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Chers Amis,

 

En raison de l’actuelle situation sanitaire, nous sommes contraints de devoir reporter à

 

 une date ultérieure les emisions

 

Comptant sur votre compréhension,

 

 

 

 

 Gilles LADES

 

Alain LACOUCHIE

 

 

12/03/2020

 

 

 

 

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50 poèmes pour

 la neige

 

 

 

 

20/02/2020

27/02/2020

05/03/2020

 

 

 

 

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Tout aimer sans rien comprendre

Les démocraties occidentales qui se bornent pour l’essentiel à élire leurs représentants et le système néolibéral supposé être la quintessence de l’épanouissement économique propice à l’enrichissement, fonctionnent selon le principe irremplaçable de la confrontation permanente à la concurrence – sélection à tous les étages.

Houellebecq avait bien compris qu’aucun domaine n’échappait à cette lutte.

L’égalité des chances existe si peu que les collectivités locales prennent soin de bien communiquer sur leurs dispositifs de lutte contre les discriminations. Paradoxalement, les mêmes qui organisent cette lutte toujours un peu pipée, appellent à la solidarité.

 

Bien des artistes dans leurs légitimes prophéties ont dénoncé cette incongruité. Ecoutez Vincent La Soudière : « Je n’ai pas assez de violence en moi pour lutter avec ce monde. J’aurais toujours le dessous. Il me faut donc me réfugier hors de ce monde, là ou personne ne réside. »

Et pourtant Vincent La Soudière n’était pas gelé dans son empathie pour ses prochains : « il y a une flamme en moi et personne qui vienne s’y réchauffer. C’est un supplice atroce. »

Ce qu’avait compris Vincent La Soudière c’est que notre monde qui peut paraître indéchiffrable, s’est construit, au contraire, en un système agrégeant les individus les uns aux autres et les différents systèmes s’enchaînant dans un ajustement formant un tout se refermant si bien sur les individus, que celui qui s’égare, même provisoirement, risque de perdre définitivement sa place dans ce tout.

Et Vincent La Soudière, comme Francis Giauque, comme Roger Millot, sont les égarés. Et leurs poèmes sont nos alertes.

Cette lutte meurtrière avec le système rouleau-compresseur de toutes nos actions, les poètes savent la faire vivre avec la plus terrible des armes : les mots. Ecoutez Cédric Le Penven dans « Verger » - Editions Unes, 77 pages, 16 €. :

Il n’est pas question de cœur, ni d’anges, ni de souvenirs. Il est question de gagner un peu d’argent chez un cousin arboriculteur pour continuer d’aller à l’université, et de passer des concours pour éviter le métier de tes grands-parents

tu sais trop combien le sommeil est difficile pour le paysan devenu fonctionnaire de l’Europe, simple rouage désormais d’une machine à emprunts, à intérêts, qui se doit de croître en permanence

tu sais trop combien ton grand-père est mort parce qu’il épandait des produits miracles par hectolitres sans la moindre protection

il s’extasiait devant des fruits énormes et lisses, comme si le sol avait soufflé dans les racines pour les gonfler

cette illusion s’évanouit quand la prostate ou le pancréas se couvent de taches sombres

 

Le poète, nous dit Linda Lê dans « chercheurs d’ombres » (Christian Bourgeois Ed. 2015), ne doit pas être « un stylite éloigné de la vie mais un sorcier dont l’œuvre d’invention toucherait les hommes en leur rendant les yeux, en les désaveuglant. »

« La poésie est ce qui n’exige pas d’être compris et qui exige la révolte de l’oreille » expliquait Louis Aragon.

Cédric Le Penven le confirme dans ce poème qui résume sa façon d’habiter poétiquement le monde :

je ne connais rien aux arbres

rien de ce qui traverse l’esprit de la Bien-aimée lorsqu’elle me regarde

rien de ce qui vous traverse alors que vous parcourez ces quelques lignes

rien de ce qui me traverse

ne reste plus qu’à tout aimer sans rien comprendre

 

Ce nirvana, de tout aimer sans comprendre, n’est pas la posture naturelle de Marc Tison.

Lui, il est dans l’attente, aux aguets du devenir du monde : « J’attends un instant / Immense comme une plaine ondule au printemps, il attend « le bouleversement de l’univers », en publiant « L’affolement des courbes » chez La Chienne Edith, 122 p.

