vagabondes

poèmes traduits de l’arabe (Liban) par Antoine Jockey, dessins d’Odile Fix, 12 €.

Médecin-chirurgien né en 1977 au Liban, Rabih el-Atat est aussi un poète qui a écrit en arabe des centaines de tercets que l’on peut lire dans trois recueils : Funérailles des poupées (2015), Clés en plastique pour le paradis (2017) et Le livre du haïku arabe (2016) écrit en collaboration avec Samer Zakaria. Pratiquant exclusivement cette forme poétique brève inspirée du haïku, elAtat prend un plaisir perceptible à noter ses émotions et les moments fugaces qui l’étonnent ou l’émerveillent, issus ausi bien de l’observation de la nature et de l’évanescence des choses que de thèmes du monde contemporain ou s’inspirant de sa vie quotidienne. Affranchi de la règle classique de composition d’un haïku (5/7/5), chacun de ses tercets se lit néanmoins en une seule respiration et incite à la réflexion et à la méditation de la scène évoquée. Par le large choix qu’elle propose, cette anthologie personnelle a le mérite de montrer le talent particulier de ce poète à saisir ces instantanés grâce à un travail d’épuration remarquable de son texte et à une langue dense et souple, riche de l’étendue de son vocabulaire et de ses images hautement poétiques. 10,5 x 15 - format à l’italienne sous pochette à rabats cartonnée - 86 pages po&psy princeps. 12.00 € - mars 2019. Traduit de l’arabe par Antoine Jockey. Édition bilingue. Dessins d’Odile Fix.

Antoine Jockey, né à Beyrouth en 1966, a vécu à Paris de 1990 à 2016. Il partage aujourd’hui sa vie entre Sète et New York. Traducteur en français de poètes arabes reconnus tels que Wadih Saadeh, Abdul Kader El-Janabi, Paul Chaoul, Abbas Beydoun, Sargon Boulus, Salim Barakat, il est aussi critique littéraire au quotidien arabe Al-Hayat et membre du comité international du festival de poésie Voix vives de Méditerranée en Méditerranée.

Odile Fix dit de son travail : « Peindre, dessiner, écrire, photographier... quelques gestes. Il faudrait qu’ils soient simples et dépouillés, silencieux, à l’image des plateaux de Haute Auvergne où je vis. Et puis, faire des livres. Tout cela est affaire de papier. Le papier (matière, textures), comme un sol foulé, arpenté, une terre familière. » Outre de nombreux livres d’artistes, tirages limités imprimés en typographie à partir de ses propres textes brefs ou de ceux d’autres auteurs, poètes et plasticiens, Odile Fix a publié plusieurs recueils en édition courante.

extraits

Le cadavre d’un seul corbeau

blanchit

toute la neige

*

je passe devant mon école

et ne trouve pas l’enfant

que j’étais

*

laisse ma main

voyante

et lis dans la plante de mes pieds

*

dans chaque œil

une couleur

et un trou noir

*

repasser mes chemises

me rappelle ta chaleur

Mère

*

vers elle

les doigts traversent la frontière

sur la carte

****


2 ) Amir OR Entre ici et là

poèmes traduits de l’hébreu par Michel Eckard Elial. Édition bilingue. Dessins de Sylvie Deparis 12.00 € -

Né à Tel Aviv, en 1956, d’une famille ayant émigré en Israël depuis la Pologne dans les années trente, Amir Or est poète, nouvelliste, essayiste, traducteur et éditeur. Après avoir étudié pendant plusieurs années, en Hollande et en Inde, différentes techniques de méditation et de croissance personnelle, à son retour en Israël il fonde un centre de méditation et thérapie, et une communauté spirituelle à Jérusalem. Il a étudié la philosophie et l’histoire comparée des religions à l’université juive de Jérusalem, où il enseignera par la suite la religion de la Grèce antique. Il est l’auteur d’une douzaine de recueils de poésie, depuis I Look Through The Monkeys’ Eyes (1987), pour lequel il a reçu le Harry Harshon Literary Prize of the Hebrew University, jusqu’à Prophecy of the Madman (2012) et Loot. Selected poems 1977-2013 (2013). Ses poèmes sont traduits dans plus de 40 langues. Il a lui-même traduit en hébreu huit livres de poésie, parmi lesquels The Gospel of Thomas, Limb Loosening Desire, une anthologie de poésie érotique grecque, et Stories from the Mahabharata ; ainsi que des poètes modernes comme Seamus Heaney, Ann Sexton, Shuntaro Tanikawa, Jidi Majia, Fiona Sampson et Ansatassis Vistonitis. Ses traductions du grec ancien ont été primées par le ministère israélien de la culture. Amir Or donne des lectures dans une douzaine de festivals de par le monde. Dans les années 90, il a fondé la Helicon Society for the Advancement of Poetry in Israel, puis la Helicon Poetry School arabo-juive, développant des méthodologies d’enseignement de l’écriture créative, qu’il diffuse en Israël, aux États-Unis, en Autriche, en Angleterre et au Japon. En 2001, il a créé le Sha’ar International Poetry Festival, dont il a été le directeur artistique. Il est l’éditeur national des magazines internationaux de poésie Atlas et Blesok. Il est l’un des membres fondateurs du World Poetry Movement et de European Association of Writing Programs. Il est coordinateur national pour Poets for Peace.

Professeur de littérature comparée et de sémiologie littéraire,

Michel Eckhard Elial est poète et traducteur de la littérature hébraïque (Yehuda Amichaï, Aaron Shabtaï, David Vogel, Ronny Someck, Miron Izakson.) Il a fondé en 1988 à Tel-Aviv, et dirige aujourd’hui à Montpellier, la revue Levant – Cahiers de l’Espace Méditerranéen, dont la vocation est de promouvoir un dialogue pour la paix entre les trois rives de la Méditerranée.

Sylvie Deparis est plasticienne et éditrice de livres d’artiste. Née en 1965, elle vit à Domazan, dans le Gard. Formée aux Beaux-arts de Toulouse et à l’Ecole d’art d’Avignon, elle expose régulièrement en galeries, médiathèques ou centres d’art. Très proche des philosophies d’Extrême-Orient, elle voyage depuis plusieurs années en Asie où elle participe à des résidences d’artistes et expose (Corée, Indonésie, Chine). Ses livres d’artiste sont très liés à son travail plastique, en relation à l’écriture poétique. Elle a collaboré avec plusieurs éditeurs et a créé en 2009 les éditions SD Éditions.

extraits

LEÇONS

1

Tôt le matin

je veux apprendre

la langue des branches

bercées par le vent.

