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Jean-Luc

POULIQUEN.

 

09/01/2020

 

 

 

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Marie-Jose

CHRISTIEN.

 

09/01/2020

 

 

 

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Christian Saint-Paul 
 
"Les murènes
 
monotones"
 
poème radiophonique

 

pour Radio Occitania

 

19/12/2019

 

 

 

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Christian Saint-Paul lit un de ses premiers poèmes radiophoniques :

« Les murènes monotones »

 

qui fit l’objet de trois éditions, 1967, 1969 et 1979 dernière édition augmentée.

Ce long poème destiné à être lu à la radio sera inclus dans une future anthologie.

 

Extraits et notes en fin de page :

 

René-Guy CADOU avait le monde entier dans

son jardin :

le monde entier dans un jardin et une femme

avec la mort pour compagne,

et un destin tout droit et familier :

la mort comme le château au bout de l'allée.

 

Je suis riche des voix qui se sont arrêtées

comme une horloge mal remontée ;

riche des échos qui ont le vertige des montagnes

et la force de la foudre.

 

Mille douleurs à vous mes frères :

Giauque - Prével - Crisinel - Neveu - Millot -

Artaud -

et mon double frère Tristan Corbière

je t'embrasse pour dix mille ans

que nous aurons à rire ensemble

Marcelle et mes murènes devenues sirènes

dans la lumière étincelante

de ton sillage qui m'aspire.

 

Tristan Corbière !

la mer à peine plus large que la rivière.

Et ce bruit de galets si particulier

de ton long corps désarticulé.

Tristan Corbière,

qu'on m'apporte tes vertèbres

qui ont plié d'amour sous le sextant.

Et que t'importe la latitude :

la mer est une boucle

de vieux ceinturon de pirate.

Tristan Corbière,

Marcelle à cheval sur une lame,

et ton cœur pour elle

qui bande comme mât

orphelin de voiles

dans les tempêtes.

 

Claude Saguet, l'amitié partagée

comme du pain dans la petite chambre,

la poésie qui niche au dernier étage,

derrière la porte comme une fleur qui s'ouvre

le pas en avant dans les paroles

sur la pierre du Mexique la marine marchande

le bleu de travail

et toujours en sortant je rêve

que je suis ton voisin de quartier.

 

[...]

Pour l'éclusier de la mortqui m'a ouvert quelques frontières pour les baisers anonymespour les cimetières blancs écoutant l'océan à Rabatpour 
l'agneau que l'on égorgeen chantant Dieupour la mule dans sa noria pour le chagrin sans larme la haine sans violence et le sourire sans remordpour ces routes 
qui nous ferment leurs genoux gardant le meilleur d'entre nous pour le sommeil qui grippe la parole de ceux qu'on écoutaitpour l'herbe qui se couche comme un chien 
sous nos dos de misère pour le froid qui se terre sous l'écorcepour les bateaux qui trainent un murmure de larmes et débarquent ces aveugles d'avoir laissé aux autres
leur soleil de chaque jourpour le toro agenouillé avec son regard plus haut que l'arène mais sans toucher au ciel pour tout cela je t'aime c'est-à-dire pour la réalité notre unique évasion.
[ ...]Une vieille Ibizienne à la natte séculaire grimpe éternellement les marches raides de la
citadellele visage plissé par des tourments anciens. Deux mille ans survivent à son malheur muet que les temples emprisonnent avec le sang versé et l'errance des naufragés dans les flots recéleurs. 
Le vent porte l'ombre du "LAMORICIERE" (1)dans les criques désertes en rade du destin,les amours noyées jamais n'ont abordé.
[...]O corps flottant comme le remord dans le Rio de la Platayeux crevés comme un œuf, tortues sans carapace cliquetis de chaînes que l'on dispute aux chiens. 
Dans la pampa au relief d'omoplate des gauchos d'apocalypse éperonnaient la mort, conduite dans le cortège de ses épousailles : scarabées rouges de la conquête tueuse de poux aux poches épouvantables qui enflent kyste
liturgiquedans la fabrication des moules pour sourds-muets plutôt qu'aveugles :Borges en fête !rue Florida Campanys (2) portait le verbe haut fleuri comme sa barbe blanche de Santiago il ramenait l'enfant mort-né de
l'amourles mains inaccessibles des suppliciés mais il ne connaissait pas ce poème de Michel ECKHARD"A Santiago du Chili il y a des femmes enceintes de soleil"A Buenos-Aires le soleil n'engrossait plus les
femmesqui pleuraient dans les journaux leurs fils
guérilleros.O masques obscènes de la peur qui traînait sa contagiondans la ville aussi noire que les canons des mitraillettes,dans le tango qui suivait partout, chien galeux, à l'entracte des cinémas,dans les trains de nuit qui me ramenaient à la
solitudeivre de paroles incertaines de visages défaits comme des draps.