 

Il m’arrive d’attendre allongé sur l’herbe

Sur un lit de pénombre

Posé dans la banquette arrière de la voiture

Debout entouré d’une foule que j’éteins

Dans le shaker des hontes quotidiennes

 

Il m’arrive d’attendre

Un instant admirable

Une expiration qui n’en finit pas

De définir l’apaisement

 

Les espaces profonds

Entre les souffles et les inspirations

Des apnées d’évasion

 

Marc Tison demeure l’homme révolté cher à Camus conscient de sa propre responsabilité dans la marche du monde :

 

Il n’y a pas d’autre homme que moi pour nourrir les oiseaux

du jardin causer à mon voisin

Il n’y a pas d’autre homme que moi pour sauver le monde

Il n’y a pas d’autre homme que moi pour combattre l’obscu-

-rantisme trier les déchets ménager faire advenir la paix

Il n’y a pas d’autre homme que moi dans la volition d’être un

homme

 

Dans les années soixante, nous qui espérions en la poésie, qui confiions au poème de construire un monde nouveau, nous avions le regard tourné vers Nantes avec sa kyrielle de poètes autour de Michel-François Lavaur, de la Charente avec Pierre Boujut et Adrian Miatlev et leur Tour de Feu.

A Toulouse, s’imprimait une revue qui explorait alors les innovations dans l’art contemporain du trobar, et qui perdure toujours : Encres Vives de Michel Cosem.

 

Un météore avait bousculé le cours de la création poétique substituant au surréalisme un surromantisme qui louait la nature, les villages et la fraternité humaine : René-Guy Cadou.

 

Cette voix qui avait dévié la modernité en l’humanisant, s’était tue à 31 ans. Les poètes nantais, les poètes charentais qui rayonnaient jusqu’en Provence avec Emmanuel Eydoux (qui me donnait rendez-vous entre deux trains au buffet de la gare Matabiau à Toulouse), étaient les descendants involontaires de cette voix emblématique de ce mouvement fort qui rassembla les poètes : l’Ecole de Rochefort.

 

René-Guy Cadou aurait 100 ans aujourd’hui.

 

Ce centenaire donnera lieu à des émissions radiophoniques et, nous l’espérons, à des publications.

La première dont nous reparlerons est celle de

Jean Lavoué « René-Guy Cadou La fraternité au cœur », préface de Ghislaine Lejard, postface de Gilles Baudry, L’enfance des arbres, éd. 300 pages, 20 €.

 

Voilà longtemps que l’on avait pas si bien écrit sur Cadou dont « son » corps désormais fait partie des saisons ».

Nous retrouverons ce livre remarquable et Cadou cette année au cours de nos émissions. Nous parlerons aussi d’Hélène Cadou qui m’avait ouvert son amitié et les portes de l’école de Louisfert où mourut Cadou.

 

L’émission diffusée pour la première fois le 20 février avait aussi pour vocation d’appeler le public toulousain à participer à une soirée poésie à la Maison de l’Occitanie dans le cadre du festival « 50 poèmes pour la neige ». L’instigateur français de cette heureuse initiative, Patrick Zemlianoy, était notre invité, accompagné du poète toulousain, Claude Barrère.

 

Le poète cité en exergue lors de ce festival européen était, cette année, le poète grec Dinos Christianopoulos dont les deux invités à l’émission lurent les poèmes, ainsi que ceux de Cavafys, de Ritsos, de Seferis et de Lorand Gaspar, récemment disparu.

 

Cette soirée fut un succès qui honore la Maison de l’Occitanie (L’Ostal), qui sut l’accueillir.

 

Après avoir signalé les livres suivants :

 
- Jean Javoué "René Guy Cadou  - La fraternité au cœur" éd. L'enfance des arbres, 300 pages, 20 €
 
- Cédric Le Penven "Verger" éd.Unes , 78 pages, 16 €
 
- Marc Tison "L’affolement des courbes"  éd. La Chienne Edith 
 
l'émission est consacrée à un événement poétique européen qui depuis 5 ans se joue aussi à Toulouse :
 
"50 Poèmes pour la neige" qui aura lieu à l'Ostal Occitània (La Maison de l'Occitanie) le vendredi 28 février 2020 à 20 h 30.
 
Le poète toulousain Claude Barrere et le secrétaire de l'association "Des livres et des idées"

Patrick Zemlianoy sont les invités de Christian Saint-Paul et s'expliquent sur le sens de cette soirée dédiée à la poésie sous le signe de la neige et sous l'égide morale cette année du poète grec 

Dinos Christianopoulos.
 