2

Souffle sur moi aussi, vent,

apprends-moi à bercer

les mots grâce à mon esprit.

3

Ouvre l’empan de mes branches,

apprends-moi à être

l’arbre que je suis.

4

De l’humus profond à la senteur des fleurs,

mon juste poids, elle est debout,

ma vie.

5

Les feuilles montent,

les feuilles tombent,

moi aussi.

****

3 ) Ernst JANDL Façon de parler

Traduit de l’allemand par Inge KRESSER

Illustré par Ena LINDENBAUR 12 €

Il n’existe à l’heure actuelle que peu de traductions en français des œuvres d’Ernst Jandl. Inge Kresser a sélectionné et traduit les poèmes composant Façon de parler (du titre de l’un des poèmes qui y figurent), parmi les plus brefs et les plus accessibles à un large public, extraits des 8 volumes qui composent les œuvres complètes du poète autrichien Ernst Jandl (1925-2000).

« Pour ce qu’on a à dire, il n’y a pas d’alternative ; mais pour ce qui est de la manière de le dire, il existe une multitude infinie de possibilités. Il y a des poètes qui disent toutes sortes de choses, mais toujours de la même manière. Faire ça ne m’a jamais tenté ; car en fait il n’y a qu’une seule chose à dire mais toujours et toujours d’une manière nouvelle. » Ernst Jandl, Dingfest, 1973.

"... Il a toujours eu quelque chose à dire, et il a toujours su qu'on pouvait le dire comme ça ou comme ça ou comme ça ; et donc il n'a jamais eu de peine pour dire quelque chose, par contre, pour la manière de le dire, oui. Car pour ce qu'on a à dire, il n'y a pas d'alternative ; mais pour ce qui est de la manière de le dire, il existe une multitude infinie de possibilités. Il y a des poètes qui disent toutes sortes de choses, et toujours de la même manière. Faire ça ne l'a jamais tenté ; car en fait il n'y a qu'une seule chose à dire mais celle-la toujours et toujours d'une manière nouvelle." (Ernst Jandl, dingfest, 1973)

Le présent recueil, traduit par Inge Kresser, puise dans l’œuvre complète du poète, en privilégiant les poèmes accessibles à un large public. Son titre, Façon de parler reprend celui d’un de ses poèmes les plus représentatifs de la manière du poète. Une sélection de poèmes extraits des huit volumes qui composent l'œuvre de E. Jandl. Chacun des 42 textes est présenté sur une feuille volante.

Né à Vienne en 1925, Ernst Jandl est appelé à 18 ans sur le front, d’où il s’enfuit, se constituant prisonnier des troupes américaines. Après la guerre, il étudie l’allemand et l’anglais qu’il enseignera par la suite. Il commence à publier ses premiers recueils de poésie, il écrit des pièces radiophoniques et donne des représentations publiques, notamment avec des musiciens de jazz. Il sera accompagné dans sa vie durant dans sa démarche de création, d’abord par ses parents (sa mère Luise écrivait de la poésie et son père « favorisait l’art ») puis par sa compagne et complice en poésie Friedrericke Mayröcker, elle-même poète renommée.

À partir de 1956, il abandonne les poèmes « réalistes » pour « avancer en terrain non balisé ». Il marche sans discontinuer sur le chemin expérimental, ce qui veut dire que toutes les méthodes pour construire, à partir de la langue, une œuvre d’art, sont essayées, abandonnées puis essayées de nouveau. Délaissant à certains moments les règles de la grammaire et de l’orthographe, il produit des fragments visuels ou sonores dont la poésie ressort non pas amputée ou insensée, mais renforcée (à la manière des peintres de l’ancienne Chine recherchant l’« unique trait de pinceau »).

Sur la poésie de Ernst Jandl :

 […] Littérature de « résistance », l’œuvre de Ernst Jandl est pour son auteur une « réalisation de liberté ».

[…] L’esthétique, intrinsèque aux textes littéraires, est toujours liée aussi à l’aspect politique. Il ne s’agit pourtant pas de réduire les textes esthétiques à un simple message politique. La critique sociale ne se manifeste qu’à travers le travail sur la langue. C’est la radicalité de la forme qui s’affirme en radicalité sociale et donc politique.

[…] Les textes déploient tout leur potentiel critique seulement s’ils sont écrits dans une forme novatrice.

[…] Jandl ne doute pas de la langue elle-même – puisqu’on est dans la langue et qu’on n’en a pas d’autre pour s’exprimer – mais de son usage .

[…] La langue est considérée comme du matériau brut et le poète puise non seulement dans le système de la langue au sens saussurien mais aussi dans son répertoire propre, subjectif : son « réservoir » de mots et de tournures lexicales, de réflexions, de souvenirs etc. Le résultat est la production d’un objet, d’un artefact.

[…] Il faut jouer de toutes les possibilités de la langue et Jandl parle de Manipulation mit dem Sprachmaterial qui permet de rendre compte de sa composition/construction et donc aussi de sa contamination (dans la foulée de Kraus) par des automatismes et des phrases toutes faites.

[…] La confrontation de matériaux hétérogènes provoque des réactions fortes et le travail sur la lettre permet de rendre visible l’invisible.

[…] Cette poésie, même dans son stade le plus expérimental, n’est jamais autoréférentielle, le travail sur le matériau participant toujours du dévoilement de normes et du langage de la société.

Elisabeth Kargl, « Ernst Jandl : travail langagier et mémoire politique », Germanica, 42 | 2008, 189-208.

court extrait :

allez père raconte la guerre

allez père raconte comment t’es parti

allez père raconte comment t’as tiré

allez père raconte comment t’as été blessé

allez père raconte comment t’es tombé

allez père raconte la guerre

***

sept enfants


combien d’enfants avez-vous en fait ? - sept

deux de ma première femme

deux de ma deuxième femme

deux de ma troisième femme

et un

un tout petit

de moi-même

****
 

 
 

 

 

 

 

14/02/2019

 

 


 



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L'émission du jeudi 14 février 2019 est consacrée au festival "50 poèmes pour la neige" qui se tiendra le vendredi 22 février 2019 à la Maison de l'Occitanie, 11, rue Malcousinat à Toulouse.
Les acteurs s'expriment sur le contenu de la soirée et brossent un portrait du poète chilien Nicanor Parra.