[...]

Où passent les cigognes

disait le vieillard

le ciel est découpé.

Il tombera sur nos têtes

dans le bruit des ailes déployées.

 

Mais les cigognes dominaient Algésiras

et se partageaient les toits de Tanger.

 

De guerre lasse

les larmes douces au cou des femmes

roulaient leurs idées noires.

 

Ces femmes avaient de leur veuvage

des reflets de pétrole

et la voix sourde des longues agonies.

 

La nuit, il fallut résister à la vermine

la paillasse souillée et la lucarne sur les quais,

Algésiras aussi était en partance

fini les voiliers blancs où s'accouplaient les rêves

déchirés

la voile avait quitté le mât de misaine

le port regorgeait de désirs indigents de gorges

tranchées.

 

Si le jour fouillait les poubelles

le pas élastique des éboueurs les ordures dans les

paniers d'osier

cette salve de rires lâchée contre la peur

si le jour grattait l'oreille des miséreux

c'est que leurs ombres étaient parmi eux.

 

Transfuges du désespoir voleurs d'éclaboussures

chameliers du silence liquoreux des prières

ils avançaient dans les tisons du nouveau jour

quelque part il seraient flamboyants

cathédrales en ruines navires en détresse.

 

A la jointure des deux mers apparurent les

dauphins

promesses souples lueurs d'épées sauts de

moutons métalliques

qui leur montraient l'Afrique comme une main

crispée

des châteaux en Espagne aux palais des sultans

les amours rauques des paroles étrangères

se mordaient la queue comme un chien en folie.

 

Au crépuscule les murailles de Rabat étaient

jaunes comme l'urine

la nuit investit tout dans le détachement d'opium

les souvenirs flottaient

symphonies dans les neiges éternelles

des montagnes osseuses.

 

Les bleus prirent le dessus

sur les violets égrillards d'une mémoire exacte

au rendez-vous des voltigeurs.

 

Voyageurs du mal possible, pèlerins de l'enfance

riverains des bas-fond, courtisans de l'inquiétude

ils tuèrent le temps à coups d'images à bout portant

et provoquèrent le déluge (3) sur les oueds en délire.

*****

Notes de l'éditeur(1) en Janvier 1942, le paquebot "LAMORICIERE"qui venait d'ALGERIE via la FRANCE, sombra aux larges des Baléares. 
Il y avait à son bord la femme du poète Max-Pol Fouchet, Jeanne Fouchet(2) professeur de linguistique à l'Université de Paris et neveu du Président de la Députation de Catalogne 
qui, sous le régime de Vichy, fut extradé de France pour être fusillé par les franquistes, Campanys et l'auteur parcoururent ensemble Buenos-Aires en 1976.(3) en Décembre 1969 et Janvier 1970, 
l'auteur fut guidé au Maroc par le poète Michel BOCQUET, originaire des lieux. Il y eut à cette période d'importantes inondations.

 

 
 

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