Lecture de poèmes de Cavafys, Ritsos, Seferis et de Lorand Gaspar récemment disparu.
 
 

 

 

 

Jean-Michel

 TARTAYRE

et

 Cédric

LE PENVEN

 

 

 

 

13/02/2020

 

 

 

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Monique Lise

 COHEN

 

 

06/02/2020

 

 

 

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Eric

BARBIER

 

30/01/2020

 

23/01/2020

 

 

 

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Jean-Luc

POULIQUEN.

 

16/01/2020

 

 

 

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Christian Saint-Paul signale la parution de :

"Géographies fugueuses", d'Éric Barbier

éditions du Contentieux , 111 pages, 10 €

Voici le commentaire de Traction Brabant :

Publié par les Éditions Le Contentieux, "Géographies fugueuses", d'Éric Barbier, est une série d'histoires plus ou moins courtes, dont le début prend pied dans le quotidien et s'achève dans le fantastique, l'inexplicable, du moins.

Les personnages de ces histoires sont des solitaires, qui sont le plus souvent victimes du syndrome de l'invisibilité.

Il s'agit parfois d'écrivains ou d'artistes. Faut-il y voir une image de l'indifférence frappant les créateurs qui ne sont pas reconnus par leur public ? Pas certain.

En tout cas, ces textes se lisent bien et, mine de rien, parlent du monde d'aujourd'hui. 

Par exemple, la dernière histoire du volume constitue un témoignage sur l'écroulement de notre civilisation. Cette situation peu envieuse de ces créateurs solitaires (nous !) n'est-elle pas le reflet d'une situation bien réelle : leur nombre important, dans la société d'aujourd'hui, due à l'élévation du niveau culturel, favorisant leur anonymat ?

Extrait de "Géographies fugueuses", d'Éric Barbier, le premier paragraphe de "Pratiques" (je vous laisse deviner la suite) :

"Ce docteur, médecin généraliste en exercice depuis plusieurs années dans la ville de Salezan, jouissait d'une excellente réputation que certains de ses actes semblait renforcer. La salle d'attente de son cabinet était toujours bondée, ses journées s'allongeaient excessivement, le médecin aurait dû refuser de nouveaux patients mais il ne pouvait s'y résoudre et acceptait tous ceux qui se présentaient. Étaient plébiscités la qualité de son écoute, la sûreté de son diagnostic, sa patience et aussi sa fermeté quand celle-ci s'avérait nécessaire, son dévouement. Il était de plus un homme sympathique qui avait le don de par sa conversation de susciter la confiance des malades."

L'illustration de couverture est de Pascal Ulrich (décédé voici maintenant 10 ans).Lecture d’extraits

****

L’émission est ensuite consacrée à l’invité : Jean-Luc POULIQUEN.

Il présente son dernier livre : Dans le miroir des livres

diffusé par Amazon, 144 pages, 8,33 € broché.

Jean-Luc Pouliquen est un poète et un écrivain français né à Toulon dans le Var le 8 décembre 1954:

Ses poèmes, son activité de critique littéraire, l’édition (il a dirigé les Cahiers de Garlaban de 1987 à 1997), les ateliers d’écriture qu’il anime ainsi que les différents événements culturels auxquels il participe (après avoir été membre de 2001 à 2009 du comité du festival des Voix de la Méditerranée de Lodève, il a été membre du comité international de coordination du festival Voix vives, de Méditerranée en Méditerranée de Sète de 2010 à 2014) s’inscrivent pour lui dans une même tentative pour remettre la poésie au cœur de la Cité. Il a gardé en cela les préoccupations sociologiques qu’il avait développées en suivant les enseignements de Michel Crozier et Henri Mendras à l’institut d'études politiques de Paris.

Lombard écrit à propos de ce livre : « l’auteur se reconnaît aussi ici bel et bien lui-même en ses admiratives et sensibles accointances avec nombre de ses pairs en écriture, en poésie : Jacqueline de Romilly pour commencer la liste, puis - cités en partie seulement et dans le désordre - Pascal Pia, Francis Jammes, Apollinaire, ceux de l’École de Rochefort, Pierre Emmanuel, Marie Noël… tandis que bien d’autres créateurs apparaissent encore en proche et même en immédiate escorte - plus qu'en marge - des principaux plus particulièrement choisis, élus par l’auteur.