 
En préambule Christian Saint-Paul signale la parution de "Quelques parts de voyages" de Marcel Migozzi (Gros Textes éd.7 €) et de "L'Ancre des mots" d'Anne-Marie Bernad (L'Harmattan éd. 17,50 €) en précisant qu'il reviendra plus précisément sur ces deux livres.

       

 

 

 

 

 

 

Monique-Lise

 

 Cohen

 

 

31/01/2019

07/02/2019

 

 


 



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Marc TISON

 

 

 

24/01/2019

 

 

 


 



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Christian Saint-Paul signale avec enthousiasme la parution du numéro 62 de la revue "Nouveaux délits" animée par Cathy Garcia Canalès, qui comprend des poèmes et, ou, textes en prose de Florentine Rey, Guénane, Xavier Combres, Patrick Boutin, Guillaume Simon, ainsi que de la poésie brésilienne représentée par Nilton Resende, Regina Alonso, Tereza Du'Zai et Itamar Vieira Junior, dont les textes sont traduits par Stéphane Chao.

Les chroniques de livres de poésie de Cathy Garcia sont consacrées à des recueils d'Heptane Fraxion et Florentine Rey.

Lecture de l’éditorial de Cathy Garcia Canalès et du texte de Louis Calaferte « le monde est nous tous, ou rien [...] Si l’autre n’existe pas, vous n’existez pas non plus. »

C’est le poème « Lisbonne » de Guillaume Simon qui est lu à l’antenne.

Extrait de ce numéro 62, et de Florentine Rey, justement : "G.P.A."

J'ai rêvé qu'un enfant étranger pénétrait mon corps et troublait sa

géométrie.

J'ai senti ses bras dans mes bras.

Ses petits pieds me ralentissaient.

J'ai pensé au jour où il me quitterait

mon corps comme une province lointaine

bon pour l'oubli.


 

Les illustrations de ce numéro 62 sont de Michel Vautier.

Vous pouvez vous abonner à la revue "Nouveaux délits" ( 28 €) dont le numéro est vendu au prix de 6 €, en adressant votre chèque à Association Nouveaux Délits, - Létou - 46330 Saint Cirq-Lapopie.

Voir : http://larevuenouveauxdelits.hautetfort.com/


 

Christian Saint-Paul reçoit son invité : MARC TISON

venu présenter son dernier livre : DES NUITS AU MIXER

Deuxième volume de la collection Nonosse de la chienne Édith, Des nuits au mixer (112 pages, 10 €) est un recueil de poèmes de Marc Tison, chantre de l'électricité et de la chair amoureuse.

Marc TISON est né en 1956, entre les usines et les terrils, dans le nord de la France. Fondamental. A la lisière poreuse de la Belgique. Conscience politique et d’effacement des frontières.

1969 : Lit un premier poème de Ginsberg. Electrisé à l’écoute de John Coltrane et des Stooges.

1971 : Performe des textes de Jacques Prévert sur les scènes de collège. Premiers écrits.

1977 : L’engagement esthétique est politique. Punk et free. Déclare, avec d’autres, la fin du punk en 1978. Premières publications dans des revues.

1977 – 1992 Il écrira et chantera plus d’une centaine de chansons dans plusieurs groupes.

1980 : Décide de ne plus envoyer de textes aux revues, le temps d’écrire et d’écrire des cahiers de phrases sans fin. Cela jusque 1998 où Il jette tout et s’interroge sur un effondrement du « moi ». Part alors à l’aventure analytique.

2000 : Déménage dans le sud ouest. Rend sa poésie de nouveau publique.

C’est un artiste engagé tôt dans le monde du travail. A pratiqué multiples jobs : chauffeur poids-lourd, concepteur- rédacteur publicitaire, directeur d’équipement culturel…. Il s’est spécialisé dans la gestion de projet de l’univers des musiques d’aujourd’hui. A élargi depuis son champ d’action à la gestion et l’accompagnement de projets culturels et d’artistes. Il programme aussi des évènements liés à l’oralité, la poésie dite, et la « poésie action ».

1977 - 1980 : Publié dans plusieurs revues

(dont « Poètes de la lutte et du quotidien »)

2000- 2015 : Publié dans diverses revues (« traction Brabant, Verso, Nouveaux délits, Diérèse,…).

2008 : Recueil collectif « Numéro 8 », éditions « Carambolage ».

2010 : Recueil « Manutentions d’humanités », éditions « Arcane 17 ».

2012 : Recueil « Topologie d’une diaclase », éditions « Contre poésie ».

Texte « Désindustrialisation », éditions « Contre poésie ».

2014 : Recueil « L’équilibre est précaire », éditions « Contre poésie ».

Trois affiches poèmes, éditions « Contre poésie ».

2014 : Publications de quinze textes dans le livre d’artiste « Regards » du photographe Francis Martinal.

2015 : Recueil « Les paradoxes du lampadaire + à NY ». édition « contre poésie »

2017 : « Des abribus pour l’exode » éd. Le Citron Gare.

Depuis 2011 : Performances / installations d’action poésie (solo ou duo avec Eric Cartier).

Il poursuit un dialogue avec Christian Saint-Paul sur sa conception de la création poétique, de sa posture en qualité d’artiste.

Lecture de la préface écrit par ailleurs par l’éditeur lui-même Jean-Jacques Tachdjian, également graphiste et musicien.

On peut voir dans tous les poèmes de Marc Tison, une critique sociale, au sens le plus noble du terme, sous-jacente. C’est la vocation du poète de suggérer que le monde a une représentation qui n’est pas la représentation communément admise.

La réalité sociale, c’est là où l’on vit. Et c’est là où l’on vit que se fait la poésie.

Je suis engagé dans le monde, revendique Marc Tison. Il y a une résistance à la mysanthropie. Le paradoxe de notre époque, est que le dialogue a disparu. Or, la poésie est un objet de discussion humaine.


 

Pour l’aspect très graphique des poèmes « des nuits au mixer », Marc Tison précise que les vers surlignés de noir, sont l’œuvre de l’éditeur, c’est son regard qui est très cohérent.


 

Lecture d’enregistrements avec environnement sonore :

- Je (Des abribus pour l’exode)

- La dilection (des nuits au mixer)

Lecture de «  La route de l’exil », (p 83) ; « la douceur de la peau »(p 63)

- Pierre (Manutentions d’humanités)

Avant de poursuivre la lecture de textes, l’auteur insiste sur l’effroi que fut dans sa région natale du Nord, la désindustrialisation (10 000 emplois en 4 ans supprimés). C’est enlever aux personnes leur dignité, car on laisse les gens sans rien. En réalité, on les assassine en même temps.

Lecture de :

Des nuits au mixer (p 51)

Calais

Nos yeux

et p 87 un poème sur l’apologie de la femme, texte très sensuel.

Je ne suis pas si éteint.


 

Il faut écouter cette voix venue des combats du quotidien qui sont la trame de la vie.

La poésie transcende cette langue venue des profondeurs d’un peuple et donne la parole à ceux qui l’ont perdue. Nous saurons suivre Marc Tison dans sa mission d’artiste et rendre compte avec lui de l’état du monde.


 

 
 

 

 

 

 

BÉATRICE

 

BALTI

 

 

17/01/2019

 

 

 


 



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Daniel COHEN

 

 

10/01/2019

 

 

 


 



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Christian Saint-Paul reçoit l’écrivain éditeur Daniel Cohen, accompagnée de Monique-Lise Cohen, poète, écrivaine, essayiste dont une partie de son oeuvre est publiée à Orizons la maison d’éditions de Daniel Cohen.


 

Daniel Cohen est né en 1950, dans un département de la République française, la Saoura, aux confins de l’Atlas et non loin de la mer de sable mouvante du Grand Erg occidental. Daniel Cohen entame, dès l’enfance, sa passion de la littérature au sens le plus fort du mot. Ses grandes lectures appartiennent à sa jeunesse et à la seconde décennie de son existence. Passant outre les conseils de ses amis, il décide, toute affaire cessante, de laisser tomber ses activités afin de se consacrer exclusivement aux soins de sa mère, alors affectée d’un cancer généralisé. De cette expérience, il tirera un désir encore plus fort d’écrire et c’est fortuitement qu’il ouvre une maison d’édition. Il y publiera bon an mal an des auteurs français et européens avant de devoir abdiquer face aux injonctions des banquiers dans la dernière décennie du XXe siècle. Entre 1991 et 2008, il écrira et récrira son œuvre Eaux dérobées qui, amorcée dès les années 80, sera achevée d’imprimer en 2010. Auteur reconnu puisque ses ouvrages ont suscité livres, études et articles, il demeure largement méconnu du grand public. Revenu à l’édition en 2007, il a fondé le comptoir d’édition Orizons ; le centième titre sera publié au printemps de 2011. En avril 2012 est lancée l’épopée Blanche des Oublies qui a inspiré à Ellis A. Ware des centaines de planches en couleurs. Daniel Cohen a publié une quinzaine d’ouvrages, traduit de l’anglais quelques autres, établi des éditions littéraires, notamment Le Maître des eaux amères de Liliane Atlan.
Il prépare 
Au Pays de Blanche ; il espère compléter la tétralogie D’Humaines conciliations et fixer sur un livre ce qu’il entend par l’écrire et le lire.
Il aimerait, éditeur, faire d’Orizons un lieu de rencontre et d’empathie. Si les temps paraissent difficiles pour le livre de prose notamment, si pas mal de rigidité s’est imposée dans les diverses professions éditoriales, si certaine incertitude plane, face au livre électronique, dont on prévoit l’avènement par pure déduction mécanique plutôt que par prophétie, son quotidien d’éditeur est fait d’excitation, d’épuisement et toujours... d’espérance.

Entretien avec Daniel Cohen, autour de trois ouvrages :

Le Trésor familier des rythmes ;

Le Miroir et ses portes. Proust, Gide, Claudel

et L’Argent, sa corde et l’écrivain (éd. Orizons). Monique Lise Cohen intervient également dans cet entretien.

Le Trésor familier des rythmes témoigne de la pulsation de l’écriture à laquelle un jeune garçon a cédé dans un milieu dépourvu de livres.

Pour titrer ce frémissement, Daniel Cohen se réfère à Mallarmé (Symphonie littéraire). Il dégage d’abord une fresque, pittoresque et altière, de son enfance passée au Sahara, alors sous souveraineté française, dans la bonne ville de Colomb-Béchar (appelée aujourd’hui Béchar, en République algérienne) — telle est la première moitié de l’ouvrage.

Il en prolonge le foyer à l’autre point de l’ellipse : Paris — solitude de l’écrivain face à la maladie, à son destin, aux crises qui les transcendent et les réparent — c’est la seconde moitié de l’ouvrage. D’un bout à l’autre, la littérature et ses figures — au premier rang desquelles Proust, œuf solaire — sont des compagnons de vie, lointains certes mais le plus souvent rédempteurs.

Cette autobiographie est un récit. Si elle est inflexible dans sa recherche d’une vérité fuyante et instable, par essence, elle dit avec tendresse le trésor des êtres aimés. Ce livre clôt un quintette mémoriel ouvert avec Psoas et Où tes traces... (parus), poursuivi avec Aux Allemands et Au Pays de Blanche (à paraître).


 

Le Miroir et ses portes Proust, Gide, Claudel


 

La lecture, pour Daniel Cohen, a été et ascèse et affranchissement. C’est auprès des écrivains qu’il a appris à regarder le monde. Dans leur giron, il s’est efforcé de surmonter épreuves et échecs.

Une crise majeure et violente (en 2013) réifia les livres. Passant du sacré au contingent, ils cessèrent d’être ce qu’ils avaient été : des enjeux de vie. L’auteur eut à réfléchir sur le rôle de la littérature en temps tragique. Son livre Le Trésor régulier des rythmes en a fait un axe dans l’ellipse enfance-maturité.

Ce cheminement a été illustré par des analyses littéraires. D’abord intégrées dans le tableau de son Trésor, D. Cohen a décidé de détacher la question de l’argent (voir L’Argent, sa corde et l’Écrivain) et d’autonomiser une réflexion sur le trio prestigieux Proust, Gide, Claudel ; question et réflexion d’abord conçues comme la réparation morale d’une fracture.