Ne se reflète-t-on pas dans ceux que nous aimons ? Non, nous en sommes pétris autant qu’à notre tour pétrissons. Aussi, ne serait-ce rien que par le titre de ce dernier récent ouvrage - Dans le miroir des livres -, l’auteur me paraît fort modeste et attentif aux autres, l'étant par nature sans doute, puisque déclarant encore en fin de volume - on ne peut guère à la fois dire mieux et plus discrètement, il me semble : "Ainsi vivent les livres et nous vivons à travers eux."

Le prétexte ayant été le choix et l’achat sur une célèbre braderie d’une douzaine de titres, revues y comprises, à partir de quoi Jean-Luc Pouliquen développe pensées et réflexions, aussi bien raconte, évoque des souvenirs, des rencontres majeures, sans oublier de gratifier de surcroît son lecteur d’une sensibilité bien à lui, coulant de source par le biais d’une écriture limpide et prenante, sur mesure, parce que tout naturellement accordée à chacune de ces riches méditations sur la genèse, le rappel, et les enchaînements féconds de ces amitiés littéraires, artistiques, qui sont autant de maillons, en fait, d’une quête avant tout essentiellement spirituelle.

Par bonheur et tranquille sagesse, chez Pouliquen, culture, poésie et vie intérieure, riment entre elles à merveille ! »

Entretien avec Christian Saint-Paul.

Lecture d’extraits.

Commentaires sur les ouvrages cités dans l’éditorial du 18 / 03 / 2020

 
 

 

 

 

 

 

Marie-Jose

CHRISTIEN.

 

09/01/2020

 

 

 

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Christian Saint-Paul 
 
"Les murènes
 
monotones"
 
poème radiophonique

 

pour Radio Occitania

 

19/12/2019

 

 

 

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Christian Saint-Paul lit un de ses premiers poèmes radiophoniques :

« Les murènes monotones »

 

qui fit l’objet de trois éditions, 1967, 1969 et 1979 dernière édition augmentée.

Ce long poème destiné à être lu à la radio sera inclus dans une future anthologie.

 

Extraits et notes en fin de page :

 

René-Guy CADOU avait le monde entier dans

son jardin :

le monde entier dans un jardin et une femme

avec la mort pour compagne,

et un destin tout droit et familier :

la mort comme le château au bout de l'allée.

 

Je suis riche des voix qui se sont arrêtées

comme une horloge mal remontée ;

riche des échos qui ont le vertige des montagnes

et la force de la foudre.

 

Mille douleurs à vous mes frères :

Giauque - Prével - Crisinel - Neveu - Millot -

Artaud -

et mon double frère Tristan Corbière

je t'embrasse pour dix mille ans

que nous aurons à rire ensemble

Marcelle et mes murènes devenues sirènes

dans la lumière étincelante

de ton sillage qui m'aspire.

 

Tristan Corbière !

la mer à peine plus large que la rivière.

Et ce bruit de galets si particulier

de ton long corps désarticulé.

Tristan Corbière,

qu'on m'apporte tes vertèbres

qui ont plié d'amour sous le sextant.

Et que t'importe la latitude :

la mer est une boucle

de vieux ceinturon de pirate.

Tristan Corbière,

Marcelle à cheval sur une lame,

et ton cœur pour elle

qui bande comme mât

orphelin de voiles

dans les tempêtes.

 

Claude Saguet, l'amitié partagée

comme du pain dans la petite chambre,

la poésie qui niche au dernier étage,

derrière la porte comme une fleur qui s'ouvre

le pas en avant dans les paroles

sur la pierre du Mexique la marine marchande

le bleu de travail

et toujours en sortant je rêve

que je suis ton voisin de quartier.

 

[...]