Ce livre est un témoignage passionné : comment des écrivains inscrivent leur matricule insigne sur la peau de leur lecteur.


 

L'argent sa corde et l'écrivain

"L'argent, pour l'auteur de ce livre, a été, presque toujours, une expérience pénible. Plutôt que d'en décrire la lèpre en essayiste ou en romancier, il a composé un texte décalé. Il a choisi l'Écrivain comme personnage de sa discussion. Daniel Cohen rapporte de ses lectures et de sa casquette d'éditeur, un texte personnel, court et incisif, sur ce dieu fascinant et mortifère."

***

Au cours de l’entretien, Daniel Cohen développe les précisions suivantes :

Être éditeur, c’est faire face à des difficultés énormes. Les éditions Orizons sont rue des Ecoles à Paris, près du Collège de France, de La Sorbonne, lieux magnifiques où passent les auteurs.

La suppression du h dans Orizons est le fruit des restrictions de la Propriété Industrielle. Mais ce titre est maintenant copié !

Je publie 2 à 3 ouvrages par mois.

Auparavant j’étais éditeur d’Intertextes. Orizons est né de la souffrance d’avoir accepté de publier trop de livres. C’est à 57 ans, que, dans un bus, j’ai décidé de créer Orizons.

Le Trésor familier des rythmes parle de moi, mais surtout de la littérature.

En 2013, j’ai été frappé d’un cancer avancé. C’est pendant les soins que j’ai senti que je devais parler de mon enfance.

Je suis né en Algérie aux confins du Sahara. C’est là que tout a commencé. Par le Larousse et la Bible en hébreu. De quatre à dix ans, j’ai lu ces deux livres. La matrice de l’écriture est venue de là. Devenir éditeur, les livres étant des objets célestes, c’est être le représentant de quelque chose de sacré. C’est ce que je dis dans ce livre.

On ne guérit pas de son enfance. Moi, je ne l’ai jamais quittée. Apprendre les mots du dictionnaire, leur historique ; l’alphabet hébreu a été constitutif de mon destin d’écrivain et d’éditeur.

Arrivé à Marseille, quand nous avons dû quitter l’Algérie, j’étais chez moi. Je regagnais une patrie que l’on m’avait niée de l’autre rive de la Méditerranée.

A dix ans, j’ai découvert les « Mémoires » du Général de Gaulle. C’est un très grand écrivain mais aussi un grand cynique. Comme Jules César et beaucoup d’autres.

De 14 ans à 20 ans, je ne cessais de lire. Je fus marqué par « Isabelle » de Gide dévoré avec l’aide du Larousse. Plus tard avec sa fille Catherine et son mari, nous avons fait de belles choses.

Cette autobiographie est une réflexion sur la littérature. J’ai connu une crise d’identité suraiguë. Des livres comme « La recherche du temps perdu » de Proust ont été une véritable canne, une bougie, un livre qui m’a fait. Puis ce livre m’est devenu insupportable. Et un matin où j’allais mieux, où le ciel était d’une autre couleur, j’ai rouvert « La recherche » et le miracle a été de retrouver le livre tel que je l’avais aimé pendant une cinquantaine d’années.

La subjectivité de la lecture est un fait évident. La littérature c’est la matière du vivant. Il n’ya rien d’autre qui survive aux hommes comme le livre ; même pas les peintures.

La littérature est à la fois témoignage et subversion, contre l’homme lui-même, contre ses idoles, et parfois un retour à ses idoles.

Je ne supportais pas Mallarmé dans mon adolescence mais je l’ai retrouvé à la trentaine et il m’est apparu comme gigantesque !

Villiers de l’Isle Adam, je l’ai découvert quand je fus éditeur. De même Emily Dickinson, quand j’ai publié sa correspondance.

Je vais bientôt publier une anthologie de la poésie Yddish dans une traduction du regretté Charles Dobzinscky. Il fut comme un grand frère pour moi.

Gide a un antisémitisme virulent et sot, même s’il avait des amis juifs. Mais il fut une des étoiles de la littérature française.

Claudel, d’emblée, je l’ai aimé. Il écrit comme un prophète hébraïque, dans une langue impétueuse, océanesque. Il avait publié, à la fin de la guerre, « Sur les juifs » chez Gallimard, et ce livre tombé dans l’oubli pose tout de même un souci. Il aurait aimé que les Israélites, comme il disait, devinssent chrétiens. Pour lui, c’était une logique normale. C’est néanmoins un immense auteur qui me faisait trembler, adolescent. Il a été très connu et mal aimé. Ses commentaires sur la Bible ont fait l’objet d’un colloque publié dans plusieurs milliers de pages.

J’ai écrit « Psaumes » pour ma mère. Je l’ai accompagnée dans sa maladie et j’en parle dans sa plénitude, sans fard.


 

Le petit livre L'argent sa corde et l'écrivain, j’ai eu du plaisir à l’écrire.

L’argent a toujours été une douleur pour moi. Il m’a torturé. Je ne l’aime pas, mais il en faut pour vivre et publier des livres. L’argent, c’est la corde au cou qui nous rattache au puits. Et je regarde le puits comme un miroir. L’argent ne fait entrevoir aucune liberté.

Je décris comment les écrivains se sont perdus dans ce « bâtard ».

Celui qui écrit ouvre toujours une fenêtre d’espoir.

L’écriture, c’est fonder le monde. C’est l’intermédiaire et la pelote qui tient le monde.

Dans les camps, on se souvenait de passages de Proust.


 

Les livres ont passé toutes les frontières, rappelle Monique-Lise Cohen, ancienne bibliothécaire. Parfois, la nuit, dans ma bibliothèque, j’entendais les livres parler entre eux.

Le livre finit par traverser la loi du marché, il triomphe toujours.

Mais aujourd’hui les livres peuvent finir dans les bennes à ordures.

L’écriture est la vie. Elle la fonde et la tient.


 

Je me heurte toujours au mur de l’argent, conclut Daniel Cohen, mais le livre est plus fort que l’idole.


 

 
 

 

 

 

 

Jean-Michel 
 
 
TARTAYRE

 

 

03/01/2019

 

 

 


 



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Christian Saint-Paul lit des extraits de « Mangrove » en hommage au poète disparu Jacques LOVICHI.

Voici ce qu’écrit Dominique Sorrente dans Scriptorium sur ce poète :

« Jacques LOVICHI né en 1937, écrivain corso-provençal d'expression française, comme il aimait à le dire, Jacques Lovichi a levé l'ancre, le 18 novembre 2018.

Avec ses airs de Capitaine Haddock, brouillant les pistes entre la Corse et la Bretagne, sa connivence hors sol avec quelques maudits comme Germain Nouveau ou Christian Guez Ricord, son amitié obstinée pour quelques poètes majeurs, et au premier rang Eugène Guillevic, sa façon de saluer du poing en appelant du côté de l'autre rive, Jacques, le solitaire farouche, avait pris sa part de défi collectif. Ce fut d'abord le groupe expérimental d'Encres vives, puis la revue Sud, puis plus tard encore, Autre Sud, et la revue des Archers. C'est dans ces aventures éditoriales que nous nous rencontrions, tout comme Jean-Max Tixier, son complice, et Yves Broussard, le timonier capitaine.

Dans une de ses malicieuses dédicaces dont il avait le secret, Jacques avait complété le titre « Derrière c’est toujours la mort » par une formule au crayon « …mais devant, c’est encore la vie ». C’est ainsi qu’il faudra, au-delà de la légitime émotion du moment, lire les livres de Jacques Lovichi, découvrir ou retrouver une oeuvre complexe, ardente et obscure à la fois, toujours en mouvement ( romans, poésie, chroniques de théâtre...) qui témoigne d'un engagement littéraire intense, et plus encore d'un combat avec l'ange aux multiples reprises.

Une porte a claqué sur le « Définitif provisoire », livre paru en 1980 dans la collection Sud.

Il est temps d’apprendre à écouter la voix qui dit « l’inépuisement du sujet ».

On peut retrouver une belle évocation de "l'enivrante tristesse de vivre" de Jacques Lovichi dans une note que Françoise Donadieu, qui fut sa confidente, nous avait confié au Scriptorium.

http://www.scriptorium-marseille.fr/tag/jacques+lovichi


 

Dominique Sorrente


 

Romancier (Mangrove [Éditions Ipomée, 1982], La Licorne et la Salamandre [Jean-Claude Lattès, 1982], Le Sultan des Asphodèles-Sultaraveddu [Éditions Autres Temps, 1995. Prix du livre corse 1996], Rhotomago et autres fictions subliminales [Géhess Éditions, 2008], etc…), essayiste, critique de théâtre, directeur littéraire, Jacques Lovichi est avant tout poète.


 

Proche des Cahiers du Sud de Jean Malrieu, il entre dans les années 1970 au comité de rédaction de la revue de recherches poétiques Encres Vives, puis à celui de la revue SUD et, en 1998, crée avec ses amis ― Yves Broussard, Frédéric Jacques Temple, André Ughetto, Daniel Leuwers,… ― la revue Autre SUD dont il fut le rédacteur en chef (jusqu’à la disparition de la revue en décembre 2009) .


 

Son œuvre poétique se compose d’une quinzaine de recueils (dont Madrilenas, Insurrections, L’Égorgement des eaux, Rouge Cœur, Glyphes, Définitif provisoire, Mangrove, Fractures du silence [Prix Antonin Artaud 1985], Derrière c’est toujours la mort, Murs, Post scriptum/Post mortem, Mythologies de haute mer). L’essentiel de sa production poétique a été rassemblé dans Les Derniers Retranchements (Le Cherche midi éditeur), qui s’est vu décerner en 2002 le Prix de l’Académie Mallarmé.


 

Voici ce qu’écrivait Françoise Donadieu à propos de « Mangrove » : « Mangrove, publié en 1982, est à l’image de son sujet « cette zone marécageuse du sud-est asiatique lentement conquise sur la mer par les palétuviers-mangliers qui y installent une faune extraordinairement adaptée à ce milieu, foisonnante et étrange comme un paysage de matin du monde » Motifs proliférants, intrigue haletante, écriture inspirée, Mangrove tient à la fois de la fabrique de l’écrivain, de l’autoportrait baconien, du cauchemar surréaliste, du roman d’aventures. Cette œuvre peut à la première lecture paraître baroque mais le délire y est fermement enclos dans une architecture répétitive savamment maîtrisée, dans une écriture précise et rigoureuse, même et surtout dans le pastiche (me semble-t-il) du roman de gare ou du nouveau roman. C’est que Lovichi est un écrivain exact, si exact que l’expérimentation à l’œuvre dans Mangrove a pu lui sembler trop erratique. C’est pourquoi je vois dans Le Sultan des Asphodèles, publié en 1995, la mise au point de ce qui était visé dans Mangrove. Dire un lieu (jamais nommé car avant tout paysage mental) qui permette à la fois le rapport au mythe et l’abouchement au réel. »

La démarche de Lovichi sur le lieu se perpétue aujourd’hui à Encres Vives où Michel Cosem a créé une collection « Lieu » qui rassemble déjà une centaine de publications.

Extrait de « Mangrove » :


 

Il s’agit de tout reprendre.

De considérer le premier jet comme une simple base de départ.

Les brouillons sont toujours le lieu d’un conflit qui se résoud sans grande difficulté au moment de la mise au net.

Devant moi, à nouveau, un paquet de feuilles blanches.

Comment répartirai-je le texte ?

Où vais-je coller mes citations, disposer mes mots éclatés, mes graphismes d’accompagnement ?

C’est un long travail qui commence.

Mais je sais que j’en sortirai victorieux, que la page vierge m’oppose ses dernières résistances.

Maintenant, les mots sont tous passés de mon côté avec charmes et mirages.

Ce sont eux qui m’aideront à gagner la partie.

L’enjeu, c’est un poème somptueux, ruisselant de clartés éblouissantes.

L’enjeu, c’est une nouvelle approche, jamais tentée, de la langue.


 

L’enjeu, c’est moi.