Pour l'éclusier de la mortqui m'a ouvert quelques frontières pour les baisers anonymespour les cimetières blancs écoutant l'océan à Rabatpour 
l'agneau que l'on égorgeen chantant Dieupour la mule dans sa noria pour le chagrin sans larme la haine sans violence et le sourire sans remordpour ces routes 
qui nous ferment leurs genoux gardant le meilleur d'entre nous pour le sommeil qui grippe la parole de ceux qu'on écoutaitpour l'herbe qui se couche comme un chien 
sous nos dos de misère pour le froid qui se terre sous l'écorcepour les bateaux qui trainent un murmure de larmes et débarquent ces aveugles d'avoir laissé aux autres
leur soleil de chaque jourpour le toro agenouillé avec son regard plus haut que l'arène mais sans toucher au ciel pour tout cela je t'aime c'est-à-dire pour la réalité notre unique évasion.
[ ...]Une vieille Ibizienne à la natte séculaire grimpe éternellement les marches raides de la
citadellele visage plissé par des tourments anciens. Deux mille ans survivent à son malheur muet que les temples emprisonnent avec le sang versé et l'errance des naufragés dans les flots recéleurs. 
Le vent porte l'ombre du "LAMORICIERE" (1)dans les criques désertes en rade du destin,les amours noyées jamais n'ont abordé.
[...]O corps flottant comme le remord dans le Rio de la Platayeux crevés comme un œuf, tortues sans carapace cliquetis de chaînes que l'on dispute aux chiens. 
Dans la pampa au relief d'omoplate des gauchos d'apocalypse éperonnaient la mort, conduite dans le cortège de ses épousailles : scarabées rouges de la conquête tueuse de poux aux poches épouvantables qui enflent kyste
liturgiquedans la fabrication des moules pour sourds-muets plutôt qu'aveugles :Borges en fête !rue Florida Campanys (2) portait le verbe haut fleuri comme sa barbe blanche de Santiago il ramenait l'enfant mort-né de
l'amourles mains inaccessibles des suppliciés mais il ne connaissait pas ce poème de Michel ECKHARD"A Santiago du Chili il y a des femmes enceintes de soleil"A Buenos-Aires le soleil n'engrossait plus les
femmesqui pleuraient dans les journaux leurs fils
guérilleros.O masques obscènes de la peur qui traînait sa contagiondans la ville aussi noire que les canons des mitraillettes,dans le tango qui suivait partout, chien galeux, à l'entracte des cinémas,dans les trains de nuit qui me ramenaient à la
solitudeivre de paroles incertaines de visages défaits comme des draps.

[...]

Où passent les cigognes

disait le vieillard

le ciel est découpé.

Il tombera sur nos têtes

dans le bruit des ailes déployées.

 

Mais les cigognes dominaient Algésiras

et se partageaient les toits de Tanger.

 

De guerre lasse

les larmes douces au cou des femmes

roulaient leurs idées noires.

 

Ces femmes avaient de leur veuvage

des reflets de pétrole

et la voix sourde des longues agonies.

 

La nuit, il fallut résister à la vermine

la paillasse souillée et la lucarne sur les quais,

Algésiras aussi était en partance

fini les voiliers blancs où s'accouplaient les rêves

déchirés

la voile avait quitté le mât de misaine

le port regorgeait de désirs indigents de gorges

tranchées.

 

Si le jour fouillait les poubelles

le pas élastique des éboueurs les ordures dans les

paniers d'osier

cette salve de rires lâchée contre la peur

si le jour grattait l'oreille des miséreux

c'est que leurs ombres étaient parmi eux.

 

Transfuges du désespoir voleurs d'éclaboussures

chameliers du silence liquoreux des prières

ils avançaient dans les tisons du nouveau jour

quelque part il seraient flamboyants

cathédrales en ruines navires en détresse.

 

A la jointure des deux mers apparurent les

dauphins

promesses souples lueurs d'épées sauts de

moutons métalliques

qui leur montraient l'Afrique comme une main

crispée

des châteaux en Espagne aux palais des sultans

les amours rauques des paroles étrangères

se mordaient la queue comme un chien en folie.

 

Au crépuscule les murailles de Rabat étaient

jaunes comme l'urine

la nuit investit tout dans le détachement d'opium

les souvenirs flottaient

symphonies dans les neiges éternelles

des montagnes osseuses.

 

Les bleus prirent le dessus

sur les violets égrillards d'une mémoire exacte

au rendez-vous des voltigeurs.

 

Voyageurs du mal possible, pèlerins de l'enfance

riverains des bas-fond, courtisans de l'inquiétude

ils tuèrent le temps à coups d'images à bout portant

et provoquèrent le déluge (3) sur les oueds en délire.

*****

Notes de l'éditeur(1) en Janvier 1942, le paquebot "LAMORICIERE"qui venait d'ALGERIE via la FRANCE, sombra aux larges des Baléares. 
Il y avait à son bord la femme du poète Max-Pol Fouchet, Jeanne Fouchet(2) professeur de linguistique à l'Université de Paris et neveu du Président de la Députation de Catalogne 
qui, sous le régime de Vichy, fut extradé de France pour être fusillé par les franquistes, Campanys et l'auteur parcoururent ensemble Buenos-Aires en 1976.(3) en Décembre 1969 et Janvier 1970, 
l'auteur fut guidé au Maroc par le poète Michel BOCQUET, originaire des lieux. Il y eut à cette période d'importantes inondations.

 

 
 

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