 

Christian Saint-Paul dit ensuite le grand intérêt qui s’attache à lire de

Manuel Chaves Nogales, « L’Andalousie rouge et la « Blanche Colombe » & autres reportages ». Trad. de l’espagnol par Catherine Vasseur. Quai Voltaire, 172 p., 18 €


 

« Le livre, écrit Nathalie Lévisalles dans le journal « En attendant Godeau », réunit trois séries de reportages de Manuel Chaves Nogales publiés entre avril 1931 et juin 1936 dans le quotidien Ahora. Ils nous touchent comme s’ils avaient été écrits ces derniers mois, peut-être parce qu’ils parlent de religion et d’anarchisme, de colère populaire et d’immenses inégalités sociales. Peut-être aussi parce qu’ils évoquent un endroit qui n’existe plus, comme l’Amazonie des Jivaros, le Rajasthan des maharajahs ou la Pologne du Yiddishland.


 

L’Andalousie dans laquelle nous entraîne Chaves Nogales est une région où les choses semblent n’avoir pas changé depuis le Moyen Âge, où ferveur religieuse et superstition sont partagées par tous – les señoritos (propriétaires terriens quasi de droit divin) comme les journaliers qui vivent dans un état proche du servage. Et voilà que ce système féodal est percuté par des idées révolutionnaires déboulant de l’étranger. Qu’il nous décrive les effets de ce choc sur la Semaine Sainte de Séville ou sur le pèlerinage du Rocío, l’auteur constate que, « pour s’exercer ici, le communisme devra cesser de l’être et devenir anarchisme, syndicalisme… Les communistes des villages andalous feraient perdre la tête à Lénine et Trotski ».


 

Chaves Nogales tente donner un sens à ce mélange de misère et de dépenses insensées, de soumission à des forces sociales et divines aussi floues que puissantes. Impossible d’appliquer les catégories habituelles de l’analyse politique, il faut d’autres outils pour appréhender cette réalité. D’où une enquête, subtile et minutieuse, sur les forces en présence. On rencontre des señoritos, en tenue de cavaliers, tablier de cuir sur les jambes et chapeau enfoncé jusqu’aux sourcils, qui reçoivent dans leurs chais, faisant jaillir des tonneaux « le jet doré dans l’étroit et long verre en cristal », pendant que les ouvriers agricoles se demandent s’ils pourront semer cette année. Les uns placent « leurs espérances dans la dictature ou la monarchie », les autres dans « un idéal communisant aux contours diffus », tous ont en commun « l’aspiration à une explosion ».


 

Il y a ce reportage sur la Semaine Sainte à Séville dont des extraits ont été publiés en 1936 dans l’hebdomadaire français Voilà, illustrés par les photos d’un jeune photographe prometteur, Robert Capa. Au-delà du folklore et de l’ostentation de piété, quel est le sens de ces festivités? Et quelle place ont-elles dans « Séville la rouge » ? Pour comprendre, l’auteur entre dans les tavernes, rend visite aux syndicats et aux fabricants de bougies, il tente de saisir l’âme de ces confréries qui, depuis des siècles, font défiler leurs pasos (les chars portant les statues des saints). N’allez pas croire que l’appartenance à une confrérie traduise une véritable religiosité, avertit-il, elle relève en fait « des relations les plus vitales pour l’individu » : celles qu’il entretient avec son quartier et sa taverne.

Personne d’ailleurs ne se sent d’obligation vis-à-vis des curés, « un fond d’anarcho-syndicalisme persistera toujours ». Tout cela cohabite joyeusement avec les fortunes dépensées pour payer le manteau brodé d’or de la Vierge, les monceaux de fleurs arrivant par wagons de Valence ou de Grenade et les kilos de bijoux accrochés aux statues et offerts par les Sévillanes, « de la riche dame qui se défait de ses colliers de perles et de diamants à la vieille cigarière qui fait don de ses pendants d’oreilles».

Chaves Nogales raconte avec humour comment il se retrouve à servir de guide, on dirait aujourd’hui de « fixer », à un de ces journalistes français qui « de façon aussi circonstanciée que mal intentionnée, narrent à leurs lecteurs ce qui se passe en Espagne pour l’instruction et l’édification du velléitaire bourgeois parisien… Nous courons le grave risque que, d’un moment à l’autre, cet homme télégraphie à Paris la nouvelle sensationnelle selon laquelle les Andalous vivent sous un régime purement soviétique ».


 

Le texte est parfois traversé par un souffle poétique, notamment quand l’auteur raconte le pélerinage du Rocío, avec des « colosses qui fendent le marais, Vierge sur le dos… Plus qu’une procession, c’est un enlèvement — un véritable rapt mythologique. C’est un culte primitif, quasi sauvage ». Il y a aussi ces magnifiques descriptions de la dureté et de la splendeur des paysages andalous, de la beauté barbare de cérémonies où se mêlent christianisme méditerranéen, climat prérévolutionnaire et paganisme flamboyant.

On voit, arrivant de « villages bolcheviques et réactionnaires, rouges et verts », précédées par l’odeur de l’encens et le roulement joyeux des castagnettes, des caravanes rassemblant señoritos et gitans, cavaliers et vieilles dévotes, charrettes couvertes de draps blancs et de dentelles, où « les jeunes filles aèrent leurs amples jupes à volants ». À l’approche de cet improbable cortège de romeros qui a cheminé sept jours sous l’impitoyable soleil andalou, Chaves Nogales décrit une image qui pourrait être un mirage. « En ces heures accablantes d’interminable randonnée, la romeria prend des allures d’authentique caravane, elle devient pareille à une cohorte transhumante d’Afrique, à un peuple nomade du désert ».


 

D’autres scènes encore semblent sorties d’un rêve, ou d’un film, comme ce campement où, « au centre d’un cercle, une femme intrépide exécute une sorte de tango devant des grappes de visages virils hachés par la lumière violette des lampes à acétylène. L’ombre d’un cavalier fend la nuit au galope et se perd sur le chemin des pinèdes, emportant sur sa croupe un somptueux trophée orné de volants ». Plus tard, « au rythme de la guitare et des coplas », les romeros s’en retourneront « à Triana la Rouge où les attendent la faucille et le marteau ».


 

Le parfum des fleurs d’oranger, la lueur des bougies, l’énergie sexuelle, le chant des guitares, le murmure des prières dans la nuit… En saturant notre imaginaire d’images et de sensations, Chaves Nogales réussit à nous transmettre sa compréhension intime de la nature — et des contradictions — d’un peuple dont il est lui-même issu. Une autre chose rend ces textes sont émouvants : on y lit une profonde conviction républicaine et anti-totalitariste, mais aussi le désenchantement face à l’échec annoncé de la République.


 

Le livre de cet écrivain mort à 47 ans en 1944, en exil à Londres, est une très belle illustration de ce qu’est parfois le reportage journalistique : une forme de littérature. Comme ont pu l’être les articles de Vassili Grossman, qui a longtemps été reporter avant de devenir l’auteur de Vie et Destin. »


 

L’Andalousie rouge et la « Blanche Colombe » est le neuvième des livres (romans, nouvelles et reportages) de Chaves Nogales publiés depuis 2010 au Quai Voltaire par Alice Déon.


 

Extrait d’un passage de La Semaine Sainte à Séville :


 

« Tout frère digne de ce nom donne le meilleur de lui-même à sa confrérie. Il lui consacre tout ce qui n’est pas requis par la nécessité de vivre, tout ce qui relève de l’exubérance : ses heures de congé, ses élans de générosité, sa soif de fraternité et de camaraderie, de richesse et de fantaisie, de luxe et d’illusoire toute-puissance. Voilà comment des gens menant une terne et modeste existence en viennent à rêver de manteaux brodés d’or rutilants et de monceaux de pierres précieuses. On ne pourrait sinon concevoir que les membres passent l’année entière à parler de leur confrérie, de sa prospérité et de ses ambitions insensées. Rappelons que la cathédrale de Séville fut édifiée en vertu d’une résolution de son chapitre, dont les mots suivants résument l’enjeu : « Construisons un temple tel que les générations à venir nous prendront pour des fous. » Des siècles plus tard, ce dessein anime toujours chaque réunion du chapitre de chaque confrérie sévillane. »

***

Christian Saint-Paul reçoit son invité :

Jean-Michel TARTAYRE venu présenter son dernier recueil de poèmes « Face Nord » paru aux éditions Encres Vives collection Encres Blanches (6,10 € à commander à Michel Cosem, 2 Allée des Allobroges, 31770 Colomiers).


 

Après des études littéraires et avoir exercé la profession de libraire, Jean-Michel Tartayre devient professeur de lettres modernes en lycées et collèges. Il est l'auteur d'une quarantaine de recueils de poèmes publiés aux Dossiers d'Aquitaine, au GRIL, aux éditions Encres vives, N&B, La Porte et Alcyone.

Il a collaboré à de nombreuses revues littéraires, notamment : L'Arbre à paroles, La Nouvelle Tour de Feu, Séquences, La Revue des Dossiers d'Aquitaine, Inédit Nouveau (éd. du GRIL), Isis, Lélixire (éd. Robin), Multiples et L'Ours polar. Il écrit régulièrement pour Encres vives et Phaéton.

En 2011, il participe à la 10e édition du Festival du Livre d'artiste "Sous couverture" de Saint-Antonin-Noble-Val (Tarn-et-Garonne), en faisant une lecture de ses poèmes. Il fait partie depuis 2015 du comité de rédaction de la revue Encres vives. En 2016, au XIe Salon du livre des Gourmets de Lettres de Toulouse, il a reçu le Grand Prix de Poésie pour son recueil Vers l'été suivi de Fractions du jour (N&B éditions). Ce même recueil a été récompensé par la Médaille de Vermeil de l'Académie des Jeux floraux en 2017. En 2018, il a été promu au 10e Fauteuil de l’Académie des Livres de Toulouse.

Il est inscrit dans l’annuaire des auteurs du Centre Régional des Lettres Midi-

Pyrénées et au Répertoire Balzac de la Société des Gens de Lettres (SGDL).

Parmi ses ouvrages les plus récents :

Vers l’été suivi de Fractions du jour (Éditions N&B, 2016).

Toulouse Blues III (Encres Vives, 2016).

Poudre de jour (Encres Vives, 2017).

Ombres bleues (La Porte, 2017).

Toscana (Encres Vives, 2017).

Les Sources (Encres Vives, 2017).

Autour des aubes grise, assorti d’un avant-propos de Michel Cosem et d’une encre de Silvaine Arabo (Éditions Alcyone, 2017).

Neptune (Encres Vives, 2018).

Les Cités des brumes bleues (Encres Vives, 2018).

Face Nord (Encres Vives, 2018).

Deux poèmes extraits de cet ensemble Face Nord ont été retenus dans l’anthologie PHOSPHÈNES par M. Pierre Benazech.


 

Lors de l’entretien avec Christian Saint-Paul, Jean-Michel Tartayre confie :

« Face Nord est la pente vers laquelle ma recherche s’oriente, confie Jean-Michel Tartayre. C’est ce qui est dur et en même temps c’est une vraie réalité. Le mental doit s’adapter à cette réalité.

La poésie est une prise de contact avec le réel, permanente.

C’est une adhésion à la pierre, à ce qu’elle représente. Du Bouchet, c’est l’écriture lapidaire. Le support c’est la pierre. C’est comme avec le haïku, les samouraïs écrivaient avec un sabre sur la pierre.

Les romains, les grecs, les égyptiens écrivaient sur la pierre. C’était à la hache.

Je ne peux dissocier le support du signe.

« Face Nord » c’est aussi ma fascination pour la montagne. Le roc demande à être perçu. C’est la verticalité, c’est l’effort. Un dépassement physique et spirituel.

Patrick Edlinger, alpiniste exceptionnel, disait simplement : « je grimpe ».

Ces deux mots suffisent. Ils résument une vie d’homme.

C’est pareil pour le poète, il faut qu’il grimpe !

Le poète n’est pas celui qui invente ou démontre mais fait devenir, disait Saint-Exupéry.

Je lie la poésie à la mathématique. La mathématique, c’est l’esprit et le corps, c’est la seule réalité.

La mathématique, c’est la perfection, comme la poésie !

C’est la recherche de l’accomplissement de soi, la plénitude. »


 

Lecture d’extraits de « Face Nord » par l’auteur.


 

A la mémoire de Patrick Edlinger

1

Toucher, agripper des mains et des pieds,

Par la pensée - la face nord, le regard

Droit devant toujours


 

Et donnant à son corps

La fluidité adéquate telle

L’eau du torrent sur la pierre - à contre-courant.


 

L’homme réalisant l’ascension

Eclaire par sa sagesse.

Incroyablement serein, il arrivera


 

Au sommet - atteignant ainsi le plénitude

Du roc auquel il est lié - intrinsèquement.

« Je grimpe ».

 
 

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